Fanfiction Diablo II

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Rage Infernale

Par Gerakis
Les autres histoires de l'auteur

Chapitre 1 : Welcome

Chapitre 2 : Ego

Chapitre 3 : Who You Are

Chapitre 4 : Transformation

Chapitre 5 : Die Tomorrow

Chapitre 6 : Angel's Punishment

Chapitre 7 : Our Truth

Chapitre 8 : In A Reverie

Chapitre 9 : Falling Again

Il n'aurait pas pensé que l'enfer ressemblait à ça, enfin pour le peu qu'il en voyait. Balder se trouvait dans une salle à peu près similaire à celle ou il était il y'a quelques seconde à peine. Tant et si bien qu'il cru d'abord ne même pas avoir bougé... Mais ce fut la présence de seulement deux cadavres par terre qui lui mirent la puce à l'oreille. En effet Duncan venait de dessouder une paire de démons malheureux. Sörg mit sa belle debout, lui demandant au creux de l'oreille :

« - T'arrive à marcher ?

- Sans aucun problème, Fangorn m'a guérit...

L'humain haussa un sourcil étonné et ajouta :

- Faudra que tu m'expliques ça en détails... »

Le vampire essuyait sa lame détrempée de sang sur le cadavre d'un monstre, puis jeta un coup d'oeil rapide autour de lui, déclarant d'un ton blasé :

« - Alors c'est ça l'enfer ? Une espèce de fort ? J'imagine qu'il doit y'avoir autre chose... Enfin sinon on risque de s'ennuyer...

- De s'ennuyer ? Pardon mais moi un peu de repos j'cracherais pas dessus... Je suis crevé. D'ailleurs je n'ai pas envie d'aller plus loin ! »

Duncan soupira, puis vit arriver le Joker, le portail s'était mit à vibrer sévèrement, l'énergie magique qui le maintenait était en train de s'envoler. Une fraction de seconde plus tard et il disparaissait aussi vite qu'il était apparu. Balder s'assit à même le sol, et ferma les yeux, il se sentait si fatigué... Son corps le lançait de partout, il ne pouvait faire un geste sans grimacer, sa terrible colère était retombée, maintenant il subissait les conséquences de son instant de folie. Il rangea son épée et s'allongea, la pierre n'était pas très froide, d'ailleurs l'air non plus, il faisait très bon. Sversson le regarda et osa demander :

« - Tu dors ?

- J'essaye.

- Je crois qu'il n'a pas tord, reposons nous un peu. Je prend le tour de garde, de toute façon je n'ais pas besoin de ça. »

Le vampire s'adossa contre un mur, sa lame posée à côté de lui, les yeux rivés vers l'unique porte de la pièce. Il pouvait peut-être avoir encore des centaines de démons dans le complexe, ou plus du tout vu la vague qui avait déferlée par le portail ! Duncan opta pour la seconde solution, sinon ils auraient sûrement eux un bien meilleur comité d'accueil.

Le Joker se posa sans discuter, il semblait assez pensif et pas très bavard, comme d'habitude. Lillya s'était allongée à côté de Balder et dormait. Demain sera un autre jour, et il sera temps d'apprendre beaucoup de choses sur les lieux ! Les heures s'écoulèrent, monotones et tranquilles... Jusqu'au lendemain.

Sörg ouvrit un oeil. Deux. Puis voulu les refermer tout de suite. C'était fou comme il avait mal partout, c'était comme si il était passé une bonne dizaine de fois sous un rouleau compresseur. Il avait du sang séché partout sur lui, c'était dégueulasse, il aurait tout donné pour une bonne douche... En plus il puait la sueur et ses vêtements n'étaient plus que des haillons déchirés. Grognant il se mit sur le dos, fixant le plafond. Soudainement le visage de Lillya entre dans son champ de vision, elle était tout sourire.

« - Bien dormi ?

- Tu me prêtes ton Fangorn ? »

La jeune fille eut un rire léger, puis secoua la tête, l'air désolée :

« - Il fait ... parti de moi maintenant ! Comme je l'ai expliquée aux autres, lorsque j'ai été gravement blessée l'esprit de cet archange a fusionné son essence avec la mienne. Cela m'a instantanément soignée ! En plus j'ai conservée toutes ses connaissances et sa technique martiale... Mais j'ai retrouvée mes petits bras et ma grâce seulement... humaine.

- C'est dommage j'adorai ton nouveau déhanchement...

- Ah tout de suite les hommes, ça parle que de fesses !

Balder toussa et ajouta :

- De hanches... De hanches...

- Hmmm tu parles...

- Aide moi a me relever plutôt ! »

Hochant la tête elle attrapa le bras tendu de Sörg, puis tira pour le remettre debout. Il faillit retomber tout de suite mais récupéra son équilibre assez tôt. Tout le monde était déjà débout, et l'attendait visiblement.

« - Le Joker a fait un petit tour rapide du propriétaire... Et c'est assez grand... Mais apparemment déserté. Il a repéré ce qui semble être une prison un étage plus haut, et une salle d'arme à ce niveau-ci... Mais pour l'instant aucune sortie ! »

Balder se frotta les yeux, encore mal réveillé :

« - Heu calmos Duncan hein... Y'a une sortie, c'est juste qu'il a pas encore trouvé... Moi j'dis qu'on devrait aller voir l'armurerie... Histoire de... Ensuite peut-être y'a-t-il des prisonniers encore vivants ?

- C'est ce qu'on pensait faire, répondit sombrement le Joker.

- C'est parfait alors... soupira Sörg en ramassa son épée. »

Sans petit déjeuné, car ils n'avaient rien a manger, le groupe suivit l'assassin en manteau rouge. L'endroit semblait mort, ce n'était pas très rassurant. Il faisait la même température chaude, presque étouffante, partout. Balder en avait marre de ses vêtements sales, si bien qu'en court de route il jeta son T-Shirt et sa veste en miette... Seules ses rangers avaient survécues. Torse nu, Lillya jeta un coup d'oeil au nombre considérables d'entailles et d'ecchymoses qui parsemaient le corps de son fiancé. Elle s'approcha de lui, l'embrassant sur la joue.

« - Mon bel amour, c'est que tu t'es battu comme un lion...

- C'est vrai qu'il s'est bien débrouillé pour un humain, lança Sversson.

- Je me suis un peu surpris moi-même à vrai dire... Je crois que la rage m'a donné la force de soulever des montagnes.

Le vampire acquiesça et déclara :

- La colère est un pouvoir à ne pas sous-estimer, savoir l'utiliser peu s'avérer mortel.

- Je le retiendrais maître Li, rétorqua Balder d'un ton ironique. »

La remarque fit sourire le groupe, faisant un peu baisser la tension de l'après combat. Le Joker s'arrêta enfin et désigna une porte entrouverte en face d'eux :

« - Ici c'est l'armurerie. Je crois qu'il ne serait pas inutile que nous cherchions quelques armes magiques de plus si nous tombons sur des démons, surtout que je n'ais plus de balles. »

Ce n'était pas faux et Duncan fut le premier à entrer. La salle était assez grande, d'immenses râteliers supportaient des dizaines et des dizaines d'armes de toutes sortes. Il y'en avait qui n'étaient pas de taille humaine, d'autre très petites ou encore de formes biscornues. Au fond, des armures étaient entreposées, posées sur des tables de fer.

« - Je crois que je n'ais jamais vu autant de trucs coupants au même endroit, marmonna Sörg.

Le Joker annonça d'un ton presque solennel :

- Faites votre choix.

- On ne va pas se faire prier... D'ailleurs avec le nombre de coup que j'ai pris je crois que j'vais voir un peu les plastrons là bas, c'est soldé à 100%. »

Balder avait terminé sa phrase en s'éloignant vers les dites armures. Elles étaient pour la plupart en plaques d'acier emboîtées les unes dans les autres, c'était du lourd. Mais il y'avait aussi quelques côtes de maille. L'humain se voyait mal avec un lourd harnois sur le dos, il n'arrivait même pas à marcher avec ça ! Sur un chevalet il remarqua un plastron intégral, qui protégeait toute la poitrine, le cou, le dessus des bras et des jambes. De couleur noire avec des gravures argentées il était magnifique ! Des runes étaient entrelacées sur les épaulières, il y'avait de fortes chances pour qu'il soit magique... Mais Sörg n'imaginait même pas le poids de la chose ! Néanmoins il ne pu s'empêcher de le toucher, c'était vraiment du beau travail. Il essaya de soulever une plaque, elle était étonnement légère !

« - C'est de la Pyranite, un alliage rare exclusif aux troupes d'élites des démons, il est résistant et léger pour une meilleure mobilité.

Balder se retourna et demanda :

- Comment tu sais ça Lillya ?

- C'est Fangorn qui le savait...

- Pas mal... Je crois que je vais le prendre, il est très classe.

La jeune fille proposa avec un regard malicieux :

- Tu veux que je t'aide, beau guerrier ?

- Je ne suis pas contre. »

Pendant que Sörg s'équipait le Joker était absorbé par une collection impressionnante de couteaux de lancés. Il faut dire que sans ses revolvers il était désarmé face aux diables... Il en prit un entre ses doigts agiles et le fit tourner dans tout les sens. Le geste était si rapide qu'il était impossible de le suivre à l'oeil. Les dagues étaient toutes enchantées, la nature non-humaine de l'assassin le ressentait. Un sourire mauvais se dessina sur le visage sombre du tueur, il ramassa ainsi une vingtaine de couteau qu'il glissa dans sa ceinture. Mais son rictus s'accentua encore plus lorsqu'il remarqua deux belles haches de lancé posées non loin. Il en souleva une. Elle était parfaitement équilibrée et son tranchant était chirurgical. Une tête de démon hurlant était gravée sur la lame, c'étaient de belles armes. A l'aide de sangles il les fixa dans son dos, une bonne surprise pour ses futurs adversaires...

« - Qu'est-ce que tu pense de ça, Duncan ? »

Balder avait revêtu son plastron. Maintenant il avait l'air intimidant dans sa carapace d'acier, surtout avec son visage et son épée trempée de sang... Ses cheveux noirs tombaient sur les plaques de Pyranite, lui donnant un air de combattant désabusé.

« - On dirait un oncle a moi... Sauf que lui se lavait de temps à autre...

- Très drôle... Ce n'est pas moi qui refuserais une douche, et tu en as autant besoin que moi. »

Le vampire se racla la gorge, faisant mine de remarquer une belle épée, même si il doutait trouver mieux que celle qu'il avait déjà. Lillya posa une main sur le torse d'acier de Sörg :

« - L'écoute pas Baldy. Moi il faut que je me trouve une arme, j'ai perdue l'épée de Fangorn dans la bataille...

- D'accord, moi je vais en prendre une autre, en secours. »

Les deux fiancés écumèrent les râteliers comme deux amoureux le jour d'un marché de noël. La jeune femme jeta finalement son dévolu sur une épée effilée, avec un dragon enroulé autour de la poignée qui protégeait toute la main de son porteur. Elle était très légère et paraissait particulièrement tranchante. De petites runes étaient gravées le long de la lame. Elle prit le fourreau qui allait avec et l'attacha à sa ceinture. Balder, plutôt protecteur, insista pour qu'elle enfile une côte de maille en Pyranite, on n'était jamais trop prudent. L'homme avait aussi prit une autre lame longue, similaire à la sienne, qui brillait d'une lueur violacée. Il rangea ses deux épées dans leurs étuis respectifs, finalement il pensait bien les utiliser en même temps, car il était ambidextre de naissance.

« - Tout le monde a eut ce qu'il voulait ? »

Tout le monde répondit par l'affirmative à la question du vampire.

« - Allons voir un peu la prison, si nous tombons sur des gardiens je pense que l'on pourra lutter malgré la fatigue. »

Le Joker mena de nouveau le groupe à travers un dédale de couloir. Le tueur connaissait bien l'endroit, il devait avoir un excellent sens de l'orientation, mais ce n'était pas très étonnant aux vues du personnage. Balder se sentait moins vulnérable maintenant, il se disait que s'il tombait un démon il n'avait qu'à se laisser submerger par la colère et il écraserait comme un insecte... La rage était finalement devenue une alliée précieuse, il se souvenait encore de la transe dans laquelle il était entré au combat du portail, ça avait été presque grisant de se déchaîner de la sorte. Néanmoins il devait prendre garde à ne pas s'emporter, ça vaudrait mieux pour ses compagnons. Plongé dans ses réflexions il ne fit pas vraiment attention au temps, et lorsqu'il releva la tête il se trouvait face à un couloir bordé de grilles.

« - C'est ici, présenta le Joker. »

L'endroit était encore plus lugubre que tout le reste du complexe. L'humain jetait un coup d'oeil dans chaque « cage », dans la plupart des cas il avait des ossements ou rien. Mais parfois il y'avait des cadavres en décomposition, qui puait la putréfaction, de grosses larves blanches grouillantes dans leurs entrailles. C'était à vomir. Plus il avançait plus Balder avait des doutes sur le fait qu'il restait ne serait-ce qu'un seul survivant, car visiblement les démons oubliaient totalement de nourrir leurs prisonniers...

Mais au bout de plusieurs minutes d'exploration, ils entendirent un appel au secours, c'était la voix d'une femme. Tout le monde tressaillit, à l'écoute du moindre craquement. L'appel se renouvela, ça venait de la gauche. Le groupe bifurqua à l'intersection la plus proche, leurs pas précipités claquants sur la pierre.

« - Y'a quelqu'un ? demanda Sörg en haussant la voix.

- Chut c'est peut-être un piège, calma le Joker.

- Si on avait voulu nous tuer je pense pas qu'on se serait donner tant de mal... »


Ce n'était pas entièrement faux mais les démons étaient parfois particulièrement tordus. Mais l'appel recommença encore :

« - Oui il y'a quelqu'un ! Vite ! Aidez moi ! »

La compagnie accéléra le pas, les sens aux aguets, armes dégainées. Ils arrivèrent au bout du couloir qu'ils traversaient, et débouchèrent sur une pièce prison plus grande que les autres. Opposées, et enchaînée aux murs, il y'avaient deux jeune femmes. L'une portait une armure de plaque, l'autre était inconsciente et était habillée d'une longue robe bleue très foncée. Celle qui avait un plastron avait un visage jeune et harmonieux et des cheveux blonds et raides qui étaient emmêlés et mal coiffés. Ses yeux étaient verts comme les plus beaux arbres d'une forêt, ils respiraient la détermination et un caractère trempé. La bouche fine de la fille s'écria :

« - Libérez moi ! Cela fait vingt-quatre heures que je croupis ici !

Le Joker répliqua d'un ton imperturbable :

- Donnez nous une bonne raison.

- Vous êtes contre les démons ?

- C'est vrai, accorda Duncan.

- Alors nous avons les mêmes intérêts, si nous sommes là, moi et mon amie, c'est que nous avons essayées d'empêcher ces monstres de rejoindre Sanctuary. Hélas nous avons échouées et nous nous sommes faites capturées ! Mais si vous êtes ici c'est que vous avez franchis le portail qu'ils ont érigés ? Et que vous avez réussis à les vaincre ?

Balder bomba le torse et approuva :

- Ouais on a mit une belle déculottée à ce maudit de Korn ! Mais le problème c'est que l'endroit ou nous l'avons combattu avait commencé à s'écrouler de lui-même lorsqu'il est mort, notre seule échappatoire fut... l'enfer.

La femme secoua la tête, les yeux tristes :

- Quelle ironie ! Dire que j'espérais pouvoir battre les démons de l'intérieur pour ensuite utiliser leur portail et rejoindre Sanctuary ! Maintenant je me retrouve de nouveau ici... C'est injuste, ça fait bientôt mille ans que je suis là ! J'en ai MARRE ! »

Sa voix en devenait presque sanglotante, Sörg avait mal pour elle, surtout qu'il craignait rester dans la même galère. Il s'approcha et leva son épée pour trancher les chaînes qui retenait la dame. Deux coups plus tard et elle était libre.

« - Mais vous n'êtes pas humaine alors ?

- On ne... peut pas mourir de vieillesse ici. Seule la violence peut nous prendre, et si c'est le cas on devient une âme damnée aux services des archidiables...

- Quelle merde dans laquelle on s'est foutus ! s'exclama Balder.

- Mais comment êtes vous arrivées là ? demanda le vampire, assez intrigué.

- Je suis Phénitia Val'Daran, Amazone de la tribu des Flèches Rouges. Je suis une chasseuse de démons. Il y'a mille ans de ça mon clan à combattu l'invasion de Sanctuary par l'enfer... Mais lorsque nous repoussions une vague de monstre jusqu'à un de leur portail ; moi et plusieurs de mes soeurs furent emportées par la violence de l'affrontement à travers le passage... Mais la magie du portail fut détruite avant que nous ayons le temps de rejoindre notre terre natale. Des survivantes il ne reste plus que moi et mon amie là bas, Pandore, c'est une sorcière.

Phénitia se massa les poignets, enfin libre. Elle se leva et demanda à Balder :

« - Libérez là s'il vous plaît... Elle a perdue conscience à cause de la douleur. »

Sörg n'hésita pas et brisa les chaînes avec une de ses épées enchantées. La femme libérée tomba par terre, mais fut rattrapée par son amie. Pandore était plus fine que Val'Daran. Ses cheveux étaient auburn et tressés, son visage paraissait fragile, elle paraissait même très frêle. Ses paupières s'ouvrirent, elle avait des yeux bleus sombres, mélancoliques. Ses mains portaient une multitude de bagues argentées ou dorées, probablement magiques.

« - Phé... Phénitia ? »

Sa voix était encore faible, Val'Daran nicha son visage au creux de son épaule, lui murmurant à l'oreille :

« - Oui c'est moi mon ange. On nous a libérées... »

Elle passa ses doigts derrière la nuque de Pandore, et l'embrassa tendrement sur les lèvres. Ce contact doux et chaud lui avait manquée, son amante écartée d'elle pendant plus d'une journée. La sorcière se releva avec l'aide de l'Amazone, les deux regardèrent avec un peu plus d'attention leurs libérateurs. Avec leur tout nouvel équipement ils avaient l'air très pros... Phénitia brisa le silence :

« - A qui avons-nous l'honneur ?

- Moi je suis Duncan Sversson, là vous avez Balder, à côté c'est Lillya et dans les ombres c'est celui que l'on appelle le Joker.

- Et maintenant que vous êtes coincés ici vous comptez faire quoi ?

- Trouver un moyen de partir, répondit Sörg à la place du vampire.

Val'Daran hocha la tête et proposa :

- On connaît bien l'enfer maintenant, on peut vous mener à un endroit ou vous passerez inaperçus.

- Comment ça ?

- Il y'a une grande cité que l'on appelle Manauros, c'est le seul endroit ou les démons se mélangent avec d'autres races planaires, bien que celles-ci soient souvent traitées en inférieures...

