Status : En cours d'écriture
Histoire : Le Paladin de l'ouest
Auteur : Bert
Chapitres : 1 -
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17Chapitre 14 « Un cadavre ? sursauta le soldat. Mais t'es complètement dément !
– Non, juste peu orthodoxe. »
Une flèche de feu siffla entre leurs nez et mit fin à la conversation. Bientôt une nuée de projectiles enflammés volèrent en direction du petit groupe. Les soldats coururent jusqu'au premier croisement, et se dispersèrent en deux groupes, se couvrant derrière les angles morts. Selrak mit plus de temps car il du transporter son fardeau, ce qui l'exposa dangereusement aux tirs de l'ennemi. Anticipant une flèche visant le dos du mage, un des soldats quitta l'angle mort, agrippa Selrak par les épaules et le plaqua contre le mur. Le projectile fila à quelques centimètres des deux hommes, mais sans les blesser. Malheureusement, surpris par le choc, Selrak lâcha le sac et ce-dernier tomba dans l'eau. Désespéré, le nécromancien vit le corps qu'il avait si longuement préparé pour son sortilège partir à la dérive.
« Le sac !
– Tant pis pour le sac ! s'imposa le sauveur. On trouvera autre chose. Si on court après, on meurt tous. Il faut rester à couvert et essayer de riposter. »
Mais les flèches de l'ennemi fusaient continuellement, impossible de sortir des angles morts pour contrattaquer. Ils étaient faits comme des rats. Les squelettes avançaient inexorablement et ils ne seraient pas arrêtés par des armes normales. C'était quitte ou double. Et sans crier garde, Selrak plongea dans l'eau des égouts.
Mon corps se balançait au rythme de la bête qui me portait, je resserrais mes jambes autour de ses côtes et regardais avec inquiétude la plaie béante sur son flanc. Baron perdait beaucoup de sang, et bientôt, il allait à nouveau devoir se jeter dans la mêlé. Levant la tête, je vis les lanciers qui se regroupaient devant les catapultes, prêts à nous enfourcher. Puis resserrant mon emprise sur l'épée des rogues, je murmurai doucement « Ardas Illuminati ! », espérant que l'ange pourrait me prêter main forte en ces moments désespérés. L'arme s'illumina faiblement mais la lueur disparu très rapidement. Mon cœur se serra. Puis je me rendis compte que la plaie sur le cheval avait disparu, et la bête galopait à présent avec plus de fougue que jamais. J'avais donc deux robustes compagnons sur lesquels je pouvais encore compter.
« Ya ! »
Vif, je gagnai les côtés de Sylvain. Les démons abattaient à présent les lances dans notre direction. Plutôt que de charger vers eux, le paladin bifurqua au dernier moment, de manière à longer le dos de l'armée sans engager le combat. C'était bien pensé. Nous n'avions pas besoin de trop nous approcher des catapultes, ayant après tout l'intention de les détruire avec des armes à distance. Les démons ne comprirent pas la manœuvre et quelle fut leur surprise, lorsqu'ils virent une demi-dizaine de fioles voler en direction de leurs armes de siège et éclater en gerbe de flammes ! L'explosion était fantastique, broyant la matière de la catapulte, le bruit destructeur de nos armes était jouissif ! Notre plan fonctionnait, et il fonctionnait même à merveille ! Hypérion n'avait sans doute pas prévu cela !
A présent nous galopions vers la deuxième catapulte. Les démons commencèrent une manœuvre pour nous arrêter. Certains archers décochèrent leurs flèches mais il était difficile de viser des cibles se déplaçant aussi rapidement que des cavaliers. Non, le plus inquiétant était les grands minotaures qui, plutôt que de tirer ou de charger le prochain projectile de la catapulte, quittaient leur rang pour intercepter notre minuscule bataillon. Quatre colosses énormes qui mesuraient deux fois notre taille même lorsque nous étions à cheval. Fallait-il les affronter ou bien tenter de se faufiler entre eux ? Un frisson d'hésitation parcourut tout le groupe. Seule la détermination du paladin restait intacte et il décida sans fléchir une seconde que la meilleure façon de s'en sortir était de charger encore plus rapidement.
