Status : En cours d'écriture
Histoire : Le Paladin de l'ouest
Auteur : Bert
Chapitres : 1 -
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17Chapitre 13Le Paladin de l'ouest 13
Des éclaireurs montés revenaient vers la cité de Luth-Golein, galopant à travers le sable ardent du désert. Treize avaient étés dépêchés pour explorer les dunes autour de la ville et essayer de repérer l'armée de l'ennemi. Douze revinrent.
Lyr, capitaine de la garde de Luth-Golein, vint accueillir ses hommes pour écouter leur rapport. Cela ne fut pas nécessaire: en voyant quel éclaireur manquait à l'appel, il comprit que l'ennemi se terrait au nord-ouest de la ville, probablement dans un des canyons de la région.
Greiz s'approcha doucement de lui:
« A votre avis, il nous reste combien de temps avant l'attaque ?
– Croyez-vous que les démons attaquent pendant le jour ? demanda le chef.
– J'avoue que cela m'étonnerait, répondit le mercenaire.
– Alors, nous avons jusqu'à ce soir.
– Capitaine ! Capitaine ! appela un soldat accourant vers Lyr. Des marchands, à l'entrée principale. Ils disent qu'ils viennent du nord et qu'ils ont été attaqués par une escouade de démons. Ils demandent à se réfugier derrière les remparts de la ville.
– Et bien, préviens-les que notre cité n'est plus aussi sûr qu'autre fois, répondit l'intéressé, mais s'ils insistent, laisse-les rentrer.
– Bien mon capitaine ! »
Le soldat s'exécuta, suivi du regard questionneur du mercenaire. Lyr continua d'organiser ses hommes, mettant en place le plan qu'il avait longuement élaboré pendant la nuit en compagnie de Greiz, Sylvain, Selrak, Jobin, Jerhyn, ainsi que d'autres seigneurs et marchands connaisseurs... et de moi-même. Nous avons longuement spéculé sur comment les démons changeraient leur tactique, tout en gardant à l'esprit qu'ils n'avaient peut-être pas la marge nécessaire pour y apporter de grandes modifications. La première chose sur laquelle tous se mirent d'accord, fut de sceller la porte Nord, afin de s'assurer qu'aucun démon ne s'infiltre par ce passage. Des archers furent disposés sur les façades nord et ouest de la cité, ainsi que sur le port, dans le cas peu probable d’une attaque navale. Derrière l'entrée principale, des régiments composés des troupes de Lyr ainsi que des hommes de Greiz. Enfin, quelques mercenaires cavaliers s'étaient regroupés au sud de la cité, afin d'intervenir, dans ce qui serait une mission quasi-suicidaire, au cas où il fallait absolument arrêter le bombardement des catapultes.
Selrak demanda à mener le front des égouts, et pour cela, il réquisitionna l'aide d'une dizaine d'hommes seulement, assurant l'assemblée qu'il connaissait un sortilège très efficace pour renvoyer les démons cinq pieds sous les souterrains de la ville. Il fut question de comment les démons feraient pour infiltrer les égouts et Jerhyn expliqua que les souterrains débouchaient sur une ancienne ville en ruine à l’ouest qui n'était plus gardée depuis des décennies. Etait-il encore temps d'envoyer des hommes à la ville oubliée ? Non. Le temps manquant, il valait mieux concentrer nos forces dans la cité. Jobin demanda à mener un régiment d'archers et à défendre un corps de garde. Quant à Sylvain et moi, étant tous deux des cavaliers accomplis, nous décidâmes de rejoindre le régiment de Greiz au sud de la ville.
Je me reposais le matin et passais l'après-midi à m'habituer à ma nouvelle monture, un grand étalon noir, qui par sa force de caractère me rappela Lupus, la jument que j'avais montée lors de la guerre contre Westmarch. Son nom était Baron et d'après Greiz, il était impossible de mourir au combat si on le montait. Je l'avais regardé d'un air peu crédule, auquel il répondit avec un sourire confiant. Quoi qu'il en soit, nous allions bientôt mettre à l'épreuve les paroles du mercenaire. Sylvain montait une jument blanche et je dus reconnaître qu'il avait beaucoup plus de maîtrise que moi. Quand je donnai un coup de botte pour faire galoper ma monture, lui, rien qu'en avançant doucement les reines, parvenait au même résultat que moi.