Duncan conclu d'un ton à peine enjoué :

- Je vois... Vous nous en direz plus en route... Si nous ne sommes pas morts de faim et de soif d'ici là...

- Ne vous inquiétez pas, Pandore peut nous téléporter là bas en un clin d'oeil... Enfin, il faut juste sortir d'ici avant, car l'endroit semble protégé contre les voyages magiques étrangers...»

C'était une bonne nouvelle qui surgissait à point nommé car tout le monde était épuisé et se voyait mal commencer une marche de plusieurs jours dans les déserts démoniaques...

« - Excellent, dépêchons nous alors. »

Le groupe s'éloigna prestement de la prison, ils avaient hâte de prendre un peu l'air, l'endroit devenait véritablement étouffant. De plus ils fallaient qu'ils se dépêchent, car Sversson n'avait pas tord : Ils n'avaient pas la moindre ration. Quoique le vampire en lui-même n'en n'avait même pas besoin. La marche se fit dans le silence le plus total, sauf Balder qui entama la conversation avec Lillya, à voix basse.

« - Vraiment si un jour on m'avait dit que je me baladerais en enfer et que la première chose que je rencontrerais serais deux femmes lesbiennes d'un clan d'amazone... Je me serais dit que l'asile n'était pas une si mauvaise maison que ça.

Sa fiancée eut un léger sourire, puis lui répondit sur le même ton :

- N'oublie pas que tu as combattu un archidiable aussi, et que ton meilleur ami est un vampire.

- ...

- Plus sérieusement elles ont pas mal de bol qu'on leur tombe dessus, elles auraient très bien pu mourir de faim ici.

Lillya confirma d'un hochement de tête puis termina :

- Je crois que la chance est ce que nous avons de plus précieux ici... »
L'ambiance était pour le moins des plus... Chaudes. Il devait bien faire plus de trente degrés à la « Porte des Traîtres », taverne reconnue de Manauros. Il y'avait autant d'humains que de démons ici, les deux races coexistaient en se jetant de temps à autre des regards haineux... Que faisaient autant d'humains en enfer ? Il s'agissait parfois de mercenaires planaires, au service de seigneurs démons dans leurs guerres fratricides ou alors d'hommes attirés par l'appât du gain et du pouvoir que l'on pouvait obtenir en travaillant avec la racaille infernale ! Et ironiquement aucun d'eux ne pouvaient repartir d'ici. Quoique cela ne semblait pas les gêner tant que ça, la possibilité de devenir toujours plus puissant devait les avoir corrompu jusqu'à la moelle ! Surtout qu'ici personne ne pouvait mourir de vieillesse, celui qui était fort le restait jusqu'à ce qu'un autre le surpasse, provoquant parfois de sanglantes escalades de sauvagerie entre les différents clans régnant sur l'enfer.

Balder était assit à une table avec ses camarades, mangeant ce qui ressemblait à un steak de boeuf, bien qu'il doutait fort qu'il y'est des boeufs dans les abysses de ce plan. Par sécurité il avait gardé ses armes juste à côté de lui. Engoncé dans son armure il avait l'air purement colossal pour un humain et se réjouissait de l'impression de force qu'il dégageait. Le silence régnait, le groupe semblait trop occupé à boire et à manger, les ventres étaient restés vides longtemps. Néanmoins, entre deux bouchées, Sörg ne pu s'empêcher de demander :

« - C'est bien sympa cet endroit mais... comment allons nous payer tout ça ? »

La question sembla se perdre dans le vide, jusqu'à ce que Phénitia daigne à lever les yeux de son assiette pour expliquer au jeune guerrier :

« - Pandore et moi avons gagnées pas mal d'argent en tuant des démons pour des gangs de Manauros, il n'y aura pas de problèmes de ce côté-là.

- Je vois...

Balder arracha un nouveau bout de viande, puis continua, l'air pensif :

- Et quelqu'un à une idée pour partir de ce trou ?

- Un voyage magique direct entre l'enfer et Sanctuary est impossible, enfin pas dans ce sens là, Duncan toussota et reprit, oui on peut aller en enfer, mais pas en repartir. Mais bon, le temps qu'on réfléchisse on pourra toujours massacrer quelques démons, ils sont tellement agaçants.

- Tu vas garder cette rancoeur toute ta vie je suppose ? Je te comprends mais que cela ne nous mène pas à notre mort, rétorqua Sörg.

Le vampire fronça les sourcils et dit d'un ton faussement intrigué :

- Mais de quoi tu parles ?

- De la mort de Stella, tuée par un démon.

- Tais-toi, tu ne peux pas comprendre de toute façon !

Balder répondit sans broncher :

- Ah ouais ? Tu crois que je ne me souviens pas de la haine que j'ai vu dans tes yeux quand tu es venu me parler de tuer Korn ? Si on te laisse seul ici tu passerais toute ton existence à désosser des diables !

- C'est pour éviter que l'enfer ne se déverse sur Sanctuary que je me suis battu contre cette raclure de Joraëll ! La vengeance personnelle venait après.

- Pourquoi tu veux nier ça ? Je comprends tout à fait, moi-même j'avais envie de faire payer l'assassin de Stella ! Je te dis juste de prendre garde à ta rancune, elle pourrait te mener là ou te ne voudrais pas finir !

Cette fois ci Sversson répliqua d'une voix énervée :

- Tu n'as pas de conseils à me donner, j'ai deux millénaires d'âge de plus que toi. Alors maintenant fout moi la paix et je trouverais un moyen de partir d'ici, lorsque j'aurais le temps ! »

Alors que Balder aller cracher une phrase beaucoup moins courtoise que les précédentes, Lillya coupa court à l'affrontement :

« - On va se calmer les garçons, nous n'avons pas risqués nos vies jusqu'ici pour s'engueuler comme des imbéciles ! »

Les deux hommes se turent. Un silence encore plus lourd qu'avant s'interposa entre les membres de la coterie, on entendait plus que les brouhahas de la taverne. Finalement Duncan poussa sa chaise et se leva, l'air las.

« - Bon je vais monter dans une des chambres que nous avons payés...

Sörg lança en marmonnant :

- C'est ça, « bonne nuit »... »

Le vampire s'éloigna sans dire un mot de plus, son manteau claquant derrière lui. Plus personne n'était à la fête à présent, seul le Joker osait arborer un sourire. S'en était si énervant que Balder, d'humeur tatillonne, lui demanda en oubliant presque à qui il s'adressait :

« - Qu'est-ce qui te fais marrer le pervers ? »

L'humain eut juste le temps d'entendre une lame siffler qu'un couteau de l'assassin s'était planté de deux bons pouces dans le dossier de sa chaise, à quelques centimètres de sa tête. Le tueur déclara alors d'un ton glacial :

« - Je ne suis pas un pervers, je suis un Artiste de la Mort.

- Ou un artiste mort si tu menace à nouveau mon fiancé, avait réprimé Lillya en posant sa fine lame sur la gorge du Joker.

- L'Ange t'a donné beaucoup de puissance et de confiance en toi jeune fille, mais ne te crois pas invincible, je peux encore te surpasser.

Du bout de l'index il repoussa la pointe acérée qui menaçait sa jugulaire, tout en ajoutant du même ton calme et troublant :

- Permettez que je me retire moi aussi.

- Je crois même que ça vaut mieux, ne pu s'empêcher de lancer Sörg d'un air quasi-provocateur. »

Ne répondant pas à la pique l'assassin était déjà parti. La soirée commençait dans la bonne humeur.

« - Tu ne peux pas t'empêcher d'emmerder ton monde parfois ?! Tu fais exprès de faire ressortir le pire de chacun ou quoi ?! Je devrais te mettre une claque !

Balder ne su pas quoi répondre aux accusations de Lillya, se sentant bien plus désemparé que face au Joker !

- Tu savais très bien qu'il ne fallait pas parler de Stella à Duncan ! Et l'autre fou de tueur, tu étais obligé d'aller le chercher ?! Tu cherches quoi gros malin ?! Et ne réponds pas tu m'énerves !

- Mais...

- Je vais me coucher, je suis encore plus épuisée grâce à toi. »

La jeune femme était déjà debout et Sörg, encore abasourdi par le flot, ne réussit pas à trouver quelque chose pour contre-attaquer, sachant que de toute manière il aurait tord. Il regarda sa fiancée partir d'un pas rapide, puis soupira. Il ferma les yeux, tentant de se calmer.

« - C'est toujours comme ça dans votre groupe ? osa demander Phénitia.

L'homme secoua la tête, puis rouvrit les paupières :

- Non, heureusement. Mais je ces derniers jours ont été particulièrement difficiles. Duncan a perdu son amour, Stella...

- Je comprends alors qu'il y'est des « tensions », acquiesça l'amazone. »

Le silence retomba de nouveau, alors que Balder fixait le vague. Val'Daran questionna de nouveau :

« - Vous maîtriser l'art de la guerre depuis combien de temps ?

Sortant de sa rêverie l'humain se sentit un peu stupide lors de sa réponse :

- Au moins deux bons jours... Quoique j'ai fais de longues années d'escrime, ça compte pour aussi, non ?

- Vous semblez bien vous débrouiller !

- Arrêtes de me tutoyer, on fait parti de la même équipe maintenant. Sinon ouais je me débrouille, mais j'ai surtout remarqué que ma rage est ma meilleure alliée, c'est le seul truc qui m'a sauvé face à Korn...

C'est alors que Pandore intervint soudainement, surprenant presque Sörg :

- Vous avez des Tal-Sheighya ?

- Des quoi ?

- Tal-Sheighya, ce sont les tatouages magiques que portent les berzerkers de notre clan. Ca les aide à mieux canaliser leur colère pour les rendre encore plus fort lors d'un combat, expliqua la sorcière.

- Non je n'en ai pas, mais ça à l'air plutôt... heu... intéressant.

- Je sais les tatouer si vous... heu... tu veux.

- Ah oui ? Comment ça ?

- Avec ma magie, proposa Pandore.

Balder hocha la tête et accepta l'offre :

- D'accord ça me va. Mais cela aura exactement quel effet sur moi ?

Avant que la femme n'est le temps de répondre un étrange silence tomba sur la taverne, il était si soudain que la magicienne en perdit ses mots. Il n'y avait plus aucun brouhaha de fond, plus un tintement de verre, rien. Balder remarqua lui aussi ce calme surprenant, il jeta un coup d'oeil autour de lui, toute le monde avait déserté, il ne restait plus qu'une bande de cinq personnes à l'entrée. Ils avaient l'air de véritables brutes, portaient de lourdes armures et étaient armés jusqu'aux dents. Celui qui semblait le chef était le plus colossal, il avait un énorme marteau de guerre entre les mains, il fixait dangereusement Sörg d'un oeil mauvais. Le gros type s'était avancé d'un pas lourd, plissant un oeil sur deux.

« - Qu'est-ce que j'vois ? Un pouilleux qu'est pas parti ? »

Balder soupira, il était très fatigué. Il repoussa son assiette et se leva. D'habitude il ne s'énervait pas aussi facilement, mais là c'était extrême. Il ne voulait même pas savoir qui était l'abruti en face de lui, sûrement un dur connu du coin, mais un dur mort dans peu de temps si il ne dégageait pas vite fait. Le visage encore souillé de sang séché le guerrier humain darda un index menaçant vers la brute et sa bande :

« - Un mec qui t'emmerde, je sais pas qui t'es, mais barre toi, j'ai pas traîné ma carcasse jusqu'en enfer pour me faire menacer par un espèce de gros connard qui pue l'égout à deux kilomètres à la ronde, compris ? »

Evidemment la tension monta d'un cran lorsque le boeuf au marteau avait ordonné à ses potes de mettre tout le monde dehors. Sörg n'était pas resté inactif et avait déjà dégainé ses deux épées enchantées. Face à la puissance des armes il eut un moment d'hésitation, moment fatal car la si discrète Pandore avait un incantée un sort. L'air crépita d'énergie, une gerbe d'étincelles blanches éclata dans les paumes ouvertes de la sorcière, elles se regroupèrent autour de l'un de ses bras, tourbillonnantes et virevoltantes, un spectacle aussi beau qu'hypnotisant. Les brutes sortirent enfin de leur contemplation pour passer à l'assaut, ils étaient décidément longs à la détente ! Et c'était tant pis pour eux car à peine eurent-ils fait un pas en avant qu'une terrible chaîne d'éclair s'échappa du bout des doigts de Pandore... Un magnifique et mortel arc électrique frappa la poitrine du premier homme qui s'envola dans les airs comme une poupée de chiffon, il retomba fumant et complètement cramé sur le sol, il ne restait plus que des os noircit dans son armure partiellement fondue. Mais le sort était d'autant plus cruel que l'éclair avait rebondit du cadavre vers une autre cible, comme douée d'une horrible conscience avide de mort ! Il déchira le visage pétrifié de terreur du chef de la bande, transformant sa chair en un amas de cire à l'odeur immonde, calcinant jusqu'à la dernière portion de sa peau ravagée par l'énergie magique. Lui il hurla, il hurla la douleur qui lui vrillait les nerfs, celle qui le consumait en quelque seconde à peine mais qui durait une courte éternité. Son corps difforme s'écroula lourdement par terre. Les autres hommes s'étaient arrêtés nets dans leur charge, fixant Pandore, qui gardait toujours son bras levé entouré d'un halo blanc aveuglant. Phénitia ne s'était même pas levée, s'étant contentée de regarder le combat avec un air blasé. Nonchalamment elle lança à l'attention des survivants :

« - Faites un pas et mon amie vous carbonise sur place bande de petits minables...

- Alors tirez vous, ajouta Balder en rangeant ses épées. »

Les gars ne se firent pas prier et décampèrent sans jeter un regard en arrière. Pandore annula son sort d'un mot de pouvoir, laissant tranquillement retomber son bras. Sörg siffla et lança à l'attention de la magicienne :

« - Impressionnant ton truc... Je pense qu'on ferait mieux d'aller se reposer, de toute façon j'au plus faim.

Val'Daran approuva d'un hochement de tête.

- Et range ton bar ça fait désordre, dit Balder en parlant au tenancier de l'auberge, à moitié planqué derrière son comptoir. »

Tranquillement le petit groupe avait prit la direction de l'étage, gravissant sans mot dire les escaliers de pierre massives. Arrivés en haut ils prirent chacun la direction de leur chambre, les deux jeunes femmes ayant la leur et Sörg la sienne partagée avec Lillya. L'humain était entré sans faire de bruit, pensant que sa fiancée était couchée, ce qui était manifestement le cas car tout était éteint. A tâtons l'homme attrapa une lampe de chevet et l'alluma avec un briquet magique posé juste à côté. A défaut de technologie tout était enchanté ici... La flamme dansante du petit éclairage illumina le visage las du guerrier. Il passa une bonne dizaine de minute à déboucler toute les sangles de son armure, ça c'était le revers de la médaille. Patiemment il posa chaque pièce de sa cuirasse sur l'unique et grande table de la chambre. Il enleva ses bottes et resta un instant en pantalon, il avait la folle envie d'une douche ou quoique ce soit, il puait la sueur et le sang, finalement il ne sentait pas mieux que la brute que Pandore avait réduite à cendre ! Il chercha ce qui pourrait ressembler à une baignoire dans la pièce, n'espérant pas grand-chose. Mais à sa grande surprise il trouva ! Lillya avait fait monter un bon vieux bac d'eau et de savon, cela rappela le temps ou Sörg pouvait regarder des westerns à la télé... Un mince sourire ourlant les lèvres du guerrier il enleva ce qui lui restait de vêtements et plongea dans son bain, il était chaud. Rapidement l'eau devint rouge...

Alors qu'il terminait ses ablutions Balder sentit une présence derrière lui, paranoïa ou pas il tourna la tête. Une ombre se dressait devant lui. Fronçant les sourcils il déplaça sa main vers son épée, qu'il gardait maintenant toujours proche de lui.

« - Qui est-ce ?

- Pandore. »

Les muscles de l'homme se détendirent, une leur jaune pâle entoura l'index levé proche du visage de la sorcière, un simple sort de lumière. D'une voix murmurante elle demanda :

« - Je t'ais fait peur ?

- Une petite frousse oui... Mais que fais-tu là ? Je croyais que tu étais allée dormir avec ta petite amie.

- Je... Devais te tatouer tu ne te rappelle pas ?

- Quoi maintenant ? Ca pouvait attendre demain tu sais...

- Non, répondit t-elle simplement.

Sörg pencha la tête sur le côté :

- Et pourquoi ça ?

- Parce que là magie est une chose capricieuse, et que ce soir elle est en accord avec moi... Je ne suis pas vraiment une magicienne, c'est plus compliqué que ça, je t'expliquerais plus tard si tu veux. »

Balder resta un instant perplexe, mais ne trouva pas vraiment quelque chose à dire. Pas une mage ? Mais alors comment avait-elle lancée un sort de téléportation puis un éclair dévastateur ? Quoique à y repenser elle n'avait jamais vraiment fait d'incantations « académiques » comme Stella ou Duncan, on aurait presque cru que le pouvoir venait naturellement en elle... Jamais une arabesque, quelques paroles tout au plus... C'était assez intriguant.

« - Bon d'accord, permet moi de me rhabiller.

- Non reste nu, ça sera plus simple.

Le ton calme de sa voix en devenait déconcertant, Sörg se sentit gêné.

- Heu... J'ai plus qu'à espérer que Lillya ne se réveille pas... »

Pour la première fois un sourire se dessina sur le visage de la mystérieuse femme. Elle fit signe à Balder de se mettre debout, elle observa pendant un instant le nombre impressionnant de cicatrices qui courraient le long du corps de l'humain. Ces derniers jours il avait reçu un nombre incalculable de coups et pouvait à peine bouger sans se sentir tiraillé par sa carcasse meurtrie.

« - Je vais soigner ça pour que le travail soi plus facile.

- Si tu m'avait dis que tu avais des talents pour la guérison il fallait me faire signe plus tôt... »

Lorsqu'il sentit les mains douces de Pandore sur sa peau il ne pu s'empêcher de frissonner. Elles étaient chaudes et pourtant glaciales. Lentement elle passa ses doigts sur chaque plaie encore fraîche, un étrange picotement parcouru l'échine de Sörg, ce n'était pas désagréable, mais plutôt troublant. Ses paumes effaçaient simplement les blessures, ne laissant derrière elles qu'un vestige de cicatrice. Même les nombreuses ecchymoses de Balder s'estompèrent, sentant la douleur s'envoler il réussit à bégayer à sa guérisseuse :

« - C'est... magnifique...

- Chut, je n'ais pas fini. »

Elle se mit face à lui, elle était plus petite, mais sa présence était forte. Elle passa une main dans la sacoche qu'elle gardait près de sa hanche. Précautionneusement elle sortit un flacon de poudre noire comme la nuit, l'ouvrant elle déclara à voix basse :

« - Ca risque de faire mal.