Il commença à nous distancer mais bientôt nous adoptâmes son rythme, un rythme si intense que je me demandai s'il nous serait possible de manœuvrer pour jeter les fioles sans perdre notre équilibre. Je n'entendis plus que le son affolé des sabots s'abattant sur le sable, j'aiguisai ma concentration, fixant l'ennemi, sans vraiment savoir quoi faire au moment de la fatidique rencontre. Ce serait à nouveau à Sylvain de montrer l'exemple. Et je n'oubliais pas que ma bête était brave et que mon ange veillait sur moi.
Un des bœufs tenait une immense hallebarde – quand le paladin fut assez proche, il l'abattit, mais la jument s'arrêta, se dressant sur ses pattes arrières et esquivant de justesse l'arme ennemi. Sylvain lâcha ses rennes et prenant son épée à deux mains, entailla le bras du monstre. La bête poussa un cri de douleur, les patte-avants du cheval retombèrent sur terre, puis les bottes de Sylvains donnèrent l'ordre à la bête de repartir. Il s'empara alors d'une fiole et la jeta en direction des catapultes, mais à cause la fatigue causé par son effort immense, il visa mal et l'explosif se perdit dans le sable. Puis plaquant ses bottes sur le flanc gauche de sa monture, il lui ordonna de faire demi-tour en suivant la trajectoire d'un demi-cercle.
Le second soldat ne s'en sortit pas aussi bien que lui. La bête vers laquelle il chargeait n'avait pas d'armes – mais ses bras étaient énormes et valaient bien des massues. Et lorsque l'humain fut à porté, il agrippa le cheval et arrêtant net sa course, le souleva dans les airs. Le cavalier perdit son équilibre et tomba au sol. Le minotaure tint la bête haute au dessus de lui, comme s'il brandissait un énorme trophée et il jeta alors le cheval sur l'homme à terre. Mais ce faisant, il laissait filer deux soldats et ces-derniers ne perdirent pas leur temps, jetèrent leurs fioles avec plus de succès que leur meneur, causant l'explosion recherchée.
A ma droite, le corps d'un mercenaire se faisait découper en deux par un des colosses. Face à moi le dernier de ses monstres, une hache à la main et en position de combat. Nos regards se croisèrent et ne se perdirent plus. Quand je fus à un mètre de lui, il frappa, je déviai le fer de sa hache en levant mon épée, et enchainai tout de suite sur un coup dans sa poitrine. Grâce à l’élan, l'épée perfora son cœur ! Je ne lâchai pas prise et restai suspendu au démon, tandis que ma monture continuait sa chevauchée. Baron suivit les mercenaires qui le devançaient, et ceux-ci, comme Sylvain, firent demi-tour d'un grand mouvement circulaire.
La bête que j'avais frappée tomba lourdement, m'entrainant avec elle sur le sol. Debout sur son ventre, je retirai ma lame. Ses deux compères se précipitèrent alors vers moi, mais rapide comme l'éclair, je lâchai mon arme et m'emparai de deux fioles explosives.
« Approchez-vous ! Je vais vous carboniser la chair ! »
Les bêtes chargèrent, le sable en trombe sur leurs pattes. Je lâchai un cri de rage et balançai le premier explosif sur un des monstres. Il parvint à éviter le projectile en se baissant et l'élixir explosa quelques mètres plus loin dans le sable. Il ne me restait qu'une fiole pour deux monstres. Cette fois, je ne voyais vraiment pas comment m'en sortir.
Sylvain et les mercenaires revinrent à la charge. En m'attaquant, les deux bêtes avaient laissé la catapulte sans défense et les hommes de Greiz en profitèrent pour tout faire sauter, avant de continuer sans plus attendre vers la troisième catapulte. Personne ne viendrait donc à mon secours... Je compris ma méprise en entendant les bruits puissants d'un galop dans la nuit. Me retournant, je vis une troisième bête charger vers moi: Baron ! Parviendrait-il à m'atteindre avant que les deux démons m'aient écrasé ?