Notre régiment était composé de trente hommes, parmi eux une dizaine d'archers montés. En début de soirée, l'un d'entre eux arriva en tenant triomphalement dans sa main un sachet rempli de fioles de différentes couleurs.
« Qu'est-ce ? demanda un de ses camarades.
– De quoi induire les flèches pour qu'elles brûlent comme un soleil et, aux dires du marchand, des liquides explosifs !
– Aux dires du marchand, hein ? Et ça marche ? »
Il prit une fiole contenant un liquide jaunâtre et l'envoya devant lui. Le projectile éclata en atteignant le sol, des flammes et des morceaux de verre fusèrent dans toutes les directions. L'archer éclata de rire en contemplant la petite explosion et les autres répondirent par des sourires approbateurs. C'était le genre d'équipement dont nous aurions besoin pour venir rapidement à bout des catapultes. Seul Sylvain jetait un regard inquiet vers l'horizon, se demandant quel genre de surprises les démons auraient, eux, à nous offrir. J'étais du reste curieux de voir de quoi était capable le paladin sur le champ de bataille: avait-il des compétences particulières ? Et moi-même pourrai-je compter sur l'aide de mon archange ?
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Le soleil commença sa chute dans l'occident lointain. Dire qu'au-delà de ce désert infernal, se trouvait le Khanduras et les ruines de Tristram. Cette guerre contre les démons m'avaient tout de même bien fait voyager et je ne parle même pas de Sylvain qui venait d'encore plus loin.
Les mercenaires nous distribuâmes du pain et nourrirent les chevaux avec des bottes de foins. En contemplant le maigre morceau que je tenais dans ma main, je songeai que ce serait peut-être mon dernier diner. Puis je regardai le ciel, comme si je n'avais plus personne envers qui me tourner et murmurai silencieusement: « Si il y a vraiment une entité supérieure là-haut qui s'appelle la Grâce Suprême, donnez-nous un petit coup de pouce. S'il vous plait. »
Le chant menaçant de tambours s'éleva alors dans le nord. Un bruit lointain mais assourdissant. Il devait y avoir des dizaines, des centaines peut-être, d'instruments qui se faisaient percuter sur le même rythme. Puis lentement, une ligne noire se dessina sur l'horizon, s'élargissant au fur et à mesure qu'elle dévalait les dunes du désert. Une vague de créatures difformes, une nuée de démons, une masse sombre et immense s'apprêtait à dévorer la cité de Luth-Golein.
« Hypérion est malin, expliqua Sylvain. Il savait qu'il n'avait plus l'effet de surprise. Il a donc décidé de faire le contraire. »
Le sang froid du paladin était remarquable et son explication me redonna du courage. Tout cela n'était qu'une mascarade pour nous impressionner. Mais pas question d'avoir peur.
Au milieu de l'armée se dressaient trois immenses catapultes hérissées de pics auxquels étaient accrochés des têtes de mort. D'énormes minotaures tiraient les armes de siège et les faisaient difficilement avancé à travers le désert. Les créatures s'approchèrent des murs de la ville et s'arrêtèrent à deux centaines de mètres pour rester hors de la portée des archers. Les derniers rayons du jour disparurent derrière le cortège démoniaque, et bientôt on ne distinguait plus que les torches tenues par les infernaux. Des cris raisonnèrent alors dans la cité de Luth-Golein, et à cet appel, les lumières de la ville s'allumèrent, jetant une audacieuse lueur d'espoir dans les ténèbres de la nuit.
Les minotaures chargèrent alors les catapultes de pierre, tandis que d'autres démons de plus petites tailles jetaient un liquide sur les projectiles avant de les incinérer avec leur torche de flammes. Bientôt, on distinguait au milieu de l'ennemi trois flambeaux énormes, ultimes messagers de la destruction dont nous allions bientôt faire les frais. Un cavalier vêtu d'une cape sombre et déchirée s'avança vers la cité, tenant dans sa main ce qui semblait être un drapeau blanc, et demanda à parler au chef de la ville. Les archers se retinrent de tirer, Lyr voulait écouter ce que le démon avait à dire. Il s'agissait en effet de l'éclaireur qui n'était pas revenu.