- Comment ça ? Enfin, qu'est-ce que ça va me faire exactement ?

- Comme une horrible brûlure sur toute ta chair, ensuite tu sera plus fort, ta rage sera ton unique arme.

- Je ne comprends pas vraiment mais je suppose que ça vaut le coup, marmonna sombrement le guerrier. »

Il serra les dents, et comprit ce que voulait dire Pandore en parlant de « mal ». A peine eut-elle effleurée sa peau avec son sortilège qu'il eut envie de hurler ! Du bout de l'index elle commençait à graver un dessin complexe sur son torse, l'étrange poudre s'ancrant dans son corps jusqu'au coeur, l'enserrant douloureusement. Pendant un instant il cru qu'il allait s'arrêter de battre, un voile noir tomba devant ses yeux, mais il réussit à se contrôler et pu rester conscient. La sorcière traçait l'enchantement son broncher, elle passa sur l'abdomen, puis la hanche, les reins, remonta vers les côtes, tourna derrière Sörg et composa de nouvelles runes dans son dos. Ca en devenait insupportable, l'humain serra les poings à s'en faire blanchir les phalanges, il n'avait pas envie de réveiller tout le monde en laissant échapper un cri... Pandore toucha la nuque de l'homme, écartant ses cheveux, puis passa par une épaule, descendant sur la peau comme si elle aurait écrite sur un parchemin, les traits noirs étaient précédés par une traînée de braises, comme si la chair était brûlée à vif. Elle termina son tatouage passant son doigt derrière l'oreille de Balder, puis sur sa tempe, le côté de son oeil droit, sa mâchoire et son front. Elle détacha enfin son index de son oeuvre, Sörg pouvait sentir la respiration chaude de la jeune femme dans son cou, c'était étrangement envoûtant. La main fine de la sorcière le retint par le poignet alors qu'il perdait conscience. Puis plus rien.

Un rayon de lumière illuminait doucement la pièce. Balder était allongé sur son lit, se réveillant lentement. Il n'avait plus mal, il passa une main dans ses cheveux, se grattant la tête. Sans se presser il s'assit sur son lit, c'est à cet instant là qu'il se rendit compte qu'il était couvert de tatouage. Une voix féminine l'interpella :

« - T'es pas mal comme ça... »

Il leva les yeux devant lui, Lillya était là, avant que Sörg n'est le temps de dire quelque chose elle avait déjà reprit :

« - Tu aurais pu me prévenir... Ce matin quand je me suis réveillée à côté de toi j'ai cru que j'avais changée d'homme !

- J'ai... heu... J'ai voulu mais Pandore m'a dit qu'elle devait faire ça la nuit même, pour une histoire de magie qui me dépassait un peu...

- Oui elle m'a parlée de ça aussi ce matin, elle était restée toute la nuit à veiller sur toi. »

Balder resta sans rien dire, puis revint à la réalité :

- Ah... Ah bon ? Elle est bizarre cette fille...

- Elle n'aurait pas été lesbienne que j'aurais sûrement été jalouse !

- Pour une fois que j'ai de la chance, plaisanta le jeune homme. »

Leur discussion fut interrompue Duncan, qui était entré juste après avoir frappé deux coups à la porte. Les cheveux en bataille, l'épée battant le flanc, le vampire était devenu plus négligeant envers son apparence. Même son regard avait changé, il était toujours sombre et posé, mais plutôt comme le calme avant tempête, quoique aujourd'hui il paraissait presque... « Jovial ». Néanmoins Sversson ne pu s'empêcher d'être surpris en voyant le corps tatoué de Sörg.

« - Celle là elle est bonne ! Tu as des Tal-Sheighya maintenant ? Je croyais que ça existait plus depuis un bon millier d'années...

- Les temps changent, sourit Balder.

- Oui, et je parie que c'est une des amazones qui a fait ça... Vu que ce n'est pas moi... Enfin bref, met toi vite quelque chose sur le dos, j'ai une idée sur ce que l'on va faire de la journée ! On se retrouve en bas. »

Le nécromancien partit en claquant la porte derrière lui. Sörg jeta un coup d'oeil interloqué à Lillya qui haussa les épaules. D'un ton méfiant le guerrier lança à sa fiancée :

« - Il m'a l'air de trop bonne humeur, il a sûrement une idée noire derrière la tête...

- Tu n'as pas tord... Bon habillons nous. »

Une dizaine de minutes plus tard et tout le monde s'était assit autour d'une table. A vrai dire il s'agissait de la même qu'hier. Le groupe avait commandé le petit déjeuné « local », de la viande inconnue avec ce qui ressemblait à un légume quelconque, le tout n'ayant pas vraiment un goût délicieux, c'était même plutôt fade.

« - C'est pas les champions de la bouffe en enfer... En même temps ça m'étonne pas plus que ça, déclara Balder pour entamer la conversation.

Avalant une bouchée Duncan grimaça et répondit :

- C'est vrai que c'est pas terrible, je me demande d'ailleurs pourquoi je mange ça, alors qu'en tant que vampire je n'en ais même pas besoin...

- Sûrement pour devenir un martyr plus tard, fit ironiquement Sörg.

La pique n'ébrécha même pas la joyeuseté du mort-vivant, qui fit comme si il n'avait rien entendu :

- Bon j'ai peut-être une idée pour sortir d'ici. »

Tout le monde s'arrêta de manger, même le Joker d'habitude impassible. Sversson fit exprès de les faire patienter, un sourire amusé étirant petit à petit son visage. Ce fut Val'Daran qui l'obligea à continuer :

« - Et donc ?

- Nous n'avons qu'à tuer des démons jusqu'à tomber sur le seigneur de la Terreur, Diablo, qui permettra sûrement de partir d'ici. »

Un lourd silence tomba sur la petite assemblée, Balder toussota alors que le Joker ne pu s'empêcher de ricaner, et même faire part de son avis sur la chose, avec son air laconique quasi-provocant :

« - Quel plan génial, c'est sûr que pour éviter de pourrir ici autant mourir tout de suite, c'est plus simple.

- Pour une fois il n'a pas tord, ajouta Sörg avant de reprendre, tu te moques de nous ou quoi ? Si Diablo connaissait un moyen de se tirer d'ici il aurait déjà fait depuis un bail !

Etrangement le vampire ne s'était pas départit de son sourire, expliquant lentement :

- Qui a dit qu'il fallait qu'il connaisse un moyen ? Je parlais de son essence.

- Son essence ? Mais explique toi bordel ! Au lieu de jouer les mystiques !

Pandore coupa alors conversation, ayant comprise de quoi il s'agissait :

- Ce que dont parle votre ami n'a jamais été prouvé, et cela semble difficile à mettre en oeuvre. En fait, comme vous le savez peut-être, lorsque qu'un être, quel qu'il soit, meurt en enfer, sa substance se retrouve absorbée par le plan lui-même, disparaissant alors à tout jamais. Mais certains sortilèges parlent de capturer une essence suffisamment puissante avant qu'elle ne soit emprisonnée dans le plan, pour la canaliser et tenter d'ouvrir un des portails antiques de l'époque de la toute première guerre de Sanctuary, menant sur le plan prison d'Orthrys. Depuis ce monde là il est bien plus aisé de créer un passage jusqu'à Sanctuary car il est jumelé à celui-ci...

- Hein quoi ? Comment ça « jumelé » ? s'interrogea Balder.

- La cosmopologie planaire est complexe, mais j'ai étudiée ça il y'a longtemps. En fait Orthrys fut conçue par la toute puissante magie des trois frères pour emprisonner les héros de Sanctuary il y'a très longtemps. Ce plan à été rattaché à la fois aux enfers et la fois à notre monde bien aimé, histoire de facilité le « transfert » de prisonniers et aussi d'offrir une voie privilégiée pour les forces démoniaques.

- Mais pourquoi il serait plus facile de voyager à partir d'Orthrys ? Alors qu'ici c'est impossible d'après ce que j'ai compris ? demanda Sörg dépassé par autant d'ésotérisme, tout comme ses compagnons.

- C'est une histoire de liens planaires, l'enfer et Sanctuary ne sont jumeaux que dans un seul sens si l'on puis dire, en effet les âmes condamnées peuvent être envoyées ici mais pas repartir, sinon cela serait le chaos. Evidemment par la suite des mages suffisamment puissants et malveillants ont ouverts des portails en direction de l'enfer depuis Sanctuary, rendant ainsi le passage de démons possibles... Et c'est à cette époque que les premières guerres ont commencées, et à cette même époque que les trois ont formés Orthrys, pour s'assurer un passage garanti entre leur plan et Sanctuary, même si ils étaient repoussés. En simple ils ont fait un pont entre ces deux mondes en le jumelant à la fois à l'enfer et à Sanctuary. D'où le fait qu'il soit possible de voyager depuis Orthrys, car les courants planaires vont dans le bon sens. »

Balder regarda Lillya, puis Val'Daran, en se tenant la tête. Il avait comprit le principe, mais il y'avait quelque chose qui lui échappait et qui lui paraissait complètement illogique : Pourquoi les démons ne lançait-il pas une nouvelle invasion depuis Orthrys ? Pandore avait enchaînée comme si il avait posé sa question à voix haute :

« - Evidemment les démons perdirent la guerre, sinon nous ne serions pas là, et la Grâce Suprême envoya ses derniers et plus puissants Archanges à Orthrys, ou ils se sacrifièrent en menant un puissant rituel visant à interdire le passage de toute force infernale par ce plan. Toute créature condamnée à l'enfer se verra carbonisée sur place en pénétrant dans ce monde... Diablo scella alors les portails menant à Orthrys et seule une essence d'énergie pure aussi puissante que la sienne pourra raviver le mythique passage vers ce plan ! A moins qu'il ne l'anime volontairement, ce qui est plus qu'improbable car il perdrait beaucoup à le faire... »

Sörg s'adossa bien à sa chaise, en clair il venait de comprendre qu'il « suffisait » de tuer Diablo pour quitter cet endroit maudit ? Il se souvenait du combat contre Korn, un simple Archidiable, ou ils avaient faillit tous y laisser leur peau... Alors le Seigneur de la Terreur en personne ? Dans son domaine ? Avec toutes ses légions à ses pieds ? Impossible. Duncan avait perdu la tête.

« - Une histoire... Fascinante, balança le Joker en reprenant son repas. »

Personne ne dit un mot, ce fut Sversson qui parla, gardant toujours son sourire, comme si la tâche qu'il pensait pouvoir accomplir était la simplicité même !

« - Bien, Pandore a parlée pour moi de façon très claire. Vous savez ce qu'il nous reste à faire maintenant...

- Ouais, affirma Balder, trouver une autre solution.

- Ne commence pas, s'énerva enfin le vampire.

L'humain rigola :

- Je te retrouve un peu... Tu es flippant quand tu es heureux ! Sérieux tu comptes vraiment combattre Diablo ? Je sais bien que... hum... tu ne l'aimes pas, mais il ne fera qu'une bouchée de nous !

- Il a raison, approuva Phénitia, c'est de la folie, le Seigneur de la Terreur est retranché dans le mythique et surprotégé palais de la souffrance, il est invincible dans sa forteresse ! Pendant mes années d'errances en enfer je l'ai aperçu... De loin. Sa vue seule suffit à faire trembler le plus courageux des guerriers. »

Duncan se fit plus pensif, son esprit dévoré par la vengeance arrivait-il seulement à analyser la situation ? Même si il ne le reconnaissait pas en se mentant à lui-même, son sang ne faisait qu'un tour à l'idée de tuer toujours plus de monstres, monstres responsables de la mort de son amour. Si il avait suffisamment de pouvoir il les exterminerait jusqu'au dernier ! En tuant Diablo il pourrait voler son essence et l'absorber à la place du plan, gagnant alors un potentiel de destruction sans pareil... Mais lui resterait-il suffisamment de force pour quitter l'enfer ensuite ? Peut-être pas... Mais quelle importance puisqu'il pourrait venger Stella ? Il secoua la tête, revenant à la raison, il ne pouvait pas condamner ses compagnons avec lui !

« - A moins que l'un de vous trouve une meilleure idée, je pense qu'il faudra trouver un moyen d'isoler Diablo. »

Un nouveau silence tomba, les visages étaient graves. Sörg soupira, marmonnant d'une façon presque inaudible :

« - Bah si ça nous permet de partir... Et qu'il n'y a vraiment aucun autre moyen...

- Il n'y a aucun autre moyen, trancha Sversson. »

Balder grimaça en entendant le ton autoritaire de Duncan, il n'aimait pas trop qu'il se place en chef. Mais il n'y avait rien à dire, l'humain ne connaissait rien en magie. Lillya calma de nouveau les tensions naissantes en revenant au sujet de conversation :

« - Et comment « coincer » Diablo ?

- Tout le travail est là...

- Pour ça j'ai une idée, proposa le Joker. »

Les regards convergèrent vers lui alors qu'il relevait lentement la tête, son visage à moitié masqué par son large couvre-chef. L'assassin jeta d'un ton atone :

« - Déclanchons une guerre ouverte entre les seigneurs des enfers, les relations entre eux sont toujours très tendues lorsqu'il n'y a pas possibilité d'invasion de Sanctuary, il faut bien passer le temps. C'est diviser pour mieux conquérir.

- Et comment tu es au courant de la diplomatie infernale ? demanda Sörg d'un ton suspicieux.

- Parce que je l'avais gérée à une époque ou tu n'étais même pas né. »

La réponse coupa l'humain dans son élan, avait-il en face de lui un ex-ambassadeur de l'Erèbe ? Mille questions se bousculèrent dans sa tête mais aucune ne franchit ses lèvres, le simple regard noir du Joker suffit à lui en dissuader. Balder referma bêtement sa bouche, mais il n'était pas le seul intrigué par la déclaration du tueur. Néanmoins personne ne voulu en savoir plus, pour l'instant. Seule Val'Daran trouva le courage de poser une question :

« - En admettant qu'une guerre occupe suffisamment les forces de Diablo pour le rendre plus vulnérable je vois mal comment réussir à influencer ses frères pour qu'ils la déclanchent !

- Voyons, réfléchissez un peu, pour une fois, répondit l'assassin d'un ton à la fois neutre et teinté d'arrogance.

- On leur envois une lettre d'insultes signée Diablo ? avança sarcastiquement Balder.

- Mieux que ça, on la laisse sur les cadavres de leurs serviteurs, devina Pandore, avec un sortilège nous n'aurons qu'à nous déguiser « magiquement » en diables au service de la Terreur et nous attaquerons des avant-postes en prenant bien soin de laisser des survivants pour qu'ils aillent raconter tout ça à leurs camarades... Et nous ferons ensuite de même en rasant un fort du camp adverse, la rage sanguinaire des démons fera le reste.

- C'est ingénieux en effet, souligna Phénitia, mais cela suffira t-il ?

- Les autres Seigneurs sont particulièrement belliqueux, ils se liguent régulièrement contre Diablo, espérant prendre sa place, sans jamais aucun succès. Nous ne ferons qu'accélérer un processus en faisant ce qu'ils auraient finis par faire, expliqua tranquillement le Joker.

- C'est un bon plan, s'empressa de dire Duncan, heureux de trouver solution à son problème. »

Une fois de plus Balder ne trouva rien à ajouter, ça lui faisait même mal de devoir avouer que l'assassin avait une « bonne » idée... Elle ne serait peut-être pas facile à mettre en place mais elle pourrait leur donner une chance de surprendre Diablo et de mettre échec au roi. Evidemment Sörg traitait tout ce qu'il venait du Joker avec une extrême méfiance... Surtout que la folie croissante de Sversson risquait de les emporter n' importe où... Et pas nécessairement là où il fallait t ! Mais Balder avait une envie très forte de déserter les bas-fonds de l'enfer, alors une seule phrase se cognait dans son crâne :

« - On commence quand ? »
La compagnie n'avait pas attendue la nuit pour passer à l'attaque, en effet cela ne changeait rien au comportement des démons car ils voyaient aussi bien dans l'obscurité qu'en plein jour. De plus ils avaient l'habitude des assauts traîtres et inattendus... Une fois que tout le monde eut prit son équipement et bien sanglé son armure, Pandore avait incanté un sort de téléportation. Le voyage magique leur évitait une longue traversée dans un désert infernal brûlant, mais ne pouvait hélas les transporter directement au coeur de l'avant-poste visé, car ils étaient tous protégés contre ça grâce à de puissantes runes tracées dans les fondations même des remparts. La coterie s'était alors retrouvée à une centaine de mètres de sa cible, il y faisait une chaleur pesante. Une marrée de dunes rougeâtres maintenaient un couvert entre les démons et les assaillants. Mais avant d'envisager une quelconque offensive il fallait que tout le monde subisse un sort de transformation d'apparence. Duncan ne connaissait pas vraiment ce genre d'incantations, ce fut à Pandore de s'y coller.

« - Regroupez vous ça m'évitera d'user de l'énergie pour rien. »

Aussitôt dit aussitôt fait. La sorcière ferma les yeux et se remémora les souvenirs de tout les diables qu'elle avait vue dans sa vie, et il y'avait de quoi composer. Elle leva alors lentement les bras en l'air, ses membres laissant une traînée bleue claire autour d'eux, puis murmura des mots de pouvoir. Puis elle paru ne rien faire d'autre. Sversson fronça les sourcils, il n'avait jamais vu un mage incanter comme ça, il n'y avait aucun rituel, surtout pour un sort aussi puissant ! Il allait dire quelque chose lorsqu'un afflux soudain et colossal d'énergie enveloppa Pandore, du mana s'écoula à profusion de son corps jusqu'au sol, comme une cascade fantastique. Elle avait énormément de pouvoir, c'était impressionnant à voir ! Sans un mot ou un geste de longs filaments s'étendirent jusqu'aux groupe pour les entourer à leur tour. Balder ne pu s'empêcher de frissonner au contact de la magie, il ne s'habituerait jamais à ce genre de chose. Il sentit un fourmillement intense dans tout son être, puis ce fut comme si tous ses muscles s'ankylosaient, il eut un peu de nausée et cru qu'il allait tomber par terre, mais la sensation disparue aussi vite qu'elle était apparue. Sörg regarda ses mains, elles étaient devenues bordeaux et griffues. Il les passa sur son crâne, il n'avait plus un cheveu mais deux longues cornes à leur place, toute sa peau était écailleuse et écarlate. Ses compagnons avaient subit une métamorphose similaire, le sort était si parfait que Balder avait presque peur de ne pas les reconnaître dans la mêlée !

« - C'est terminé. Je maintiendrais le construct coûte que coûte, annonça la sorcière d'une voix altérée par la magie.

- Je sais que tu y arrivera sans problèmes, déclara Val'Daran, maintenant il nous faut un moyen d'entrer à l'intérieur.