Je lançai l'élixir dans les airs. J'entendais la respiration des minotaures. Baron se faufila entre les deux bêtes. J'agrippai sa selle et le cheval me tira hors de danger. Puis la fiole explosive retomba et, heurtant la corne d’un des démons, vacilla avant d’exploser entre les têtes ahuries des deux bœufs. Après avoir trouvé mon équilibre sur mon destrier, je me retournai pour voir les deux démons tomber, leurs têtes étaient complètement carbonisées, il y eut un bruit sourd et une éruption de sable autour des deux cadavres. Je les avais battus… les trois ! Je donnai une tape forte au cou de Baron et rejoignis mes sept compagnons restants, prêt à affronter un nouveau groupe de démons.
Sylvain pointa alors le ciel de sa lame, et cria :
«
Sanctum Luminati ! »
Le glaive s'illumina, projetant des rayons d'argents dans toutes les directions. Aveuglés, nos adversaires ne purent se défendre et les mercenaires jetèrent les quelques fioles qui leur restèrent sur la dernière catapulte. Ce nouveau feu d'artifice fit gicler le sable dans tous les sens, l’assaut était surpuissant ! Notre petit régiment était parvenu à traverser une armée de mille démons et à exterminer leurs catapultes !
Et maintenant ?
Sylvain vira vers Luth-Golein, et tenant l'ennemi à distance grâce à son sortilège, il galopa à travers les rangs des démons, se frayant un chemin que nous pouvions tous emprunter. J'avais l'impression que les serviteurs de Diablo s'écartaient pour laisser place à notre cortège. Mais alors que nous nous approchions des remparts de la ville, le sortilège du paladin prit fin et la bataille fut à nouveau plongée dans l'obscurité. Telle une bête fermant sa gueule, l'armée démoniaque se rua sur les audacieux cavaliers. Nous étions à présent assez proches pour être couverts par les archers de Luth-Golein, mais ils ne pouvaient pas abattre tous nos ennemis. Je claquai mes bottes contre la poitrine de Baron, lui ordonnant d'accélérer encore et tous suivirent mon exemple. A présent, seule la vitesse pouvait nous sauver.
La grande porte de la cité fut ouverte pour nous laisser trouver refuge derrière les murs de la ville. Ça y est, les démons avaient refermé le chemin creusé par le Paladin ! Sylvain, deux mercenaires et moi nous en sortions de justesse, le reste de notre compagnie fut noyé dans cette mer d'ennemis, broyée par les haches, les épées et les griffes. Mais nous étions sauves à présent, ils ne pourraient plus nous rattraper. Une flèche fusa alors à ma droite, et se planta dans le dos d'un des hommes de Greiz qui me devançaient. L'archer démon fut aussitôt abattu par l'un des nôtres. Puis quelques secondes plus tard, nous étions trois à rentrer dans la forteresse. Des hommes se dépêchèrent pour fermer les portes avant que la nuée de démons ne les atteignent. Nos adversaires lancèrent leur ultime charge, mais bombardés par une grêle de flèches, ils ne purent atteindre leur but, et durent retraiter ! Leurs pertes étaient énormes !
Nous étions donc à nouveau dans la ville. De toute part, des cris de clameurs nous accueillaient. Notre plan audacieux avait fonctionné, nous avions remporté la bataille et repoussé une armée d'un millier de démons ! Vingt-sept des meilleurs hommes de Greiz, ainsi que la plupart de ses chevaux étaient cependant morts sur le champ d'honneur. A la joie de la victoire se mêlait à présent le goût amer des sacrifices. Mon corps était couvert de sueur, ma lame pétrie de sang, de la fumée émanait du corps de Baron. Celui qui attirait cependant le plus d'attention était Sylvain, le grand meneur de cette troupe, et partout j'entendais chanter :
« Vive Sylvain ! Vive le Paladin de l'ouest ! »
Sylvain arrêta sa jument et se retourna pour venir à moi, ignorant les éloges des soldats.