Quelques minutes s'écoulèrent. Quelques minutes d'attente insupportable. Que pouvait bien vouloir ce démon ? Et qu'espérait donc Lyr ? Signé un traité avec Diablo ? Jerhyn arriva enfin au sommet du rempart, prêt à écouter la proposition du démon.
« Je suis venu te donner une dernière chance de te rendre, lança le mort d'une voix malade. Les seigneurs-démons te complimentent pour la beauté de la ville ! Ils préfèrent le confort de ton palais à celui des tentes au milieu des ruines. Accepte ma proposition et ta ville ne sera pas détruite. »
Jerhyn fixa l'émissaire quelques secondes, avant de revenir sur ses pas.
« D'un geste de la main, j'ordonnerai le bombardement de ta ville, insista l'émissaire. Avant le levé du jour, Luth-Golein sera en cendres, ses citoyens morts et ressuscités pour grossir les rangs de nos armées ! »
Le régent de Luth-Golein n'en revenait pas. Ces menaces étaient donc bien réelles, et lui avaient tenté d'esquiver le sujet pour s'intéresser au commerce de la ville. Mais tout cela était vain. La mort frappait à sa porte et il ne savait pas comment répondre. Il devait y avoir au moins un millier de démons attendant un signal pour écraser sa ville. Et que pouvait-il faire ? Une larme d'impuissance coula sur sa joue. Devait-il accepter l'offre du démon ?
Lyr s'empara alors d'une flèche et sans plus attendre, lâcha la corde tendue de son arc. Le projectile suivit la trajectoire sifflante d'une parabole avant d'atterrir dans la gorge de l'émissaire et le démon tomba à la renverse dans le sable du désert. Les infernaux ne savaient pas alors comment réagir: devait-il bombarder la ville ?
« Maintenant ! » ordonna Sylvain et l'épée à l'avant, il chargea vers l'ennemi en vue de détruire les catapultes aussi rapidement que possible. Nous partîmes tous au galop, laissant naître dans notre sillage une invincible tempête de sable. Nos cris se joignirent à l'ordre du paladin:
« Ils vont manger du fer !
– Pour Tristram !
– On va vous rappeler c'que ça veut dire qu’d'être mort ! »
Les chevaux galopèrent à toute vitesse, surexcités par les coups de botte qu'ils recevaient. Ils essayaient de rattraper la jument de Sylvain, comme pour gagner une course. Mais une course vers quoi, pardi ? Vers la mort ?
La masse démoniaque se mit alors en marche, prêt à écraser de tous son poids les audacieux cavaliers.
« Couvrez-les ! » ordonna Lyr.
Dès que les démons furent assez proches, les archers lâchèrent une salve mortelle de projectiles qui se plantèrent dans les heaumes, brisant les crânes et transperçant les muscles contractés ! Les créatures tombaient par dizaines, un rideau de poussière s'élevait devant eux, impossible d'avancer, et déjà une nouvelle salve de flèches pleuvait sur l'ennemi pris au dépourvu.
Plus que trente mètres, et nous allions devoir galoper à travers une mer de démons.
Des hurlements s'élevaient des tous les côtés, des ordres étaient criés par les généraux infernaux, les humains répondaient par leur instructions, déterminés à ne pas céder… à aucun prix !
Vingt mètres...
Je n'entendais plus que les sabots de ma monture battre le sable qui s'élevait, projeté dans toutes les directions par la puissance de ma bête, je tenais ma lame, prêt à frapper, prêt à tuer !
Dix mètres...
Les dernières chaleurs du désert s'estompèrent, il faisait presque froid, ça y est, Sylvain passa la première rangée d'ennemi, il en décapita un, à mon tour, je levai mon arme, tournant mes épaules avant de laisser se balancer ma lame parallèle au corps de Baron. J'en embrochai un, lui scindant l'épaule et le haut de la poitrine en deux, mais le coup fut plus dur à porter que ce à quoi je m'attendais, j'étais déséquilibré, et pris de panique resserrai mes jambes pour ne pas tomber, la bête paniqua à son tour et commença à s'agiter. Un démon l'effleura de sa lance, emportant sur son arme un épais morceau de chair, le sang gicla et m'aspergea, puis j'essayai de le frapper, mais il esquiva, il était derrière moi à présent... Sous le choc de sa blessure, Baron s'arrêta au milieu des créatures... et une fraction de seconde plus tard, nous nous retrouvions encerclés ! Mais le cheval fit un saut et, ce faisant, donna un coup de sabot qui expédia trois démons en arrière ! Il enchaîna sur un second saut, volant au-dessus du cercle d'ennemis et gagnant en vitesse, il rattrapa les autres cavaliers. Sa vitesse était telle qu'il me suffisait de garder fermement mon épée tendue pour trancher la chair démoniaque qui s'offrait à ma lame.