Le Joker, encore plus diabolique qu'avant, prit la parole :

- J'entrerais discrètement et j'ouvrirais la porte principale de l'intérieur, et vous rentrerez ensuite.

- C'est vrai que c'est ta spécialité la traîtrise, justement je n'aimerais pas que tu dises à nos ennemis qu'une bande les attend dehors ! cracha Balder d'un air soupçonneux.

Duncan soupira et rétorqua :

- Ca m'étonnerais qu'il fasse ça, je vois mal ce qu'il aurait à gagner, lui aussi veut quitter l'enfer, n'est-ce pas ? Hé ...? »

L'assassin était déjà parti, sans un bruit comme d'habitude. On voyait juste sa silhouette rougeâtre s'échapper au milieu des dunes, d'ailleurs ses vêtements le camouflaient parfaitement dans cet environnement.

« - Je crois qu'on a plus trop le choix... Attendons et restons sur nos gardes, conclu Lillya en dégainant sa longue et fine lame. »

Le Joker courrait vers le fort, aucune hésitation ne se lisait dans son sombre regard. C'était un avant-poste de la ligue infernale de Méphisto, le tueur avait déjà une idée de comment s'y prendre avec eux, connus pour être violents et surtout très sournois. Les contours menaçants de la petite forteresse se dessinaient nettement sous le ciel sanglant, la vue perçante de l'assassin remarqua rapidement les sentinelles postées sur les remparts. Au lieu d'agir comme une ombre le Joker eut une meilleure idée, qui correspondrait mieux aux méthodes expéditives de Diablo, la finesse n'étant pas son trait d'esprit. Il s'amena tranquillement devant les colossales portes du fort, faites de roches gravées de runes, elles étaient indestructibles par des moyens communs, les démons voyaient tout en grand. Lorsqu'il fut à quelques pas à peine de l'entrée, une vingtaine de garde le braquait du haut des remparts avec leur arbalète. La voix criarde et agaçante d'un déchu l'interpella :

« - Qui va là ?! On te bousille si tu n'as pas une bonne raison d'être ici !

Le Joker inspira profondément, prenant la voix la plus grave et la plus menaçant qu'il pu :

- Misérables larves, je suis le Diable Lazerak, messager de Diablo, j'exige de voir votre chef immédiatement ! Sinon j'arracherai vos têtes pour votre horrible incompétence.

L'intimidation eut effet car c'est avec beaucoup moins d'assurance que le larbin répondit :

- Heu... D'accord... On ouvre. »

A des mètres de là, Balder observait la scène avec ses compagnons, et vit les portes s'ouvrir lentement. Il était presque déçu que l'assassin ait réussit sa tâche, même si il ne savait pas comment, car à aucun moment il ne l'avait vu entrer dans l'avant-poste... Enfin peu importait. Val'Daran sortit les mains de ses poches et invoqua son arme d'un mot de pouvoir, c'était la première fois qu'elle la montrait. C'était un hast qui devait approcher les deux mètres, une pointe effilée à son bout, entourée de barbelés avec une large lame de hache comme tête. Le tout était assez impressionnant dans les mains de cette jeune femme. Sa voix assurée tira Sörg de ses pensées :

« - Ne perdons pas de temps, allons-y ! »

Le groupe se mit en course, slalomant entre les dunes. Au même instant le Joker s'avançait pour franchir le seuil du fort, à droite et à gauche il repéra deux énormes roues horizontales qui entraînaient un mécanisme d'ouverture et de fermeture des portes. Il fallait une dizaine de minables déchus pour les faire fonctionner, sous la surveillance de démons bedonnants armés de fouets pour la motivation des troupes. L'un des lieutenants grogna d'une voix tonitruante :

« - Refermez le passage, tas de larves !

- Je ne crois pas, Diablo ordonne la mort de tout ce qui se trouve ici, lâcha calmement l'assassin. »

Le monstre n'eut qu'eut le temps d'hausser un sourcil, d'un geste d'une dextérité à peine croyable le tueur d'élite avait sorti et lancé trois couteaux acérés coincés entre ses doigts. Les lames glacées fendirent l'air en sifflant, suivant une trajectoire parfaite pour terminer dans la gorge de l'infernal. Il essaya de crier mais réussit seulement à ajouter à sa douleur, vomissant du sang et s'étalant lamentablement par terre. Son second avait subit le même sort, le Joker étant complètement ambidextre il avait effectué le même geste de son autre main. La prouesse martiale était sublime. Les déchus se regardèrent, et se mirent à piailler avec une seule idée en tête : décamper au plus vite ! Ecartant les pans de son manteau l'assassin esquissa un sourire, des rangées de couteaux étaient alignées à sa ceinture, il n'y aurait aucun survivant.

Duncan était à la tête de la charge, son épée nécromentique assoiffée de sang. Une grêle de carreaux tomba des créneaux, les envahisseurs auraient été stoppés sur le coup si le vampire ne l'avait pas prévu : les projectiles s'écrasèrent contre un bouclier magique transparent, une protection élémentaire lors de ce genre d'opération. Pandore invoqua un sort tout en courant, manoeuvre qui demandait une forte concentration mais qui ne semblait pas l'affecter plus que ça.

« - Zzect-Tcham ! »

Elle tendit deux doigts vers les créneaux et l'air se distordit, effectuant une sorte de spirale sur lui-même, fusant droit sur un groupe de garde. L'étrange onde fracassa la pierre massive en une myriade d'éclats, projetant les démons sur le sol, des dizaines de mètres plus bas. Comme des poupées désarticulées ils s'éclataient en bouts de chair sanglants, les plus chanceux étaient désossés sur place par le choc du sort et mourraient réduit en bouillie. Le spectacle macabre était uniquement animé par les hurlements horribles des monstres broyés... Sous la pluie de carreaux des survivants le groupe plongea à l'intérieur du fort. Dès qu'ils eurent franchis la porte le déluge s'arrêta. En effet c'était plutôt mal conçu car il n'y avait pas de cour intérieure pour laisser les assaillants à découvert, mais plutôt un large hall de pierre noire.

« - Pouah cette bande d'enfoirés ne payent rien pour attendre ! s'exclama Balder.

- Oui, mais quelque chose me dit que c'était trop facile, répondit Val'Daran. »

Les deux combattants regardèrent le Joker en train de ramasser ses couteaux plantés dans les corps d'un nombre incalculable d'adversaires, les cadavres s'étalaient un peu partout, sur le sol, cloués aux murs ou bien écroulés sur les marches menant à l'unique passage possible pour les profondeurs ténébreuses de la forteresse.

« - Qu'est-ce qui te fais dire ça ?

- Ca ! »

Au même instant deux lourdes grilles de fer forgé tombèrent avec fracas devant chaque porte, bloquant les issues. Tout le monde fit silence, se mettant en cercle, dos à dos. Balder murmura à Pandore, juste à côté de lui :

« - Faudrait exploser ça.

- Protège moi.

- Heu... D'accord. »

La magicienne se tourna vers la herse intérieure alors qu'une série de cliquetis métalliques se rapprochaient des lieux, cela n'augurait rien de très bon. Après un examen plus attentif des cloisons, Sörg remarqua qu'elles étaient percées de toutes petites meurtrières ! Il écarquilla les yeux et averti ses compagnons :

« - On va se faire cribler de flèches ! »

Une fraction de seconde plus tard et une série de claquements donna naissance à une cinquantaine de carreaux d'arbalète qui s'envolèrent à toute vitesse droit sur eux. Duncan concentra son énergie pour repousser l'assaut massif, ce qu'il réussit à faire sans vaciller, la grêle mortelle s'explosa contre le dôme de force, mais cela ne pourra durer éternellement, chaque salve épuiserait un peu plus le vampire.

« - Pandore vas-y ! encouragea Phénitia. »

La magicienne se concentrait, mais visiblement elle rencontrait des difficultés, il devait y'avoir une protection runique sur la grille, briser l'enchantement prendra du temps, et ça, le groupe n'en disposait absolument pas ! Ne pouvant rien faire d'autre le Joker visa habilement les minuscules interstices par lequel les démons tiraient, ses couteaux firent de nouveaux ravages. Chaque fois qu'il en lançait un on entendait un cri de douleur étouffé la seconde d'après, la victime touchée à la gorge ou au visage. Mais il y'avait trop d'ennemis pour que cela soit réellement efficace. Une nouvelle vague de carreaux siffla et fendit l'air jusqu'au bouclier, qui commençait à montrer ses faiblesses face à autant de projectiles.

« - Mais merde on va pas y rester ici ! enragea Sörg qui commençait à sentir une rage inhumaine monter en lui.

Pandore souffla, la respiration haletante :

- Sûrement pas. »

Elle sera les dents, l'énergie commençait à monter, elle le sentait. Elle n'était pas une magicienne, mais ça personne ne le savait à l'exception de Phénitia. Les incantations n'étaient nécessaires que pour déchaîner la puissance, pas pour l'accumuler, à la différence des mages « académiques » qui devaient attirer le mana à eux. Pandore l'absorbait naturellement, c'est lui qui venait à elle, comme une flamme qui attire la vie, elle en regorgeait continuellement, mais c'était difficilement contrôlable, et très aléatoire. Parfois le mana ne venait pas, les caprices de la magie, et la sorcière se retrouvait désemparée. Comme là. La jeune femme sentit la main de Val'Daran sur son épaule, et sa bouche près de son oreille :

« - Abandonne toi à lui, n'est pas peur. »

Elle se décontracta, elle devait réussir à tout prix. Des carreaux claquèrent encore dans les airs, ils paraissaient toujours plus proches, la prochaine fois il y'aurait des morts. Pandore ferma les yeux, inspira profondément, et s'abandonna à l'énergie, complètement. D'habitude elle essayait toujours de garder le contrôle, sinon elle prenait le risque d'être consumée par le mana brut, mais là, il n'y avait pas le choix. De violentes vagues pénétrèrent son corps, un frisson glacé fit frémir tout ses muscles, son coeur s'emballa, son cerveau était compressé par la magie, il en venait trop ! Si elle ne la libérait pas tout de suite elle mourrait ! Du sang se mit à couler de son nez et de sa bouche, une horrible envie de vomir remonta son estomac, la bille lui brûlait l'oesophage, elle tendit les bras, encore et encore, puis essaya de dire le mot de pouvoir adéquat. Sa bouche restait fermée, ses muscles contractés et douloureux, elle voulait crier mais n'y arrivait pas, plus aucune sensation n'atteignait son corps, le mana la dévorait. Mais pendant ce court instant qui paru durer une éternité, elle ne céda pas à la panique, rassemblant son courage elle hurla :

« - MORT ! »

Duncan cru perdre sa mâchoire lorsqu'il vit autant de pouvoir déchaîné. La fille était englobée dans un halo violet foncé et irradiait d'énergie destructrice. Du bout des doigts elle projeta un rayon noir et dévastateur vers la porte, littéralement pulvérisée en morceaux, fondue, carbonisée, atomisée. Des flammes magiques brûlèrent la pierre et avalèrent le fer, elles se propagèrent en une onde affamée de matière, vivante ou morte.

« - TOUS A TERRE ! ordonna Phénitia dans le tumulte. »

Personne ne rechigna l'ordre alors que le sort de Pandore continuait se course folle en décrivant un cercle complet de mana brut et incendiaire. La pièce fut plongée dans une chaleur étouffante, la chair manquait de fondre toute seule. Les démons aux meurtrières restèrent béats et pétrifiés de terreur face à l'inévitable qui courrait vers eux, ils fermèrent bêtement les yeux alors que les flammes se faufilaient pour les engloutir tout entiers. Leurs cris d'agonie se répercutèrent jusqu'aux tréfonds de l'enfer, chantants comme une douce mélodie aux oreilles des archidiables. Puis le calme se fit enfin, l'air sentait le cramé. Le silence fut uniquement troublé par la voix encore tremblante de Balder :

« - Alors celle là... »

Tout le monde se releva doucement, seule Pandore restait douloureusement couchée par terre, sanglotante. Phénitia ne manqua pas de se précipiter vers elle et de la prendre dans ses bras, lui chuchotant à l'oreille :

« - Ca va aller, c'est fini... Ca va aller. »

Pendant que Val'Daran rassurait son amie le reste de la compagnie s'échangea des regards encore surpris, ils avaient faillis tous y passer.

« - Si avec ça on laisse des survivants, ça ne serait pas de chance, déclara sombrement Sörg.

Duncan répondit avec une voix pressée :

- Si on survit. Je crois qu'il faut se dépêcher de trouver le maître des lieux avant qu'une résistance trop farouche ne nous tombe dessus.

- Pandore peut repartir ? demanda Lillya à Phénitia.

- Oui, elle est forte. »

L'amazone l'aida à se relever, puis essuya les larmes de la sorcière avec son pouce et l'embrassa tendrement. Sversson se racla la gorge puis prit la tête du groupe. Il enjamba ce qu'il restait de cadavre et entra dans la forteresse. Cela n'avait pas l'air immense, le chef devait sûrement s'être retranché dans ce qui pouvait être apparenté à la salle de commandement. La compagnie ne rencontra que très peu de résistance, quelques groupes de déchus, massacrés en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les forces devaient s'êtres concentrées pour plus d'efficacité. Au bout d'une minute à épurer l'avant-poste ils tombèrent face à une porte en bois laqué noir, décoré par une tête de démon hurlant. Silencieusement ils s'approchèrent, on pouvait entendre une multitude de tintements métallique de l'autre côté. Ses deux épées en main, Balder chuchota :

« - On fait quoi ? On fonce dans le tas ?

- Ils doivent nous attendre, alors restons méfiants, conseilla Val'Daran avant d'être reprise par Duncan :

- Je ne crains rien de ces minables, ne soyez pas lâches et tuons-les tout de suite. »

Le ton du vampire était presque méprisant, l'amazone lui jeta un regard noir. Elle ravala une réplique amère et se contenta de serrer son arme. Sversson donna un grand coup dans la porte qui s'ouvrit en claquant, une entrée fracassante. Hurlant à l'unisson la coterie se jeta à l'intérieur. C'était assez grand, de longues tables étaient couvertes de cartes et d'armes, des démons s'étaient postés aux quatre coins de la salle, armés jusqu'aux dents. Au centre un diable particulièrement massif était entouré d'une sorte de garde d'élite. Le chef devait bien faire deux cents kilos, sans compter ses deux lourdes épées qu'il tenait dans chaque main et sa cuirasse de bandes d'acier brillantes.

« - Je vais sceller l'arrogance de votre maître, larbins de Diablo. »

A son signal les monstres déferlèrent sur le groupe, encerclé de toutes parts. Balder accueillit son premier ennemi d'un revers de lame, lui coupant une demi tête. Le bout de crâne qui s'envola était à vomir. De son autre arme il empala un déchu précipité, son cri suraigu se noya dans la mort, son coeurs arraché par la pointe de Sörg. Lillya para un coup qui visait son fiancé, le préservant d'une blessure sans qu'il ne le sache. Elle contre-attaque avec finesse, un estoc meurtrier se plantant dans l'oeil d'un démon, emportant de la cervelle dans son horrible sillage. La créature s'écroula pour laisser place à une autre, stoppée dans son élan sanguinaire par un couteau du Joker, fiché dans sa gorge. Il gargouilla d'une façon presque comique et roula par terre. Val'Daran protégeait Pandore, restée au centre de la formation, encore sonnée par son précédent sortilège elle n'osait pas laisser la entrer en elle. Mais Phénitia compensait par son efficacité redoutable, balayant ses ennemis avec sa hallebarde, tranchant net les membres avant d'achever ses victimes avec la pointe de son arme. Elle esquivait les coups adroitement, poussant les démons à se fendre et à laisser de belles ouvertures, toujours fatales.

Balder avait perdu Duncan de vue, surtout que l'humain s'était laissé emporter par le combat, et se retrouvait maintenant dans le coeur de la furie. Avec ses deux épées il tailladait à tout va. Il fendit un genou, forçant sa cible à tomber, il le termina en écrasant sa gorge d'un coup de botte. Relevant sa garde il dévia une lance, qu'il trancha de son autre lame. Son propriétaire, surpris, ne vit pas arriver sa fin sous la forme d'un déluge d'acier acéré qui le transforma en bouillie. Alors que Sörg attaquait un nouvel adversaire il reçu un lourd coup de masse dans le dos, son armure à plaque le protégea mais il manqua de perdre l'équilibre. Dans la foulée une épée fila et glissa de nouveau contre la cuirasse de pyranite. Balder commençait à s'agacer des estafilades, surtout lorsqu'une nouvelle manqua son visage de peu lorsqu'il explosait la cage thoracique d'un déchu !

« - Vous commencez à me les briser ! »

Il y'avait des monstres partout autour de lui, ils se montaient presque les uns sur les autres pour mieux le frapper. Il n'arrivait plus à voir ses compagnons. Pendant un court instant la panique prit l'esprit de l'humain en otage : était-il allé bien au dessus de ses capacités ? Fort probable. Il sentit un liquide chaud couler le long de son bras gauche, une lame avait trouvée une faille dans son armure et avait entamée sa chair. Le guerrier vit rouge. Un étrange frisson couru le long de son échine, ses poings serrèrent la garde de ses épées, il se jeta dans le tas avec une lueur de pure folie au fond des yeux ! Ses fils enchantés coupèrent net un torse et un bras, qui tombèrent par terre. Hurlant de rage Balder commença à tourner sur lui-même en frappant sans s'arrêter, de toute part, tuant, éviscérant, massacrant et estropiant tout ce qui avait le malheur de se présenter à lui. Il ne tenait plus compte de sa garde, espérant que son plastron le sauve des blessures létales. Il criait, et les démons reculaient, effrayés. Il levait ses bras pour cogner et les démons serraient les dents pour encaisser. Il fauchait les vies et les démons piaillaient leurs dernières volontés. Sörg moissonnait, un travail harassant, mais il n'en n'avait même plus conscience, complètement en transe.

Duncan essayait de se frayer un passage jusqu'au chef, à grand coup d'invocations nécromentiques. A chaque mot de pouvoir il projetait une multitude d'os tranchants comme des rasoirs. Les éclats magiques perforaient et déchiquetaient, même à travers les cuirasses. Ils s'infiltraient dans les casques, éborgnaient et arrachaient de petits bouts de chair. Des doigts étaient parfois emportés et les démons lâchaient leurs armes, Sversson achevait alors le travail rapidement et proprement. Mais lorsqu'il se retrouva face à la garde personnelle du capitaine de la forteresse ce fut une tout autre histoire ! A peine avait-il croisé leur regard qu'ils étaient déjà sur lui, armés de haches et d'épée. Duncan grimaça mais il avait plus d'un tour dans son sac.