« Je n'étais pas sûr d'à quel moment utiliser mon sortilège, avoua-t-il. Un paladin plus expérimenté aurait pu le maintenir plus longtemps mais je…
– Je trouve que ce n'était pas mal du tout, fis-je avec une légère ironie.
– Bertogale, reprit mon camarade inquiet, c'était trop facile. Hypérion est un meilleur stratège que cela. Il va se passer quelque chose d'autre. »
Décidément, l'eau des égouts était vraiment nauséabonde. Impossible d'ouvrir les yeux. Selrak sortit sa tête de l'eau pour voir son si précieux sac partir à la dérive. Puis une flèche de feu plongea à un mètre de lui, laissant s'échapper de la fumée au bord de l'eau. Malheureusement, le courant l'emportait vers les mort-vivants, il devait trouver un moyen intelligent de s'approcher d'eux pour rattraper son sac sans se faire tuer. Les soldats que Lyr lui avait confiés ne pouvaient l'aider, car attaquer serait s'exposer. Il fallait avoir recours à de la magie. Si seulement, oui, si seulement ils pouvaient au moins tuer un de leurs zombies, ça lui ferait un cadavre au sein des ennemis. Peu importe comment, ses hommes devaient lancer une attaque, une seule, unique et fatale. S'agrippant au bord des égouts, il cria ces instructions :
« Il faut que vous tuiez un de nos adversaires ! Un seul, et je me charge du reste ! »
Sans réellement comprendre, un soldat obtempéra. La flèche prête et la corde déjà tendue, il se jeta au milieu de la voie, lâcha son projectile et se réfugia tout de suite derrière l'autre angle mort, esquivant une dizaine de missiles qui fusaient droit sur lui. Si les tirs ennemis furent vins, celui de l'homme fit mouche. Une bout de bois dépassant de sa poitrine, une sorte de ramassé de chair qui ressemblait à peine à un humain tomba sur le sol. Selrak tendit sa main, pointant le corps de la paume de sa main, et animé d'une étrange sorcellerie, le cadavre éclata, comme si une puissance phénoménale venait de s'en libérer. Le régiment de squelettes fut chamboulés par ce sortilège, certains perdirent la moitié de leurs os sous le choc, et le flot, jusqu'à lors ininterrompu, de tirs ennemis prit fin.
« Aller, les gars ! On en profite ! » ordonna un des soldats.
Les soldats prirent l'allée et se mirent sur le qui-vive, prêt à abattre le premier ennemi qui réapparaîtrait.
« On ne passe p- argh !! »
Rhana retira la dague de la gorge du garde, une gerbe de sang vola vers elle mais l'assassin fit un pas sur le côté pour ne pas se faire tâcher. Le deuxième garde était complètement ahuri. Torgan l'agrippa et le souleva. Puis, laissant apparaître sous son capuchon de grands yeux jaunes, il fixa le pauvre humain qui se transforma en pierre. Il fracassa alors la statue contre le sol et le seigneurs-démon déclara avec une fausse frustration, qui ne signifiait en vérité que sa satisfaction:
« Pitoyable ! »
Hypérion songea qu'il était bête de gaspiller autant d'énergie pour tuer un seul humain mais il s'abstint de faire le commentaire. Il devait se dépêcher de trouver la porte des arcanes Les humains avaient mis en place une défense solide. Le palais semblait désert, les trois serviteurs de Diablo firent très rapidement le tour de la grande salle, avant de descendre l'escalier qui menait au harem. Ils entendirent des murmures. On se cachait. Sans doute les femmes de Jerhyn. Ils n'avaient pas de temps à perdre à les massacrer, les démons qu'ils libéreraient s'en chargeraient de toute façon. Vite, trouver le prochain niveau.