Greiz avait raison, ce cheval était absolument remarquable ! La plaie était pourtant béante, combien de temps la bête allait-elle tenir ? Tout d'un coup la mer d'ennemis se dissipa. Notre troupe venait de traverser d'une traite les lignes ennemies et nous nous retrouvions derrière l'armée des démons. Nous n'étions plus qu'une dizaine, Sylvain toujours en tête. Puis un bruit mécanique raisonna et un projectile de feu fusa à travers le ciel. Nous nous retournions pour contempler les trois catapultes jetaient simultanément leur projectile destructeur sur la cité. Leur parcours dura quelques secondes. Le premier missile s'écrasa dans un bruit de tonnerre à quelques mètres devant la forteresse, ébranlant majestueusement le sable dans lequel il atterrit. Le second missile subit le même sort et le troisième disparu derrière les remparts de la ville. Un bruit encore plus violent se fit entendre et nous pûmes voir des débris enflammés voler dans les airs, dernier vestige de la maison qui venait de se faire abattre.
« Sortez les élixirs ! ordonna le mercenaire qui nous avait procuré les potions explosifs, nous allons riposter ! »
Sylvain approuva d'un geste de la tête et mena la charge vers les catapultes. Celles-ci se trouvaient derrière l'armée, nous n'avions pas à traversé une mer d'ennemis pour les atteindre. Cependant, les énormes taureaux qui tiraient les armes de siège semblaient beaucoup plus robustes que leurs congénères démoniaques; nous n'allions pas pouvoir les chevaucher. Et quand bien même nous arrivions à détruire les armes de siège, comment revenir vers la ville après ? Nous étions moins nombreux et n'avions plus l'effet de surprise, notre charge allait être beaucoup moins efficace.
Jobin regardait anxieusement l'incendie causé par la catapulte infernale. Leurs ennemis avaient mal visés, les défendeurs n'auraient peut-être pas autant de chance la prochaine fois. Au milieu de la foule d'habitants qui accourait avec des sceaux d'eau, il aperçu trois silhouettes se faufilaient dans les ténèbres. Il se demanda pourquoi ils ne travaillaient pas à éteindre l'incendie. Il reconnu à la lueur des flammes, un visage anormalement pâle – un visage qui l'avait tant marqué la première qu'il l'avait aperçu qu'il le reconnu immédiatement. Puis il jeta un rapide coup d'œil à une autre des silhouettes et reconnu Rhana. Les démons étaient dans la ville.
« Abattez ces trois hommes ! » ordonna-t-il à ses archers.
Les soldats se retournèrent vers leur chef et furent surpris de voir que son index pointait non pas l'ennemi dans le désert, mais les rues de la ville. Face à leur air dubitatif, Jobin renchérit:
« C'est un ordre ! Il faut arrêter ces trois hommes ! »
Il montra l'exemple, arma son arc et décocha une flèche. Le projectile siffla à travers la nuit et vola quelques mètres devant Hypérion, se plantant dans les murs d'une masure. Le démon fut aussi tôt alerté et commença à accélérer le pas, tandis que Rhana, tout en courant, sortit deux arbalètes déjà armées de son manteau et tira en direction du rempart. Jobin esquiva un carreau de justesse, qui fusa exactement où il s'était tenu il y a quelques secondes, mais le deuxième carreau frappa un des soldats en plein cœur ! Le défunt fit quelques pas en arrière, et tomba du haut du mur, avant de s'écraser dans le sable. Jobin n'en revenait pas ! En une fraction de seconde, son ennemi avait tiré deux carreaux et elle avait visé à la perfection.