Lillya avait formée un duo efficace avec Val'Daran, les deux femmes étaient parfaitement coordonnées. Lorsque l'une parait l'autre contre-attaquait, et dès que la situation s'envenimait elles savaient opposer un mur d'acier impénétrable. Les monstres ne leur arrivaient pas à la cheville, ils fonçaient par vagues désordonnées, tentant de prendre l'avantage par le nombre, mais ils finissaient systématiquement taillés en pièces. Les cadavres s'amoncelaient et les rangs adverses s'éclaircissaient à vue d'oeil, passés au fer. Phénitia esquiva sans peine une charge désespérée d'un déchu acculé, Lillya l'accueillit d'un arc de bas en haut, éventrant le monstre et le projetant au milieu de ses camarades. Le coup était beau, accompagné d'une magnifique pluie de sang. L'amazone admira l'adresse de sa coéquipière puis fendit le torse d'un autre démon avec sa hallebarde, le coupant presque en deux. Les viscères de la créature s'étalèrent par terre avec une marrée de fluides visqueux. Du coin de l'oeil elle remarqua Balder, complètement déchaîné et couvert de blessures. Il avançait inconsciemment, ne s'arrêtant jamais d'abattre ses terribles épées. Il recevait des entailles mais ne paraissait même pas les ressentir ! Chose qui pouvait lui être fatal. Phénitia le fit remarquer à Lillya entre deux passes d'armes :

« - On devrait aider Sörg, son état semble assez grave !

La fiancée regarda par-dessus le déchu qu'elle venait de raccourcir :

- J'y vais, occupe toi de Duncan avant qu'il ne fasse des bêtises ! »

Pandore les regarda s'éloigner en repoussant l'ennemi comme si il se serait agit d'enfants. La sorcière remarqua alors des infernaux s'approcher d'elle, ils sentaient qu'elle était plus vulnérable que les autres. Elle ne s'inquiéta pas pour autant, disparaissant au nez et à la barbe des démons grâce à un sort mineur d'invisibilité. Elle n'osait pas faire mieux, son organisme était brisé, ravagé intérieurement par le mana, elle mettrait plusieurs jours pour s'en remettre.

Sversson trancha la tête d'un garde, qui s'écroula lourdement sur le sol, roulant comme un gros boeuf. Le vampire utilisa une rapidité accélérée, pouvoir ancestral de ceux de sa race, pour esquiver les coups de haches qui pleuvaient sur lui. Exécutant une roulade en avant pour se retrouver dans le dos des brutes démoniaques, il en transperça un de part en part, sectionnant sa colonne vertébrale au passage. L'horreur émit un sourd grognement et rejoignit les autres dans la tombe. A chaque fois que Duncan en tuait un il exultait, son coeur ne battait plus que pour ça, personne ne lui volerait sa vengeance, personne.

« - Pour STELLA ! »

Il assena un nouveau coup sur le premier venu, fracassant un casque mais n'arriva pas à fendre la boîte crânienne de son possesseur. Relevant son épée pour revenir en garde il sentit quelque chose de puant dans son dos : le chef de la garnison. Sversson fit volte-face en éclair, parant de justesse une des deux énormes lames du capitaine. Le monstre était colossal, il n'était que force brute, si bien que le vampire recula de quelques pas en arrière, pour être cueillit de plein fouet par un coup de masse d'arme ! Il s'envola comme une plume et traversa la moitié de la salle, avant d'arriver douloureusement sur le sol de pierre dur, entre deux cadavres. Il releva la tête, le nez entre un tas d'intestins, plusieurs de ses côtes avaient du se briser, chaque inspirations lui faisait souffrir le martyr. Il se remit debout, les jambes tremblantes. Val'Daran apparue à côté de lui, lançant d'un ton assuré :

« - Je viens t'aider, ils sont un peu trop nombreux.

Le vampire rétorqua avec un air agressif :

- Ne te mêle pas de ça, humaine, je peux très bien m'en charger !

- Quoi ?

- Tu m'as très bien entendue : Ils sont à moi, alors barre toi !

- Pas question, affirma Phénitia. »

Sversson alla trop vite pour que l'amazone puisse le voir et elle reçu un direct en plein visage. La force inhumaine du nécromancien fracassa le crâne de la guerrière qui vira de l'oeil, complètement sonnée. Elle se rattrapa tant bien que mal pour éviter un choc violent avec le sol. Voyant du sang couler de son nez et de son arcade droite elle maudit le vampire, elle essaya de reprendre au plus vite ses esprits pour éviter qu'un démon en profite, laissant le mage noir à sa folle et stupide envie de vengeance. Duncan s'était éloigné, enfin débarrassé de son obstacle, une chose unique brillait à présent dans sa tête : massacrer ce qui se tenait en face de lui.

Balder achevait sa dernière victime, le clouant littéralement au sol avec ses deux lames. Il fouailla l'abdomen du monstre, envoyant des morceaux de chair et de viscères un peu partout. Il n'y avait plus que des morts autour de lui, néanmoins il restait complètement surexcité ! Un déchu agonisant eut le malheur d'émettre un râle, Sörg lui sauta dessus, massacrant la créature avec une rage à peine croyable. Le temps que Lillya se débarrasse des démons qui lui bloquaient le chemin, son fiancé en avait fini avec les siens. La jeune femme était même surprise qu'il en ait terminé aussi vite !

« - Ca va aller les entailles ? demanda t-elle avec un peu d'inquiétude. »

L'homme qui se tourna vers elle était méconnaissable. Outre le fait qu'il soit couvert de sang et d'entrailles, les traits de son visage étaient tordus par la colère, ses yeux menaçants fixèrent Lillya qui se sentit soudainement mal à l'aise. Il fit un pas en avant, ses muscles tendus, il expirait lentement comme pour évacuer un trop plein de rage. La voix de la jeune femme interpella le guerrier sanguinaire, hésitante :

« - C'est moi, Lillya, tu me reconnais pas ou quoi ? »

Il ne répondit rien, mais elle comprit qu'en face il n'y avait plus qu'une bête haineuse et enragée. Elle n'eut pas le réflexe d'esquisser un geste de défense, elle ne pensait pas que ça irait jusque là. Sörg envoya un revers avec toute sa force, l'arme frappa de plein fouet la jeune femme à la hanche. Elle gémit de douleur et s'écroula par terre, la lame avait était déviée par sa cotte de maille enchantée mais le choc lui laissa un énorme hématome. Difficilement elle se mit à genou, le souffle coupé. Balder était au dessus d'elle, l'épée levée, prêt à lui fendre la tête en deux. Lillya se mit à pleurer, horrifiée, son regard était si triste que le guerrier trembla, ses muscles frémirent et il baissa son arme.

« - Lillya ? demanda t-il complètement hagard.

- Oui... Oui c'est moi...

- Je... ça va ? Qu'est-ce que j'ai fais ?

Encore sonnée mais rassurée par la réaction de Sörg elle répondit :

- Tu m'as frappé, tu étais différent... Il faudra voir ça après le combat, je ne crois pas que nous ayons le temps d'en parler... Aide moi à me relever. »

Balder obtempéra, ne se souvenant absolument pas s'en être prit à sa fiancée, il aurait préféré se tuer lui-même que de faire ça. Mais elle était là, visiblement blessée, et lui était le seul encore debout. Il était terrifié à l'idée que cela recommence, mais c'était impossible, il avait dû être la victime d'un sort ! Oui cela devait être ça, un sortilège démoniaque qui rendait fou, il y'avait dû avoir un sorcier dans la masse. Maintenant c'était terminé. Il suivit Lillya à l'autre bout de la salle, où Val'Daran regardait Duncan en train de peiner face à une foule d'adversaires.

« - Mais qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi tu ne fais rien !? cria Lillya par-dessus le fracas des armes.

Phénitia répondit calmement :

- Cet idiot a dit qu'il n'avait pas besoin de moi, je le laisse à son orgueil.

- En le laissant ainsi tu prouves que tu en a encore plus que lui ! Je ne le laisserais pas se faire découper sous mes yeux. »

Ponctuant sa phrase la jeune femme se jeta dans la mêlée, son épée perforant l'épaule d'un monstre qui avait le dos tourné. La créature se retourna et reçu un large coup de taille dans la figure, la fine lame lui zébra la moitié du crâne avant de finir enfoncée en travers de sa gorge. Noyé dans son sang le démon s'effondra sur lui-même.

Balder regarda sa fiancée s'avancer dans la masse, il n'était pas sûr de vouloir la suivre avec ce qu'il avait fait tout à l'heure, mais néanmoins il ne pouvait pas la laisser seule. Se persuadant que tout irait bien il fonça à son tour, faisant tournoyer ses lames autour de lui. Cette technique plus esthétique qu'efficace réussit tout de même à stopper par hasard quelques estocs, ce qui permit à Sörg de fendre un premier infernal, d'un coup de haut en bas majestueux. Répandant un flot de cervelle et de petit bout d'os, le monstre mourut sans même pouvoir crier.

Duncan, submergé par les attaques, remarqua les nouveaux arrivants. Il enragea d'autant plus, n'allaient-ils jamais le laisser tranquille ? Seule l'autre arrogante de Val'Daran semblait avoir comprise, ainsi que le Joker, qui avait étrangement disparu au milieu de la bataille. Ils ne voulaient pas vouloir le laisser... Fracassant le nez d'un démon trop proche avec la garde de son épée, il hurla pour se faire entendre :

« - PARTEZ ! ILS SONT A MOI !

- Ne dit pas de bêtises Duncan, à ce rythme là ils auront ta peau et c'est tout ce que tu auras gagné ! rétorqua Balder en achevant un ennemi.

- TU M'AGACES ! se contenta de répondre le vampire. »

La garde d'élite du fort commençait à reculer, ils étaient de moins en moins nombreux, mais le commandement de leur chef semblait les resserrer. A présent ils formaient un groupe compact d'une quinzaine d'individus bardés d'acier, un mur de lames et de pointes. Les démons s'épuisants beaucoup moins vite que les humains le combat risquait de s'éterniser... A moins que de la magie ne soit utilisée... Mais Pandore ne semblait pas prête à lancer un quelconque sortilège. Et ou pouvait bien être passé le Joker ? Cette question trouva rapidement sa réponse...

Dans les plus épaisses ténèbres de la pièce il était là, attendant patiemment le bon moment. Il longeait les murs, invisible, ondulant comme un serpent, tenant la mort entre ses mains. On ne pouvait voir que son regard mauvais, froid, glacé. Lentement, mais sûrement, il contournait les démons. Aucun d'eux ne pouvait espérer le repérer... Les monstres grognaient et frappaient, opposant une résistance farouche au reste du groupe, mais lorsqu'une ombre insidieuse se glissa derrière eux il était déjà trop tard. Leur chef beuglait ses ordres, qui s'étranglèrent soudainement dans sa gorge, une lame plantée en travers de celle-ci. Il tituba lamentablement, il voulu ne pas succomber, mais ses forces le s'envolaient. Il tomba, les yeux révulsés, comme une masse. Un sentiment de panique s'empara du reste des démons : Leur capitaine était mort sans qu'ils ne comprennent rien à la situation. Cette vague de frayeur fut profitable pour Balder et Lillya, qui redoublèrent d'effort. Ils brisèrent les rangs ennemis, tailladant et tranchant les infernaux qui perdirent leur formation, le Joker aggrava la situation en dégainant ses deux haches de jet, qu'il planta dans le dos d'une créature, son armure fendue par l'impact. Les lames aiguisées tranchèrent net la chair et les os du monstre. Agonisant, il s'écroula en emportant ses alliés avec lui, semant encore plus de confusion. Désorganisés et désemparés les survivants furent rapidement achevés, presque exécutés.

Le combat était terminé, le silence tomba. Mais fut rapidement brisé par Duncan, qui, couvert de coupures et de bleus des pieds à la tête cria :

« - Pourquoi vous êtes intervenus ?! Je vous avais dit de rester en dehors de ça ! C'est INCROYABLE ça !

Balder qui était exténué réagit au quart de tour :

- Tu commences à m'EMMERDER sévère ! Quand vas-tu devenir sensé avec ta vengeance ? Tu te prends pour qui ? Tu n'es pas seul ici, avec tes conneries tu vas finir par mettre tout le monde en danger, toi en premier !

- Tu vas aller te faire voir avec ça, d'accord ?! »

Les deux hommes s'étaient progressivement rapprochés, ils se faisaient maintenant face à face, le regard brûlant de colère. Les mâchoires serrées ils étaient à la limite d'en venir aux mains, ou plutôt à l'épée. Lillya s'interposa, les repoussant chacun de son côté. D'une voix autoritaire qui surprit tout le monde elle ordonna :

« - Ca suffit vous deux maintenant ! Les engueulades plus tard, maintenant il faut partir d'ici avant que des renforts ne nous tombent dessus... »

Ils ne répondirent rien, mais s'éloignèrent l'un de l'autre. Le Joker était resté loin de ça, à tracer quelque chose sur le mur avec le sang des cadavres, cela ressemblait plus ou moins à une sorte de rune. Val'Daran l'observa sans rien dire, toujours légèrement vexée par Duncan, elle supportait mal le coup de poing qu'il lui avait mit. Pandore arriva derrière elle en courant d'air, dissipant son invisibilité et l'enserrant par la taille. La magicienne murmura à l'oreille de son amie, d'une voix infiniment fatiguée :

« - Il y'a beaucoup de personnalités qui s'opposent dans ce groupe... Avec ce qu'il nous attend ce n'est pas très bon. Je me sens mal, et toi ?

- Je crois qu'il n'y a que ma fierté qui soit blessée. Je suis exaspérée par cet abruti de vampire, il se croit au dessus de tout le monde ! Sa rancune risque de tous nous tuer... Et de briser notre seul espoir de quitter ce lieu maudit. On s'y morfond depuis bien trop longtemps pour qu'il vole notre unique chance de partir ! Les autres ont pitié de lui, moi je commence à le haïr.

La voix de Pandore se fit apaisante :

- Calme toi Phénitia, tu as toujours eue le sang chaud, je suis là, oublie le.

- Oui... »

Le Joker ayant fini de tracer son symbole il se tourna vers les autres, déclarant avec son ton sobre habituel :

« - C'est la marque de Diablo, à chaque fois que ses serviteurs ravagent un endroit ils la laissent sur place. Maintenant il faut s'occuper d'un de ses avant-postes justement, pour que la supercherie soit complète. Ici il doit bien rester des survivants qui colporteront rapidement la rumeur d'une attaque du seigneur de la Terreur.

Lillya hocha la tête et demanda à Pandore :

- Tu crois être assez forte pour nous emmener à un autre fort ? Il faut faire vite.

- Oui je peux, mais le combat risque d'être rude pour vous...

- Je n'en serais pas si sûr, coupa brutalement Sversson, je serais tout à fait apte à écraser ces imbéciles de démons. »

La sorcière commençait déjà à rassembler l'énergie qui lui restait...
Duncan fendit la clavicule de son dernier adversaire, il se délecta de la souffrance qui lui infligeait par cette mutilation inutile. Lentement il retira sa lame, arrachant un cri plaintif au démon agonisant. A genou, un bras tranché, le monstre faisait pâle figure face au regard assoiffé de sang du vampire. Avec un sourire de ravissement Sversson coupa net la net la tête de l'infernal, qui rebondit deux fois par terre avec un bruit mat avant de s'arrêter. Le tronc sans vie tomba lourdement sur le flanc. Le vampire rangea sa lame d'os, puis relevant son visage couvert de sang il déclara :

« - Je crois que nous avons terminés notre travail ici. Joker, trace ton symbole. »

L'assassin s'exécuta sans dire un mot. Une fois qu'il eut terminé il resta à Pandore de téléporter tout le monde à la taverne de la Porte des Traîtres. La magicienne, encore ruinée par son « accident » d'accumulation de mana expira lentement son air, brûlant d'énergie. Il était pesant d'être constamment saturée par la magie pure. Elle se concentra au maximum et modela le construct de son sort, les yeux fermés. Lorsqu'elle les rouvrit la sorcière et son groupe se trouvait dans une des chambres de l'auberge.

« - Nous voilà rentrés. Je pense que nous avons tous mérités un repas, lança Duncan d'un air presque bonhomme.

Balder rumina une réponse à peu près compréhensible :

- Mouais... On va s'débarbouiller avant ça. »

La compagnie se sépara, chacun allant dans sa chambre respective. Balder et Lillya étaient déjà dans la leur. Lorsque tout le monde fut sortit le jeune homme se tourna instantanément vers sa fiancée, la panique se lisait dans ses yeux :

« - Est-ce que ça va ? Je sais que je t'ais fais mal ! Je ne sais pas ce que j'ai fais... Au deuxième fort c'est monté, pareil, cette rage incontrôlable, j'ai du reculer pour ne pas me laisser submerger ! Je deviens fou, comme Duncan ? Je ne sais pas ce qui m'arrive... C'est... C'est...

- Calme toi, chut... »

La femme le prit dans ses bras, une main passée dans ses longs cheveux noirs, de longues minutes passèrent ainsi, un temps indéterminé mais qui ne semblait avoir cesse de se prolonger. Le coeur du guerrier cognait douloureusement dans sa poitrine, il ne cessait de revoir en boucle le visage en larme de Lillya lorsqu'il allait la tuer ! Serrant sa douce il faillit se mettre à pleurer, mais il se contint, peut-être trop choqué, car il venait de comprendre. Ce n'était pas un sort qui lui avait fait perdre la raison, ou même son propre mental qui défaillait, mais ses tatouages, les Tal-Sheigya ! Evidemment ils amplifiaient sa colère, bannissant ses peurs, le rendant implacable lors d'un combat mais il y'avait un cruel revers de médaille : la rage était si forte qu'elle l'aveuglait complètement. Que lui avait fait Pandore ? Pourquoi ne l'avait-elle pas prévenu de ce risque ? Quel cadeau empoisonné ! La tristesse de Balder se mua rapidement en colère, fronçant les sourcils il se sépara de Lillya, ne la tenant plus que par les épaules :

« - Ce sont EUX ! Ces tatouages ! J'en suis sûr ! Il faut que j'en parle avec cette sorcière ! »

Il voulu partir mais la jeune femme l'attrapa par le bras, essayant de le retenir. Il s'arrêta et tourna la tête vers elle, lançant d'une voix énervée :

« - Quoi ?