Ils avançaient à travers de longs couloirs en voute, éclairés par des torches réparties à intervalle égale. La décoration était riche. Il s'agissait à nouveau de fresques géométriques, ça et là, des figures qui trompaient l'œil et donnaient le vertige aux observateurs. Les couloirs donnaient sur de petites chambres, garnies de lits et de coussins multicolores; il s'y trouvait parfois une table en bois, avec un échiquier et divers autres jeux dessus; ou encore, un autel, derrière lequel était accroché au mur un tapis, sur lequel on avait tissé des récits de chasse. Ils entendirent soudain un cri, quelque chose qui ressemblait à l'agonie d'un homme. Cela les intrigua: quel homme pouvait donc se cacher ici ?
« Je vais jeter un coup d'œil, lança Rhana, je vous retrouve en bas plus tard. »
La chasseresse s'empara d'une dague et se dirigea en direction du cri. Hypérion n'était pas ravi de se retrouver seul avec Torgan. Les deux ne s'aimaient pas, ils allaient devoir se concentrer sur leur mission pour ne pas laisser leur haine réciproque provoquer une bagarre. Heureusement, ils trouvèrent enfin l'escalier qui menait aux caves du palais.
Lyr contempla la plaie béante dans la gorge du garde. Un ruisseau de sang coulait le long des marches du palais. Le soldat s'était fait impitoyablement poignardé. Quant à l'autre...
« Vous êtes sûr que c'est prudent d'y aller ? demanda Greiz.
– On n'a plus le choix, répondit le flamboyant Jobin. Ces démons veulent sans doute assassiner Jerhyn. D'un prince à l'autre mon devoir est de le sauver. Quant à vous, Greiz, s'il mourrait, personne ne vous paierait.
– Alors, dépêchons-nous, avant qu'il ne soit trop tard ! »
Ils parcoururent à leur tour les longs corridors du harem.
Rhana découvrit Jerhyn, assis sur un trône de coussin, entouré de deux femmes nue et tenant une coupe d'or à la main.
« Je vous le dis, c'est la fin du monde, donc mieux vaut en profiter ! »
Et sur ce, il but une gorgée et embrassa ardemment une de ses compagnes, avant de tomber à la renverse de son ''trône''.
Caressant sa dague, Rhana songea que l'attitude du régent était tout simplement répugnante. Elle aurait grand plaisir à mettre un terme à sa vie.
« Ah, une troisième ! s'écria Jerhyn à moitié ivre. Venez mon enfant. Mais que... ? »
Il se rendit compte qu'elle tenait un poignard à la main, et la seconde d'après, le couteau volait vers lui, il eut à peine le temps de s'emparer d'un cousin, mais ne put s'en servir pour se protéger, les deux femmes poussèrent des cris hystériques, puis il y eut un bruit métallique et l'arme de Rhana voltigea dans les airs, avant de tomber au sol. S'en suivit un bruit sourd. La chasseresse vit planté dans le mur le projectile qui avait dévié le sien. Une autre dague. Elle sortit immédiatement de la salle, plaquant son dos juste à côté de l'entrée et risquant un regard. Elle était une des chasseresses les plus douées de Sanctuary et elle n'avait depuis la fin de sa formation rencontré personne capable de rivaliser avec sa technique de lancée. C'était peut-être un coup de chance. Elle se disait qu'elle était impatiente mais elle prit le risque de découvrir à qui elle avait à faire.
Elle s'empara d'un couteau et fut tout de suite accueillie par une dague volante, ses oreilles aiguisées, sensible au sifflement de l'arme, l'avertirent immédiatement du lieu de provenance du projectile, mais lorsqu'elle y tourna les yeux, elle ne vit rien, si ce n'est l'arme qui tournoyait vers elle – et qui s'approchait plus rapidement que ce à quoi elle s'était attendu. Difficilement, elle para la dague de son arme, mais la dague persista et elle jeta sa tête en arrière pour éviter de se faire perforer le crâne. Lorsqu'elle leva la tête, elle vit encore deux couteaux fuser vers elle, apparaissant de nulle part: son ennemi était invisible !