Cette attaque mit cependant les hommes de Jobin sur le qui-vive et ils engagèrent le combat avec l'humaine. Jobin tenta une nouvelle fois d'abattre l'ancien capitaine de Westmarch, mais ce-dernier disparu dans l'ombre suivi par son mystérieux compagnon. Le prince contempla quelques secondes l'allée où le mort s'était éclipsé, avant d'être ramené à la réalité par un cri d'agonie. Un autre de ses hommes venait de se faire abattre, un carreau à travers la gorge. Les archers répliquaient mais leur cible se déplaçait trop rapidement, elle se servait des bâtiments pour se protéger et ripostait à une telle vitesse, que les soldats devaient renoncer à attaquer pour se défendre. Lorsqu'un troisième soldat fut touché à la cuisse, Jobin ordonna à ses hommes de se disperser. Ce combat ne servait à rien. Impossible de venir à bout de cette femme dans un combat à distance. Et tout en pensant à cela, il se dirigea vers le plus proche escalier qui lui permettrait de descendre des remparts pour gagner la ville.
« Un instant, Jobin ! » ordonna une voix autoritaire.
Il s'agissait de Lyr suivi par Greiz.
« Que se passe-t-il ? Pourquoi nos hommes se font-ils attaqués de l'intérieur ?
– Parce qu'au moins trois démons ont réussi à s'infiltrer, rétorqua le prince. Et ils sont extrêmement dangereux ! Nous devons les retrouver et les arrêter !
– Bon, songea Lyr en constatant le cadavre de l'archer qui gisait au pied du rempart, pas le temps de mobiliser des hommes, et le mur tiens bon du reste. Allons-y Greiz ! »
Et les trois meneurs s'enfoncèrent dans les pénombres de la ville, troublées par quelques lanternes et l'incendie magique qui ne cessait de grandir.
« J'aimerais quand même bien savoir ce qu'il y a dans ce sac ! s'énerva un des soldats que Lyr avait confiés à Selrak.
– T'inquiète, répliqua le nécromancien.
– Et puis, il ne se passe rien ici ! Nous devrions remonter à la surface pour aider les autres à éteindre l'incendie... »
Au bout du long corridor qui se perdait dans les ténèbres apparurent deux lumières jaunes, l'une émanant d'une torche, l'autre de l'eau des égouts. Ah, quand même ! Selrak finissait par se demander si les démons allaient venir. Il ordonna à la dizaine d'hommes que Lyr lui avait confiée d'armer leurs arcs et d'attendre son signal pour faire feu. La lumière tremblotante s'approcha doucement, on aurait dit un fantôme. Lorsque l'ennemi fut assez proche, les humains purent distinguer à la lueur éclatée des flammes un crâne écarlate. Perdant patience, un des archers tira. La flèche traversa le long couloir, cela dura quelques secondes, et perfora le crâne du mort. C'était un tir magnifique ! Les autres soldats s'enthousiasmèrent devant la réussite de leur compagnon. Seul Selrak ne se joignait pas aux festivités. En effet, le squelette avait beau avoir une flèche à travers la tête, cela n'avait pas arrêté sa marche. Et bientôt, d'autres lumières jaunes apparurent de toute part, des dizaines de points lumineux, qui donnaient l'impression qu'une explosion était doucement en train de se propager dans les souterrains de la ville.
C'était une véritable armée ! Les soldats se tournèrent alors vers le magicien. Lyr leur avait dit qu'ils avaient mis au point un plan pour se débarrasser de la vermine démoniaque qui se répandrait dans les égouts, mais le flegmatique nécromancien avait refusé de faire l'exposer de son stratagème. Quelque fut cette tactique, il était peut-être temps l'appliquer.
« Alors, on fait quoi maintenant ? demanda anxieusement le même soldat qui s'était plain plus tôt.
– On va peut-être aider les gens à la surface à éteindre l'incendie, proposa un autre.
– J'ai dans ce sac, confessa finalement Selrak, l'ultime ingrédient pour lancer un sortilège extrêmement puissant: une sorte d'explosion magique qui devrait se répandre très efficacement dans les couloirs des égouts. Seulement, il va me falloir un peu de temps pour incanter le rituel... et il faudrait aussi que l'ennemi se rapproche encore un peu.
– Mais nous allons nous faire trucider !
– Mais non..., le rassura le magicien. Enfin, peut-être.
– Et c'est quoi au juste, ce fameux ingrédient que tu trimbales dans ton sac ? »
Le nécromancien ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
« C'est un cadavre ! »