- Je sens que tu vas faire une grosse bêtise. Pense qu'elle n'avait sûrement pas prévue cet effet secondaire, je ne vois pas vraiment ce qu'elle aurait à gagner dans cette histoire. Vas-y, mais tranquillement. »

La colère de Sörg retomba. Il était même déçu de s'être laissé emporté aussi facilement, la nervosité des combats semblait déteindre sur lui. Il se sentit stupide... En effet, pourquoi la magicienne le mettrait délibérément dans les ennuis ? Il hocha la tête, répondant d'un ton nettement moins flamboyant :

« - Oui tu dois avoir raison... Mais je vais la voir, je reviens. »

Il s'éloigna et ferma la porte derrière lui. La chambre des deux filles se trouvait juste en face, il frappa et entra. Il tomba nez à nez avec une Phénitia entièrement nue. Son corps était sculptural, elle était fine mais il n'y avait pas une surface de sa peau qui n'était pas musclée. Ses cheveux blonds étaient mouillés et cascadaient jusque sur ses magnifiques épaules, de l'eau perlait doucement sur sa poitrine, autour de ses seins, jusqu'au creux de ses reins. Il y'avait de récentes coupures parsemées sur sa chair, mais Balder remarqua surtout une ancienne et visiblement profonde cicatrice qui courait au niveau de ventre. Le visage harmonieux de Val'Daran avait été débarrassé de la sueur et du sang, les yeux verts de la jeune femme fixèrent Sörg, qui se sentit gêné pour deux choses : La première était qu'il se surprit à penser que c'était la plus belle fille qu'il n'avait jamais vue de sa vie, la seconde était qu'elle ne semblait absolument pas se soucier d'être complètement nue face à lui.

« - Que veux-tu ? demanda t-elle avec sa voix assurée habituelle.

Balder n'arriva qu'à bredouiller lamentablement :

- Heu... Je... Heu... Hum... Pandore est là ? Il... heu... que je... lui parle... »

L'amazone fronça ses fins sourcils, puis appela sans tourner la tête :

- Pandore ! On veut te voir ! »


La magnifique femme s'écarta et rejoignit le fond de la chambre, ou elle commença à se rhabiller. La magicienne croisa sa compagne puis se dirigea d'un pas rapide vers Sörg. La sorcière était de noir vêtu, portant de fins vêtements en dentelle et un corset au laçage rouge. Son pantalon semblait être en lin, alors qu'elle portait un épais manteau cousu de rune argentées entrelacés sur ses épaules. Malgré la chaleur de l'enfer elle ne paraissait pas du tout incommodée, probablement grâce à un enchantement. Un léger sourire se dessina sur son visage, mais ses yeux cernés trahissait une intense fatigue. Sa voix était murmurante, voir presque maladive :

« - Tu veux me parler ?

- Oui... J'ai un problème d'ordre magique, entama Balder, il se trouve que tes... Tal... Heu comment ça s'appelle déjà ?

- Tal-Sheigya.

- Voilà, ils me rendent, comment dire, fou. Dans un affrontement tout à l'heure j'ai faillis blé-...

- Blesser Lillya, oui j'ai vu ça, coupa calmement Pandore, c'est normal. C'est normal car tu n'es pas encore habitué à eux, il faut réussir à les dominer, les contrôler, pour que ça ne soit pas eux qui fassent de toi ce qu'ils veulent.

Sörg resta un instant sans rien dire, perdu. Il reprit en fronçant les sourcils :

- Comment je peux faire ça ? Enfin je veux dire aussi, pourquoi ne pas me l'avoir dit avant ?

- Parce que c'est imprévisible, tu aurais très bien pu mourir après avoir été tatoué. Mais heureusement pour toi ce ne fut pas le cas, tu as été très fort.

Le guerrier se trouva encore plus stupide, il avait faillit y rester ? Et il ne l'avait même pas su ? Le coeur battant il bégaya :

- Pardon ? Mourir ? Tu... Mais...

- Je ne te l'ais pas dit non plus, expliqua elle naturellement, je sais. Mais je savais aussi que tu allais vivre, je l'ai sentis quand j'ai effleuré ton âme.

- Effleurer mon âme ? Mais qu'est-ce que tu m'as fais exactement ?! »

La question de Balder n'eut pas de réponse immédiate, Pandore ferma les yeux et inspira profondément. La sorcière semblait hésitante à parler. Elle se mordit la lèvre inférieure et rouvrit les paupière, son regard sombre fit frissonner Sörg. Lorsqu'elle ouvrit la bouche sa voix n'était pas comme d'habitude, elle était plus profonde, moins effacée, plus forte.

« - Je t'ais transformé en influençant la structure même de ton essence, c'est pour ça que cela aurait pu être mortel. Si tu « cicatrisais » mal, le mana qui imprègne toute chose vivante en aurait profité pour gorger ton âme, jusqu'à ce qu'elle sature et que tu meurs à cause de ça. Mais ça c'est bien passé. J'aurais dû te prévenir, c'est vrai, mais je ne l'ais pas fais. Tu aurais eu peur, ça m'aurait compliqué la tâche. Excuse... Excuse moi j'ai mal agis... Je... »

Des larmes perlèrent aux yeux de Pandore, elle étouffa un sanglot mais sa voix étranglée trahissait une intense tristesse. Balder était intrigué, il avait beaucoup de mal à cerner son interlocutrice. Il s'en voulut presque de lui avoir parlé. Il essaya de dire quelque chose mais aucun son ne sortit de sa bouche. La jeune femme souffla finalement :

« - Je regrette... S'il te plaît laisse moi, on en reparlera plus tard...

- D'accord... »

Sörg tourna les talons et s'éloigna, il entendit la porte se refermer derrière lui. D'un pas lent il rejoignit sa chambre, il entra sans rien dire, perdu dans ses pensées. Pourquoi l'étrange magicienne avait fondue en larme comme ça ? L'humain doutait qu'il en soit la seule cause... Mais il n'était pas plus avancé, car a présent il allait devoir se battre contre lui-même. Il leva les yeux, Lillya était nue, elle avait enlevée sa cotte de maille, un énorme bleu martyrisait sa chair au niveau de la hanche.

« - C'est moi qui ait fait ça ? demanda Balder, écarquillant les yeux.

- Oui c'est toi, mais ce n'est pas de ta faute... Comment ça s'est passé ?

- C'était bizarre, répondit Balder, elle m'a avouée que c'était bien les Tal-Sheigya les responsables de ma... folie. Et puis... Elle s'est mise à pleurer.

- Quoi ? Comment ça ? interrogea la jeune femme, impatiente. »

Sörg ne voulait pas exactement raconter ce qu'il s'était vraiment passé, et de toute façon il n'en savait rien au final ! Mais il voulait éviter que sa fiancée sache que Pandore aurait pu le tuer, cela ne ferait qu'aggraver les tensions du groupe. Puis tout s'était bien passé au final, alors autant oublier.

« - Je ne sais pas... mentit-il.

Le croyant Lillya répondit en plissant les yeux :

- C'est vrai qu'elle n'est pas classique cette fille... Bon, continua t-elle, je vais t'aider à enlever ton armure. »

_______________


Le repas si fit dans un silence total et pesant. Tout le monde se regardait en chien de faïence. Le Joker était retiré dans l'ombre, il était le seul à paraître alaise, comme souvent. Pandore avait les yeux rougis, comme si elle avait pleurée pendant des heures. Duncan ruminait et Val'Daran le fixait méchamment. Balder n'osait presque pas toucher son assiette, la tension était telle qu'elle lui nouait l'estomac, et ça commençait à l'agacer sévère. Il posa ses mains sur la table, jetant un regard circulaire à la petite assemblée. Il se racla la gorge et tenta d'entamer le dialogue :

« - Combien de temps vont mettre les seigneurs infernaux à réagir à ton avis, « Joker » ? »

Le tueur posa le verre qu'il tenait entre ses doigts, puis répondit posément :

- Quelques jours.

- Quelques jours ?

- Quelques jours.

- Bien... »

Sörg s'adossa à sa chaise, une autre question lui traversa l'esprit, il hésita à la poser. De toute façon l'ambiance était déjà suffisamment pourrie, ça ne changerait pas grand-chose, et il avait envie de savoir. Lentement il demanda à l'assassin :

« - Dis moi, Joker, c'est quoi ton vrai nom ? Car tu dois bien en avoir un. »

L'homme au large chapeau allait prendre un bout de viande du bout de sa fourchette, mais s'arrêta net dans son mouvement. Balder se tassa sur lui-même, il avait l'impression d'avoir fait la plus grosse erreur de sa vie. Toutes les têtes se tournèrent vers le si flegmatique tueur. Le silence se fit si écrasant que lorsqu'il parla cela surprit tout le monde.

« - Je crois que c'est une affaire qui ne te regarde pas, pas vrai ?

- Je pensais... Je pensais que tu en aurais marre que l'on t'appelle par ce pseudonyme.

- Tu penses mal, rétorqua froidement le Joker.

Avec un peu plus de détermination Sörg insista :

- En faite, j'aimerais savoir c'est tout, parce que ça m'énerve.

- Moi aussi, intervint Val'Daran avant que l'assassin n'est le temps de répliquer.

- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire de ne pas connaître mon nom ?

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire de ne pas le dire ? riposta immédiatement l'amazone. »

Un sourire mystérieux et glacial étira le visage à moitié masqué de l'ombre qu'était l'homme au manteau bordeaux. Tranquillement il poussa sa chaise en arrière puis se leva, suivit du regard par le reste du groupe. Avec morgue il se retira en lança une dernière phrase :

« - Pour ma part j'ai assez mangé. »

La déclaration laissa sans voix. D'ailleurs personne n'avait envie de contester... Le Joker parti l'atmosphère n'était pas plus détendue. Balder ne su trop quoi penser de la situation, il imaginait mal comment tout cela allait terminer. Il allait falloir qu'ils s'unissent pour avoir ne serait-ce qu'un mince espoir de vaincre le Seigneur de la Terreur dans son domaine, et pour l'instant le groupe avait rarement été aussi divisé. Duncan tira Sörg de ses réflexions, le vampire avait décidé de lever un peu sa mine sombre. La question qu'il posa sembla étrange compte tenu du contexte :

« - Pandore, quelle magie as-tu étudiée ? »

La magicienne paru surprise et ne répondit rien. Elle le fixa pendant un instant, le regard vague, paraissant totalement absorbée par quelque chose. Soudainement elle quitta sa transe et cligna des yeux plusieurs fois, d'une façon qui aurait été comique si le ton de la conversation n'avait pas été aussi grave. Avalant sa salive elle parla avec un air hésitant :

« - Aucune en particulier... Je ne suis pas spécialisée... »

Val'Daran s'était figée, la bouche ouverte. Elle regarda successivement Pandore et Sversson, puis se reprenant elle intervint avant que le vampire ne demande autre chose :

« - Pourquoi cette question ?

- Ce n'est pas à vous que je parle, que je sache, rétorqua t-il acide.

L'amazone répondit du tac au tac :

- Sauf que c'est à vous que je parle, moi.

- Je pense que votre « amie » n'est pas magicienne. »

La tirade tomba comme un couperet, l'ambiance se fit glaciale. La première concernée fronça les sourcils, le rouge lui monta aux joues, elle était à la fois blessée, gênée et énervé. Se redressant sur son siège Phénitia riposta à la place de sa compagne :

« - Qu'est-ce que vous insinuez ? Qu'elle est incompétente ? Vous avez vraiment un problème !

- Tsss voyons je n'ais pas dit ça, répliqua Duncan d'une voix condescendante, je dis juste qu'elle n'a aucune formation, n'est pas ? J'ai vu beaucoup de mage et aucun n'était comme elle ! Pas d'incantations, pas de formules ou de gestuelle, rien... Alors je pense que pour avoir un tel pouvoir elle n'est pas humaine...

- Taisez vous c'est n'importe quoi, cracha Val'Daran.

- On va peut-être se calmer ? essaya de modérer Balder.

Sversson ne l'écouta même pas et continua :

- Alors qu'est-ce qu'elle est ? Une démone ? Une céleste ? Un esprit ?

- CA SUFFIT ! cria l'amazone.

Le vampire ricana :

- Ca, ça veut dire que j'ai raison ! Et puis ton amie n'a pas dit un mot...

- Duncan tu pousses un peu là, coupa de nouveau Sörg en essayant de se faire entendre.

- Laisse moi l'humain ! J'ai encore le droit de parler avec qui je veux, contra sèchement le mort-vivant. »

La phrase avait été si violement prononcée que Balder en resta coi. Le ton était en train de monter entre Phénitia et Sversson. Maintenant ils s'hurlaient littéralement dessus devant les regards effarés de Pandore et Lillya. Les deux étaient de fortes têtes, et si le vampire avait un sacré orgueil Val'Daran le concurrençait de près ! Le sujet de la dispute était tombé dans les abîmes, il n'y avait plus qu'un échange d'insulte complètement stérile. Ils allaient en venir aux mains lorsque Sörg se leva d'un bond, aboyant le plus fort possible :

« - MAIS ARRETEZ BORDEL DE MERDE ! »

Le silence tomba d'un coup. C'était plus que reposant pour les oreilles. Balder pu profiter de la trêve pour enfin s'exprimer :

« - Bon vous n'avez pas l'impression d'êtres ridicules ? Vous vous engueulez comme des gamins là ! Déjà vous allez vous rasseoir et arrêter de vous lancer des regards meurtriers...

- Ne perds pas ta salive, j'ai mieux à faire ! lança Duncan avant de partir froidement.

- Je crois que ça vaut mieux... chuchota Lillya pour elle-même. »

Phénitia n'en rajouta pas, puis se tourna vers Pandore. La sorcière était terriblement gênée, elle n'arrivait plus à lever les yeux. Timidement sa petite voix s'éleva :

« - Je suis un monstre ? »

Val'Daran s'était jetée sur elle pour la serrer tendrement dans ses bras. Sörg fit signe à sa fiancée puis lui glissa discrètement :

« - Laissons les seules, je crois que ça vaut mieux... »

Les deux amants s'éclipsèrent sans rien dire de plus, un peu troublés par la situation, mais conscients que dans un sens, cela ne les regardait pas. Pandore était une véritable énigme pour Balder, de cette fille émanait une épaisse aura de mystère. La « conversation » de ce soir avait crée encore plus d'interrogations... Lorsqu'il eut monté l'escalier menant aux chambres, l'amazone prit le visage de sa compagne entre ses mains.

« - Ne l'écoute pas, il ne sait rien. Moi je sais ce que tu es et je t'aime.

Pandore avait les larmes aux yeux, cassée par les sanglots elle demanda :

- Tu ne le laisseras pas me faire du mal ? Pas comme les autres... Ceux qui m'ont fait ça...

- Jamais, assura Phénitia. »

Une heure plus tard les deux femmes montaient dans leur chambre, marchant sans un bruit dans le sombre couloir de l'étage. Les sens aiguisés de Val'Daran l'avertirent que quelque chose n'allait pas, l'air était comme glacé. Mais il n'y avait rien en vue. Le sang bourdonnant aux tempes elle s'apprêtait à invoquer sa hallebarde. Elle sursauta lorsque la voix sombre du Joker fendit la tension de la scène.

« - Pas trop fâchée avec notre ami vampire ? »

L'amazone fit volte-face et se retrouva presque nez à nez avec l'assassin, elle ne l'avait pas soupçonnée aussi près ! Pandore s'était retirée derrière Phénitia, plus rassurée ainsi. Même si le tueur était impressionnant dans les ténèbres, la guerrière ne se démonta pas pour autant.

« - En quoi cela vous regarde t-il ?

- J'ai l'impression que vous êtes les deux seules personnes sensées de cette... Expédition. Et comme je n'ai pas envie de moisir ici, il faut que je vous dise quelque chose. »

Val'Daran était vraiment intriguée par les propos du Joker... Si bien que même si elle n'aimait pas trop la présence du personnage elle ne fit rien d'autre que l'écouter.

« - Je vous conseille de surveiller étroitement Sversson.

- C'est tout ? demanda Phénitia en fronçant les sourcils.

- Ca vous sauvera la vie, rétorqua tranquillement le tueur.

- Et pourquoi ça ? »

Mais l'homme chapeau rouge était déjà parti, comme un courant d'air. Il avait tourné les talons et avait rejoint les ombres du couloir. L'amazone entendit juste un bruit de porte qui se ferme, puis plus rien. Cet aparté lui torturait l'esprit, deux questions principales s'entrechoquaient dans son crâne : Qu'avait voulu dire le Joker et pourquoi a-t-il dit ça... Le vampire comptait-il la tuer ? Il paraissait un peu déséquilibré mais de là à compromettre leur chance de quitter l'enfer il y'avait une marge ! Car si il s'en prenait à elle les tensions du groupe ne feraient qu'enfler et il n'y aurait plus aucune chance de réussir cette folle mission... L'amazone élimina l'idée d'une attaque directe et frontale, car elle doutait que Duncan est vraiment du temps à perdre avec elle. Mais elle pensa plutôt à l'envie démesurée de vengeance du vampire, peut-être envisageait-il autre chose quand à l'utilisation de l'essence de Diablo. Perdue dans ses réflexions elle entra dans sa chambre, suivie de près par Pandore. Tout en marchant la guerrière jeta par-dessus son épaule :

« - Tu en penses quoi de cette histoire ? »

La sorcière ne répondit pas tout de suite, s'arrêtant à côté de l'unique table de la pièce. Elle baissa la tête, son visage alors caché par ses cheveux auburn. Puis doucement elle regarda sa compagne.

« - Je n'aime pas cette situation... Nous sommes très proches de la réussite... Pourtant je me sens éloignée de ce but... Je ne sais pas ce que pense Duncan mais sa folie le ronge, il est consumé par sa vengeance. Il va devoir faire un choix : laisser cette histoire derrière lui et rejoindre Sanctuary ou s'enfermer dans les méandres de son esprit brisé.

- C'est vrai, tu as raison, approuva Val'Daran. »

Le silence tomba entre les deux jeunes femmes, leur visage baignant dans les ténèbres. Un temps indéterminé s'écoula puis ce fut Pandore qui cessa la trêve :

« - Je me demande à quoi ressemble Sanctuary maintenant, cela fait plus de mille ans que nous sommes ici. Nous ne connaissons plus personne là bas, le monde doit avoir radicalement changé... Aurons-nous une place... là haut ?

Phénitia fut étrangement déstabilisée par cette question, une myriades de souvenirs assaillants ses pensées :

- Je... Je ne sais pas.

- Cette idée me rend mélancolique, ajouta la magicienne en un murmure. »

Val'Daran s'approcha et se colla à la magicienne, l'enserrant entre ses bras. Elle l'embrassa tendrement, passant une de ses mains dans les cheveux de la frêle Pandore. L'amazone se détacha de la sorcière puis l'attira vers elle pour l'enlacer de nouveau, doucement elle fit tomber le manteau de son amante par terre. Jouant de ses muscles elle souleva sa belle, la jeune femme pesait une plume. Puis la porta jusqu'au lit, la déposant avec attention sur le matelas. Val'Daran déboucla son ceinturon, son pantalon de toile glissa le long de ses jambes nues. Phénitia s'allongea ensuite aux côtés de Pandore, tirant la couverture sur elles. La nuit fut douce et longue.

_______________


« - Elle a eut une réaction très intéressante à la dernière expérience. A chaque fois elle prend la température de son environnement, d'où une forte fatigue de son organisme.