Cette fois, elle se roula parterre et se faisant, dégaina deux couteaux et dans la continuité du geste, elle répéta une tentative d'assassiner Jerhyn. A nouveau un projectile remarquablement bien lancé vola au secours du prince mais, identifiant la position de son adversaire, la chasseresse enchaîna immédiatement sur un second lancé, et la dague si figea dans les airs. Touché !
Kyra apparu alors en fondu, le couteau planté dans son épaule gauche. Mais le sang ne coulait pas ! Rhana vit que son adversaire portait une armure en cuir légère, cela l'avait peut-être protégé, pourtant, ses attaques venaient à bout des armures les plus coriaces d'habitude... Décidément, cette femme n'était pas ordinaire.
« Kyra ? s'exclama Jerhyn.
– J'avais une vie avant de te rencontrer, tu sais, rétorqua la combattante en retirant l'arme plantée dans son armure.
– Une vie d'assassin, comprit Rhana triomphante. Pas mal le sortilège de transparence !
– Tu n'as encore rien vu, » fit Kyra en relevant une mèche blanche.
Lyr, Jobin et Greiz firent soudain leur entrée dans la chambre et furent complètement ébahis par le spectacle qui se déroulait devant eux. Un régent ivre, deux femmes nues terrifiées, et deux combattantes, qui semblaient s'affronter rien que par l'intensité de leur regard.
« Par tout l'or du monde ! » s'exclama le mercenaire sans oser avancer.
Kyra s'approcha de son adversaire en zigzaguant, elle semblait disparaître par moment pour réapparaître plus proche de son ennemie, jusqu'à ce qu'elle soit assez proche pour lui porter un coup. C'était là que l'assassin gagnait son inestimable avantage sur la chasseresse: au corps-à-corps. Le pied de Kyra partit vers la tête de Rhana mais cette-dernière ne se laissa pas faire, et para de son avant-bras, le choc fut si puissant que tout l'air de la salle se mua, et on sentit comme un courant d'air partant du télescopage. Kyra enchaîna sur un nouveau coup, l'autre esquiva, riposta, impossible de suivre leurs gestes, maîtresses de leurs arts, elles anticipaient les coups avant qu'ils ne surviennent sans même devoir attendre qu'ils soient lancés pour les voir arriver, c'était comme une chorégraphie où tout avait été planifié.
« Vous croyez qu'on peut aider la petite ? demanda Greiz.
– Elle se débrouille, fit Lyr, nous devons sortir Jerhyn et les deux citoyennes...
– ''Citoyennes'' ? s'arrêta Jobin. Mais alors vous êtes...
– Républicain, oui ! s'énerva le capitaine, et ce n'est pas le moment d'en parler ! Je n'ai pas l'intention d'abandonner mon prince, en ce moment, il est un citoyen comme tous les autres.
– Bon, se contint Jobin, laissons là ce détail. Moi, ce qui m'inquiète, c'est qu'un seul des trois démons que nous chassions soit là. Que peuvent bien vouloir faire les deux autres ?
– Si on les trouve assez tôt, on n'aura même pas à le savoir, commenta Greiz, dépêchons-nous !
– Et eux ? fit Lyr en pointant Jerhyn et ses deux compagnes.
– Qu'ils viennent ! »
Le nouveau groupe de six sortit de la salle, laissant les deux combattantes à leur terrible duel. A présent par où aller ? Chercher dans le harem ? Descendre vers la cave ?
Or justement, dans la cave:
« Voilà, fit Hypérion quelque peu soulagé, nous l'avons trouvé ! »
Devant lui se dressait deux arches qui formaient une demi-ellipse aiguisée. Ils étaient seuls dans les sous-sols du palais. Trop occupé à se défendre contre l'attaque frontale, personne n'avait songé à les arrêter, et plus personne ne le ferait. Il ne leur restait plus qu'à ouvrir le portail, et démons afflueraient de l'intérieur pour réduire à feu et à sang la glorieuse cité de Luth-Golein. Même Torgan devait reconnaître que c'était très bien joué de la part du mort-vivant.
Néanmoins, il allait à présent en finir: avec les humains...
...et avec Hypérion.