- La puissance qu'elle déchaîne est pourtant très impressionnante, je n'ais jamais vu ça. Mais vous êtes en train de me dire qu'elle pourrait mourir d'un coup de chaud ou de froid ?

- Non je ne pense pas, le mana la préserverait, cela augmenterait l'effort à fournir pour lancer un sort. Mais si les tests sont menés à termes on pourrait en faire une arme incroyable !

- Je n'en doute pas une seconde, continuez et soyez efficace. Elle peut souffrir mais veillez à ce qu'aucun accident ne se produise, elle est bien trop utile.

- Faites moi confiance. »


Pandore se réveilla en sursaut, trempée de sueur. Son coeur cognait douloureusement dans sa poitrine, sa compagne s'était réveillée dès qu'elle avait entendu la respiration haletante de la magicienne. Val'Daran entendit quelqu'un frapper à la porte, instantanément elle tourna la tête, puis murmura à sa protégée :

« - Je reviens. Je t'aime. »

La guerrière se leva d'un bond, on tapa de nouveau. Agacée par un réveil aussi brutal elle enfila ses vêtements à la vitesse de l'éclair. D'une voix encore un peu enrouée elle lança à l'importun qui devait attendre sur le seuil :

« - C'est qui ?

- Balder. Les légions infernales écument la ville et les terres avoisinantes, l'heure est venue. Met ton armure et rejoins nous dans la chambre de Duncan, c'est plus sûr que la salle de la taverne.

- Très bien... »

Sörg s'éloigna dans le couloir, son plastron cliquetant à chaque pas. Il passa une main dans ses cheveux, repoussant les mèches qui étaient tombées devant son visage. Diablo avait vite réagit, mais ce n'était pas si étonnant que ça d'après le Joker. Tranquillement il se dirigea vers la pièce rendez-vous, Lillya surveillait l'entrée, adossée à l'encadrement de la porte. Ses yeux brillaient de vivacité, il était certain qu'elle ne laisserait approcher personne de suspect. Balder lui sourit en passant, puis aperçut Duncan à l'intérieur, debout face à une table, le Joker juste derrière lui.

« - Elles arrivent. »

Quelques minutes plus tard et en effet les deux femmes débarquaient. Phénitia avait revêtue son armure de plate argentée, suivit par Pandore dans une longue robe noire qui dissimulait ses fines courbes. Le vampire jeta dès qu'elles eurent passées le seuil :

« - Tout le monde est enfin là... On va pouvoir commencer.

- Commencer quoi ? demanda l'amazone en s'arrêtant face à la table.

- A établir un plan pour tuer Diablo. Notre ami le Joker m'a fournit de précieux renseignements sur les fortifications et la géographie du Palais de la souffrance.

- Comment il sait tout ça ton « pote » ? coupa Balder d'un ton méfiant.

L'assassin répliqua presque immédiatement :

- Je sais bien plus de chose que ce que tu pourrais apprendre en une dizaine de vie.

- Ouais... Trop cool mais ça répond pas à ma quest-...

- Bon vous n'allez pas vous engueulez dès maintenant, n'est-ce pas ? »

Le quasi ordre de Lillya fit taire les deux belligérants. Croisant les bras Duncan entreprit de continuer là ou il en était :

« - Bref j'ai rapidement conclu qu'il était impossible de se téléporter directement là bas, le Seigneur de la Terreur a trop bien protégé son sanctuaire contre ce genre d'incursions. Il faudra s'amener à l'extérieur et franchir la première enceinte, qui est en fait une double muraille haute de plusieurs centaines de mètres.

- Ca se fait comment ça ? intervint de nouveau Sörg.

- Si tu me laisses parler je pourrais l'expliquer...

- Fais toi plaisir...

- On pourra l'escalader avec un sortilège adapté que j'ai passé la nuit à préparer, le tout sera de ne pas se faire repérer par les sentinelles et finir cribler de carreaux ou de sorts. Pour ça il faudrait que... Pandore, la « magicienne », nous rende invisible et plus ou moins indétectable.

- C'est possible, répondit Phénitia à la place de son amante.

Sversson haussa lentement la tête et reprit :

- Très bien... Il faudra ensuite franchir l'espace qui sépare les murs de la forteresse même, à découvert, ça ne devrait pas être trop difficile. Ensuite nous ouvrirons une brèche dans l'un des murs du palais car passer par la porte principale est impensable. A l'intérieur il faudra se frayer un passage jusqu'au sanctuaire de Diablo, c'est probablement la partie la plus difficile... Il n'y aura pas vraiment d'autre solution que le combat. Si nous arrivons vivant jusqu'au Seigneur de la Terreur l'affrontement qui s'en suivra risquera d'être fatal pour certain, personne n'est maître du Destin.

- Tu es en train de douter de qui là, exactement ? ne pu s'empêcher d'interroger Balder.

- Qu'est-ce que tu es agaçant, humain ! Ce que je veux dire c'est que si il y'en a qui ne se sente pas de mourir qu'ils le disent maintenant et pas en plein action !

- Je ne crois pas que quelqu'un veuille rester en enfer, rétorqua le guerrier sur la défensive.

Lillya soupira et lança par-dessus la mêlée :

- Pandore, envois nous là bas avant que ces deux là ne s'étripent... »

La sorcière acquiesça et commença à se concentrer. Duncan et Balder se turent presque instantanément, se contentant de se jeter mutuellement des regards noirs. Il fallait espérer que le groupe tienne jusqu'au coeur des enfers sinon il risquait simplement d'avoir fait tout ce chemin pour rien. Sörg essaya d'oublier son animosité envers Sversson qui était après tout un vieil ami... Ca semblait si lointain à présent... Il soupira et décida plutôt de penser à autre chose.

C'est à cet instant-ci que le jeune guerrier couvert de tatouage réalisa qu'il allait peut-être laisser sa peau dans les heures à venir, cette idée le fit frissonner.
Les fortifications du Palais de la Souffrance étaient tout bonnement impressionnantes. Une attaque frontale s'écraserait contre ces remparts massifs et indestructibles. Les murs étaient couverts de meurtrières et de pointes, les créneaux étaient étroits et décorés de gargouilles infernales alors que des dizaines de tours effilées ponctuaient l'inébranlable muraille. A certains endroits des plateformes portaient d'immenses armes de sièges, catapultes ou balistes, elles étaient de véritables chefs-d'oeuvre. Aucun soleil ne brillait au dessus de la place forte, il n'y avait qu'une lueur rougeâtre venue de nulle part qui nimbait de façon inquiétante la roche de l'Erèbe. Parmi les ombres du désert le vent chaud portait une équipe aussi silencieuse que la mort. Parfaitement invisibles ils progressaient très rapidement, leurs pas s'enfonçant que légèrement dans le sable. Pandore avait parfaitement réussit son sortilège et y avait même rajoutée une nuance : Elle avait décuplée la vitesse de mouvement de ses compagnons. Duncan avait presque honte de se dire magicien face à un enchantement combiné aussi puissant... Le pire était que la sorcière ne semblait même pas souffrir d'une telle dépense d'énergie, comme si son mana se renouvelait plus vite que ce qu'elle ne le dépensait !

Balder fut le premier à arriver au pied du colossal mur. Prenant de l'élan il se jeta littéralement contre la paroi, mains en avant. Au lieu de s'éclater lamentablement contre la pierre ses doigts adhérèrent magiquement au rempart. S'appuyant avec ses pieds il commença à escalader la surface noire. Même avec son armure de plaque il arriva à se hisser sans peine mètres après mètres. Il fallait dire que le poids avantageux de la pyranite l'aidait bien... Ses camarades firent de même, tels des araignées ils grimpèrent sans un bruit.

Face à la roche, l'air brûlant dans les poumons, ils étaient prêts à en découdre.

Faisant preuve d'une hargne et d'une impatience commune aux derniers jours, Duncan fut le premier à atteindre les créneaux. Il roula de l'autre côté, repoussa les pans de son manteau noir et dégaina sa lame d'os. Toujours invisible il regarda autour de lui, une ronde venait déjà vers le groupe. Il s'agissait d'à peine une quinzaine de démons.

Quelques secondes plus tard Balder posait lui aussi un pied sur le chemin de garde, suivit de près par Lillya et Phénitia. Elles aussi avaient remarquées la petite troupe de soldats infernaux. Si le monstre de base ne pouvait pas les voir un magicien pouvait faire parti de l'escouade, et aucun risque n'était à courir. Sans hésiter Sversson se mit à courir, se déplaçant à la vitesse d'un courant d'air grâce au sort de Pandore. Son arme eut juste le temps de sentir le sang sur son fil qu'un démon était déjà mort, éventré. Les autres ne comprirent même pas tout de suite ce qui se passait... Il fallu que le vampire fende le crâne d'un déchu casqué pour qu'ils s'organisent un tant soit peu, tentant de refouler la panique. Mais à cet instant là il était déjà trop tard... Balder était sur eux, ses deux épées au clair, tranchant une tête et transperçant un torse comme du beurre. Il était vraiment facile de s'en prendre à des adversaires qui ne pouvaient riposter ! Un monstre voulu souffler dans un cor pour sonner l'alerte, mais l'hallebarde de Val'Daran venait soudainement de se planter en travers de sa gorge, déchiquetant sa chair et sectionnant ses vertèbres. La créature s'écroula par terre, roulant dans les jambes d'un de ses camarades qui trébucha lui aussi. Il n'eut pas le loisir de se relever car Duncan l'avait cloué au sol, enfonçant sa lame dans la cervelle de l'infernal, pour l'empêcher de crier. Pour limiter les piaillements Pandore avait invoquée une bulle de silence, dans un périmètre d'une dizaine de mètres autour des protagonistes tous les bruits étaient parfaitement étouffés. Tentant de se battre contre le vide les gardes n'eurent aucun efficacité, le déluge de coups qu'ils reçurent en échange les calmèrent en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Achevant le dernier soldat Lillya chuchota à ses compagnons :

« - Il ne vaudrait mieux pas laisser des cadavres ici, non ?

- Oui, répondit Sversson en balançant un corps par-dessus les remparts.

- Bonne solution... »

Rapidement l'équipe se débarrassa des pauvres victimes. Lorsqu'il n'eut plus que du sang sur la pierre rouge la coterie se tourna vers l'intérieur de la forteresse. A présent il fallait descendre. Ce fut sans perdre une seconde que les assaillants enjambèrent le parapet pour s'accrocher au mur et entamer une nouvelle escalade, mais à l'envers... La chose était plus compliquée mais ce fut avec habileté qu'ils rejoignirent la terre ferme, sans vraiment rencontrer de problème majeur. En bas ils croiseraient peut-être d'autres patrouilles, mais ils étaient toujours invisibles et auraient l'avantage. Il y'avait une bonne centaine de mètres à parcourir avant d'atteindre le Palais et il n'y avait que du sable chaud entre eux et l'objectif. Ils coururent, leurs épées prêtes à frapper. Il n'y avait pas de démon à l'horizon pour l'instant, c'était presque trop facile.

Pandore se préparait mentalement au sortilège complexe qu'elle allait devoir employer pour former une brèche. Duncan n'avait pas le pouvoir nécessaire pour quelque chose d'une aussi grande envergure. Détruire le mur avec de l'énergie brute ne serait pas très discret et la mission risquait d'être compromise, le mieux était de le rentre intangible. Hélas cette manoeuvre là était beaucoup plus difficile. La sorcière arriva la dernière face à l'obstacle, il fallait qu'elle réussisse. Ici elle se sentait oppressée par la puanteur du mana infernal, il imprégnait chaque parcelle de roche de la forteresse. La jeune femme le ressentait, c'était étouffant, à vomir. Il était si noir qu'elle n'osait même pas s'en servir ! Mais il n'y avait qu'un seul choix possible. Fermant les yeux Pandore se focalisa sur la structure de la paroi en face d'elle. Evidemment il ne s'agissait pas de simple brique, de nombreux enchantements étaient entrelacés dans la pierre, rendant le travail de sape extrêmement ardu. La toile des maléfices de Diablo se dessina clairement dans l'esprit de la jeune femme, il suffisait de les prendre comme il le fallait et ils s'évaporeraient, s'effilocheraient. Réceptif à ce genre de chose Pandore commença simplement à absorber le mana qui formait les protections. Chaque filament se tendit, s'étira, attiré par l'attraction incroyable qu'exerçait la magicienne devenue une véritable abîme pour l'énergie magique. Les runes aussi puissantes soient-elles se retrouvèrent privées de leur substance même et se désagrégèrent petit à petit. Pandore se concentrait juste pour ne pas exploser sous l'afflux de mana infernal, elle devait l'évacuer et le canaliser sous la forme du sortilège qui permettra ensuite de franchir le mur. Ironiquement elle se servait de ce qui avait formé les protections pour mieux les passer... Une capacité dont elle seule était capable. Ce fut en moins de cinq minutes qu'elle eut terminée. Sversson fut de nouveau étonné et se demanda comment la mystérieuse sorcière avait procédée pour aller aussi vite. Balder, lui, ne se posa pas de question et entreprit de poser sa main sur la paroi de pierre, passant littéralement au travers ! Il ne sentit que du vide, comme si ce qui était en face de lui n'était qu'une illusion. Souriant de la chose il fit un pas et se retrouva à moitié « dans » l'épaisse cloison. Il secoua la tête et s'avança dans le couloir, il devait être le premier mortel vivant à entrer dans le Palais de la Souffrance. Ses compagnons le suivirent et lorsqu'ils furent tous passés Pandore solidifia de nouveau le mur.

Inspirant profondément Sörg parcouru prudemment le corridor. L'endroit était sombre, éclairé par quelques torches magiques. Il n'y avait pas autre ornement que des crânes sculptés le long des voûtes.

« - Sympa la déco, marmonna le guerrier. »

L'invisibilité et la rapidité procurées par Pandore s'étaient dissipées. C'était à prévoir car ce genre de sortilèges, tout comme la téléportation, étaient inhibés par la présence même du Seigneur de la Terreur. Ne perdant pas pour autant courage le groupe entreprit de trouver leur cible, logiquement située dans son sanctuaire. Leur guide fut le Joker, qui semblait connaître les lieux à la perfection... Cela ne rassurait pas vraiment Balder qui avait la mauvaise impression d'être emmené à l'abattoir. Fermant la marche l'humain était aussi vigilant que possible.

L'assassin ouvrit une lourde porte à double battant devant eux. Le bois était ébène, gravé de visages grimaçants qui paraissaient étrangement vivants. Leurs regards torturés semblaient suivre chaque mouvement des personnes qui franchissait le seuil de ce passage. Frissonnant, Sörg pénétra alors dans une très grande salle. Le plafond était haut et indiscernable à cause des ténèbres, il n'y avait qu'un énorme brasero au centre de l'inquiétante pièce. Taillé dans l'acier il était formé de pointes tranchantes, sa base étant un tas de cadavres cristallisés dans la cendre. A part ça l'endroit était vide, tout du moins en apparence. Brisant le silence le Joker osa murmurer :

« - C'est un corps de garde, préparez vous. »

En effet à y regarder de plus près les ombres ne semblaient pas aussi calmes qu'il le faudrait. Une certaine agitation se mit soudainement à régner sur les lieux. A travers la pénombre Balder discerna une forme colossale. C'était humanoïde, avec de grands yeux rouges et tenant ce qui ressemblait à une épée d'acier. La créature déclara d'une voix froide :

« - Brillante déduction, mortels. Je ne sais comment vous êtes arrivés ici mais vous ne ressortirez pas vivants, Diablo ne tolère pas les intrus. Lâchez vos armes ça ira plus vite, la résistance ne vous imposera que plus de souffrance...

- Ferme-là espèce d'abruti... J'ai vu pire que ça, grogna Sörg agacé.

- Pour une fois je suis d'accord avec toi, ajouta Duncan. »

Le démon grimaça et s'avança à la lumière du brasero. Malheureusement il n'était pas seul, derrière lui se dessinait une petit horde d'infernaux tous plus hideux les uns que les autres, armés jusqu'aux dents. La coterie se mit en pointe de flèche, Sversson devant, Balder et Lillya sur ses côtés, puis le Joker et Phénitia avec Pandore à l'arrière. Les piaillements des monstres s'intensifièrent, ils avaient soif de sang. L'un d'eux bondit hors des ténèbres. Il ressemblait à un minotaure géant avec un énorme plastron et une hache dans chaque main, garde haute il s'élança à toute vitesse sur Duncan. Le vampire se baissa et le cueillit au genou, lardant l'articulation d'un estoc particulièrement vicieux et douloureux. L'épée d'os fendit la rotule du démon, sectionnant les tendons et les muscles, puis ressortant elle fit gicler une gerbe vermeille dans les airs. Mugissant la créature s'étala de toute sa masse, cassée dans sa charge. Le nécromancien acheva son travail en plantant sa lame dans la boîte crânienne de son adversaire. Cloué au sol il mourut sans un râle, la cervelle empalée.

« - Il va falloir faire mieux que ça, pauvre démon minable... Je dirais même : pathétique. »

La raillerie de Sversson mit les infernaux hors d'eux, ils se jetèrent presque simultanément dans la mêlée. Le flot grimaçant avait même un semblant d'organisation et de cohérence. Balder frappa son premier assaillant sous deux angles différents. Le monstre, déstabilisé, para l'attaque que d'un côté, terminant avec de l'acier froid en travers du ventre. Il se figea puis glissa en arrière, laissant un fluide jaunâtre sur l'épée du guerrier. La place fut presque instantanément prise par un autre... Hurlant de rage il maniait une impressionnante vouge tachée de sang ! Il chargea Sörg, déterminé à voir l'humain taillé en pièces. Mais ce fut sans compter le Joker légèrement en retrait qui stoppa net l'infernal d'un couteau lancé dans l'oeil. L'attaquant se mit à beugler et trébucha, se tuant lamentablement contre une des épées de Sörg.

Lillya et Val'Daran, comme d'habitude, combattaient à deux, formant un tourbillon de lame difficile à franchir. L'hallebarde de Phénitia déchira la chair d'un démon de sa pointe, arrachant une partie des plaques de son armure. Il n'eut même pas le loisir de crier car l'amazone l'eut achevé la seconde d'après, lui plantant son hast dans le coeur. Le monstre bava et saigna avant de s'écrouler au pied de ses camarades. Lillya esquiva un adversaire, puis se rétablit pour en parer un autre venant sur sa droite, sa riposte ne se fit pas attendre et son épée effilée trompa la garde ennemie pour finalement lui entailler le visage. Aveuglé par son propre sang le démon tenta de reculer mais Val'Daran lui fit un croc-en-jambe avec la hampe de son arme. L'infernal tomba lourdement sur un de ses frères, l'emportant au sol avec sa masse. La confusion ne fit que créer encore plus d'ouvertures aux deux jeunes femmes qui s'empressèrent de contre-attaquer, réalisant un véritable massacre ! Leur acier fendit les crânes et trancha les gorges sans l'ombre d'une hésitation, les râles des démons noyés par l'effrayant visage de la mort. Pandore ajouta son grain de sel et avait incanté un sortilège particulièrement mortel... Lorsqu'elle libéra son mana il fila vers les premières lignes démoniaques puis engloba les créatures d'un halo grisâtre. D'abord il paru ne rien se passer, mais petit à petit les victimes du sort ralentissaient, elles avaient du mal à bouger, complètement engourdies, vulnérables. Elles essayaient de s'agiter, de bouger, mais rien n'y faisait. Le second rang les bouscula, les envoyant par terre, certain se tuèrent avec leur propre arme, d'autre se fracassèrent contre la pierre, entraînés par le poids de leur cuirasse, incapable de se rattraper. Les « mortels » en profitèrent, ils balayèrent littéralement ce qui restait des gardes de tête, repoussant les cadavres mutilés sur ceux encore vivants.

Duncan jubila en voyant la débâcle de ces monstres putrides et immondes, une fois de plus il allait pouvoir assouvir sa soif de vengeance qui n'était jamais rassasiée. Sa lame nécromentique perfora le dos d'un démon qui tentait de fuir, il s'effondra sans jamais savoir qui l'avait tué. Le vampire enchaîna en contrant l'assaut maladroit mais puissant d'un infernal particulièrement grand et moche, c'était une espèce de tas de chair recousu qui ne ressemblait plus à rien. Avec ses trois yeux et ses deux bouches l'atrocité arborait un air particulièrement haineux, ses quatre bras tenant une seule et même épée dentelée qui devait faire la taille de Sversson. Elle frappa de nouveau, d'un revers qui aurait renversé n'importe quel humain. Sauf que Duncan était tout sauf humain... Il bloqua l'attaque, contractant ses muscles sur le manche de son arme, le choc le fit frémir mais sa hargne encaissa. Il repoussa la lame du démon et incanta d'une main. Le mana nécromentique prit la forme d'un cône d'os blanc immaculé qui fila droit sur l'horreur déformée. Sans qu'elle puisse esquiver le sort lui explosa la cage thoracique, éclatant les côtes et liquéfiant les organes, divers fluides giclèrent et éclaboussèrent le vampire.

Les vagues de démons ralentirent, ils étaient de moins en moins nombreux. Balder coupa une tête qui s'envola pour retomber aux pieds du chef des infernaux, resté impassible pendant tout l'affrontement. Le guerrier para ensuite une attaque en croisant ses épées, le Joker enfonça une de ses haches dans le crâne de l'assaillant, une coulée de cervelle s'échappa de l'énorme plaie causée par la large lame. La créature tomba à genou puis s'étala au sol. Il n'eut aucun survivant du côté des monstres, bientôt tous éparpillés aux quatre coins de la pièce... Seul le diable qui avait commandé tout ça se tenait encore là, visiblement assez peu intimidé.

« - On doit vraiment tout faire soit même... C'est bien la peine de perdre du temps à former ces incapables...

- Si un débile entraîne des incapables il est sûr que ça ne risque pas de faire des merveilles, fouetta Phénitia.

- Fanfaronne tant que tu le peux encore pauvre petite inconsciente... »

A la lueur du brasero le démon était assez inquiétant. Le reflet des flammes dansait au fond de ses yeux noirs anthracite. Il leva lentement son épée, elle était courbe et crantée, son fil paraissait particulièrement acéré. Quelques runes étaient gravées sur la lame alors que la garde était un entrelacs de serpents d'acier. Presque statufié le monstre s'anima soudainement, flottant au ras du sol, sans prendre le besoin d'utiliser ses jambes. Il chargea Duncan de façon si violente que le vampire fut renversé par un puissant coup de taille. Roulant au milieu des cadavres Sversson enragea de s'être fait avoir aussi facilement. Balder et Phénitia attaquèrent à l'unisson, mais le diable s'envola de plusieurs mètres, les esquivant sans peine et disparaissant dans les ténèbres de la salle. Le silence retomba, Sörg sentit un courant d'air glacé sur sa nuque, puis un violent choc dans le dos. L'épée du démon venait de se fracasser contre l'armure de pyranite noire. Projeté au sol avec force l'humain pouvait s'estimer heureux d'avoir une aussi bonne cuirasse ! Sa tête cogna contre la pierre et il vit trente-six chandelles tandis que Val'Daran lui sauvait la vie en parant un estoc mortel à sa place.

« - Pas si vite l'infernal ! »

Elle enchaîna en donnant un revers avec sa hampe, habilement évité par le démon qui se pencha en arrière à la vitesse de l'éclair. Du coin de l'oeil il vit arriver Lillya, il tendit un bras vers elle et incanta un unique mot de pouvoir qui claqua comme un coup de tonnerre, une langue de flamme fila fouetter la jeune femme, frappée en plein poitrine elle cria de douleur, le feu lui léchant la peau même au travers de sa côte de maille. Elle tomba à genou, gravement brûlée, sa peau fondait au niveau de son abdomen, les larmes lui montèrent aux yeux. Hoquetant elle tenait toujours fermement son épée et essaya de se relever, Pandore s'approcha d'elle, les mains auréolées de magie.

Balder l'avait mauvaise... Non seulement son ennemi l'avait battu à plat de couture et en plus il venait de s'en prendre à Lillya ! Le guerrier sentit une rage incroyable affluer dans ses veines, il serra les poings et se remit debout. Il jeta un regard emplit de haine au diable en prise avec Phénitia et Duncan. Sörg murmura d'une voix hargneuse :

« - Sale petite merde tu ne sais même pas ce qui va t'arriver ! »

Ses yeux flamboyèrent de colère et il se jeta dans la mêlée, hurlant comme un damné. Réalisant un bond de tigre il atterrit quasiment face au démon qui venait de nouveau de repousser ses adversaires. Sans préambule il déchaîna un déluge de coups tous de plus en plus rapides et violents, le commandant infernal stoppa chaque attaque avec un flegme incroyable, chacun de ses gestes étaient parfaitement calculés, et même si Sörg avait deux épées, il n'arrivait pas à aller aussi vite. Le fracas aigu des lames magiques qui s'entrechoquaient et les cris de Balder emplirent la salle, le démon était presque impressionné par une telle rage ! Mais cassant sa succession de parades le diable recula soudainement en arrière, prenant de la distance, puis incanta d'une voix grave. Le temps que Sörg revienne à la charge et il se retrouva face à un bouclier d'énergie impénétrable qui brisait tous ses assauts !

« - La mort va venir vous chercher, mortels... »

La phrase se perdit au milieu des injures de Balder, à bout de nerfs. Mais si le monstre contrôlait parfaitement la situation il avait oublié un protagoniste : Le Joker. Comme à son habitude l'assassin s'était fait extrêmement discret, et à présent il était juste derrière le commandant, ses deux magnifiques haches en main. Un sourire carnassier égaya le visage sombre du tueur, il sauta en l'air, son manteau claqua et ses armes retombèrent en une attaque conjointe sur le crâne du démon. La protection magique éclata en filaments de mana, mais son possesseur fut sauvé. Le démon se retourna, se retrouvant devant un combattant bien atypique. Les haches entamèrent un impressionnant et gracieux balais, bien plus coordonné et véloce que celui de Balder. Cette fois-ce le diable eut du mal à tout arrêter et des coups se perdirent sur son plastron, entament sa chair à différent endroit. Grognant il décida d'esquiver plutôt que parer, tentant de trouver une ouverture. Duncan, Sörg et Phénitia n'étaient pas vraiment de cet avis et étaient de retour. Face à autant de détermination l'infernal commença à douter de ses capacités, il remarqua même que l'humaine qu'il avait carbonisée s'était elle aussi remise, soignée par une sorcière aux pouvoirs curatifs visiblement puissants. Il recula, se retrouvant bientôt dos à un mur.

« - Alors la mort viens chercher qui ? ne pu s'empêcher de ricaner Balder.

- Vous m'aurez peut-être mais je ne suis pas seul, d'autre vous tuerons...

- Tant mieux parce que si Diablo n'avait que ça en réserve j'aurais été déçu ! »

Puisant dans son immense force le démon donna tout son honneur de combattant, contre-attaquant avec une ardeur redoublée. Même si ses coups étaient nombreux et puissants la coterie s'était organisée en un mur de lames difficile à franchir, il aurait fallut recourir à la magie mais pour cela le monstre devait baisser sa garde, chose fatale dans une situation pareille. Il tressaillit lorsque l'hallebarde de Phénitia le trompa et perça sa cuisse, lui arrachant une gerbe de sang et vrillant ses nerfs. Il para l'épée de Duncan mais reçu une hache du Joker dans son épaule découverte, il faillit lâcher son arme tant l'entaille fut profonde, manquant de lui sectionner le bras. Balder frappa alors avec sa rage dévastatrice, le monstre esquiva un premier assaut d'une façon parfaitement maladroite, ce qui lui valut la récolte d'une plaie à l'abdomen par Sversson, il termina finalement avec une des épées de Sörg en travers de la poitrine. Un filet de sang coula depuis sa bouche, toute fierté avait désertée son visage auparavant supérieur. Ses ennemis s'acharnèrent alors sur lui, l'acier le tailladant littéralement en morceaux de chair sanguinolent. Le spectacle était si violent que Lillya s'arrêta net lorsqu'elle allait rejoindre ses camarades, il était vraiment difficile de supporter une telle vue. Ils étaient tous couverts de sang, leur colère retomba petit à petit, et les faces haineuses se calmèrent.

Balder se tourna vers sa fiancée, et aperçu son air presque effrayée par la sauvagerie dont ils avaient fait preuve. Il s'approcha d'elle, rangeant ses armes. Il voulu la toucher mais se ravisa, réalisant qu'il avait du sang jusqu'au coude.

« - C'était pas joli... Mais après ce qu'il t'a fait il avait bien mérité ce pourri !

- Oui sûrement...

- T'es sûre que ça va aller ? demanda Sörg avec une certaine inquiétude.

- Oui oui bien sûr... C'est juste que je ne crois pas être totalement habituée à ce genre de massacre, je suis danseuse à la base... Comment on a pu en arriver là ?

- Je ne sais pas et je ne préfère pas y penser ! Allons viens mon coeur...

Lillya ne pu s'empêcher de répondre d'une voix étonnée :

- Ca fait si longtemps que tu ne m'avais plus appelée comme ça.

- Je me rattrape, j'ai un peu peur que ça soit la dernière... »

La tirade de Balder fit frissonner la jeune femme, elle savait qu'aujourd'hui ils risquaient tous leur vie sur un coup de dé, et ce n'était pas vraiment rassurant.

Le groupe se remit en marche, laissant derrière lui des monceaux de cadavres déchiquetés. Le Joker les guida de nouveau dans un véritable dédale de couloirs, si il n'avait pas été là la coterie aurait perdue un temps très précieux ! Ils croisèrent encore des gardes, mais par petites escouades ils étaient relativement faciles à tuer, surtout qu'ils ne s'attendaient vraiment pas à voir des mortels infiltrés ici. A chaque fois l'effet de surprise empêcher les démons de donner l'alarme, ce qui aurait mit la mission en péril.

Ils tombèrent sur des salles magnifiques, décorées par des milliers de statues ou de gravures, d'autres remplies d'armes et d'équipements de guerre ou encore d'autres servant au commandement ou à l'archive d'ouvrages magiques. Le Palais de la Souffrance était véritablement immense. Le Joker les arrêta au bout d'un couloir, devant une immense porte faite pierre noire, sans aucune poignée. Il se tourna vers ses « compagnons », les observant pendant un instant de son regard si troublant et glacial, puis expliqua d'un ton sombre :

« - Là derrière se trouve un unique corridor, dans celui-ci il y'a la garde personnelle de Diablo, puis ensuite un accès similaire à celui-là. Ensuite... Ensuite il y'a le sanctuaire du Seigneur de la Terreur, c'est de là qu'il surveille et commande le reste des enfers. Pandore doit sentir d'ici son pouvoir immense... »

La magicienne hocha silencieusement la tête, sachant qu'à quelques mètres seulement se trouvait sa liberté ou sa mort. Balder inspira puis expira profondément. Phénitia sera la hampe de sa hallebarde, puis demanda ce que tout le monde n'osait demander :

« - Et au fait, qui sont exactement les gardiens ?

Le Joker tourna lentement la tête vers l'amazone, sa voix se fit encore plus ténébreuse et inquiétante que d'habitude :

- Il s'agit des Chevaliers de la Souffrance, des Anti-Paladins damnés pour les millions d'horreurs qu'ils ont commis, les seules créatures qui louent leur servitude éternelle pour pouvoir verser toujours plus de sang.

- Ravissant, marmonna Sörg tremblant de tension.

- Bon et bien allons-y, termina Duncan. »

Acquiesçant en silence le Joker se tourna vers la porte de pierre, puis murmura une parole inaudible même pour l'oreille aiguisée de Val'Daran. La seconde d'après la roche se mit à vibrer et les battants commencèrent à lentement s'ouvrir d'eux même, le bruit de raclement des rocs colossaux faisait un véritable vacarme. Une fois le passage totalement ouvert la compagnie pu contempler un couloir incroyablement large et haut. Ils s'engagèrent, prenant leur courage à deux mains. Sur chaque parcelle de mur était gravé des fresques en honneur des exploits de Diablo, ses innombrables massacres immortalisés d'une façon presque obscène de détails morbides.

- Alors ça... souffla Balder la bouche ouverte. »

Le silence était total, on n'entendait même pas les respirations saccadées des intrus. Un lourd bruit de pas métallique brisa ce calme oppressant. Sursautant la coterie se mit à avancer en demi cercle. Pandore invoqua un globe de lumière car les torches qui éclairaient les horribles peintures ne servaient à rien d'autre, le reste de la salle étant complètement plongé dans les ténèbres. Les jeux d'ombres créés par cette nouvelle illumination jouaient des tours aux esprits stressés des intrépides combattants. Ils avancèrent petit à petit dans un silence de mort.

Un nouveau pas se fit entendre.

Le groupe s'arrêta.

Ils regardèrent partout autour d'eux, mais rien n'était en vue. L'obscurité était si épaisse qu'elle paraissait danser et tourbillonner au dessus de leur tête, comme autant d'esprits dangereux et invisibles. La compagnie se mit en cercle, lames pointées et sorts prêts à êtres lancés. Pourtant il n'y avait toujours rien. Soudainement un puissant raclement de pierre bourdonna dans les oreilles des humains, la porte se refermait d'elle-même ! La panique s'empara pendant un instant du groupe, mais ils savaient qu'ils ne devaient pas céder, sinon ils termineraient en pièces. Pour se rassurer ils se resserrèrent contre leur globe de lumière, car ils venaient de perdre l'éclairage venu de l'extérieur. Un sourd claquement plus tard et il n'y avait plus d'échappatoire.

De la sueur trempait le visage de Balder, pourtant son corps était gelé. Lorsqu'un étrangement grognement atteint ses oreilles son estomac se noua, jamais il n'avait eut aussi peur de sa vie. Ses mains étaient moites, il avait envie de prendre ses jambes à son cou pour partir n'importe ou, mais il n'y avait nulle part ou aller. Ses compagnons n'étaient pas dans un meilleur état, seul le Joker était impassible, car même Duncan semblait frissonner, se demandant si sa vengeance ne s'arrêterait pas ici dans quelques secondes.

Ce qui ressemblait aux pleurs d'un bébé retentit soudainement dans la pièce, Sörg cligna des yeux, croyant qu'il était prit d'une hallucination. Mais c'était bien vrai, et épouvantablement terrifiant ! Des grondements suivirent, plus bestiaux, un nouveau pas métallique se fit, plus proche. Un autre arriva, mais pas dans la même direction, il en eut bientôt une succession. Ils étaient lents mais toujours plus près et jamais venant du même endroit. Balder cru voir quelque chose scintiller dans les ténèbres, comme un reflet sur de l'acier au clair, à moins que cela ne soit un oeil ou rien ! L'adrénaline faisait durement cogner son coeur, ses tempes étaient bourdonnantes, mais dans quelle horreur s'était-il mit ?

La voix d'une enfant sembla l'appeler, venant du plus profond de la pénombre, elle murmurait clairement son nom. Le guerrier fronça les sourcils, manquant de faire un pas en avant, étrangement attiré. Il ne pu s'empêcher de lâcher à ses camarades :

« - Vous avez entendus ? On m'appelle !

- Non... Je crois plutôt que c'est la tension, modéra Phénitia. »

La voix se fit plus insistante, elle se transforma et devint celle de Lillya, elle lui criait au secourt. Il faillit briser la formation pour aller voir, mais s'arrêta, jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule pour vérifier que sa fiancée était toujours là, ce qui était le cas. Lorsqu'il ramena son regard devant lui il se retrouva nez à nez avec la créature la plus effrayante qu'il n'eut jamais croisé ! Elle était humanoïde, faisait la même taille que lui et portait le harnois le plus complet qui pouvait exister, aucune parcelle de son corps n'était pas recouverte par une plaque d'acier. L'armure en elle-même était couverte de pointes imbibées de sang qui paraissait couler par les interstices du plastron, comme si le porteur saignait en permanence. Des runes noires s'entrelaçaient sur chaque centimètre de protection, dessinant des visages déformés de douleur et grimaçant un tourment sans nom et sans fin. Dans sa main droite le monstre tenait une large et massive bâtarde qui ondulait comme un serpent, elle paraissait suinter d'un liquide graisseux, voir vivant. Mais le pire était le visage de la créature, sa tête n'était autre qu'un casque dont la face était poli pareille à un miroir, montrant la figure sans âme d'une petite fille qui n'avait pas d'yeux.

A cette vue Balder hurla de terreur.

Son premier réflexe fut de matraquer le coup le plus puissant qu'il pu, mais son attaque ne rencontra que la lame adverse, qui para sans broncher. La gamine eut un sourire glacial. Un combat inégal s'engagea, encore mal remit de ses émotions Sörg n'arrivait pas à enchaîner deux frappes correctes, son adversaire jouait avec lui et l'attirait petit à petit loin du cercle ou ses amis étaient aux prises avec d'autres chevaliers. Puis soudainement la créature passa à l'offensive lardant Balder d'assauts d'une mortelle précision. L'humain ne réussit à éviter aucune attaque, chaque impact fit trembler son armure pour finalement l'envoyer violement à terre. Il se rattrapa comme il pu mais son corps était brisé par les chocs. Il sentit la présence froide du monstre, il sentit que si il ne bougeait pas il serait mort dans une seconde.

Lillya se battait contre une chose qu'elle n'aurait jamais cru capable d'exister ! Son ennemi était un amas de crânes grimaçants qui avait prit forme humaine. Il n'avait pas de vraies jambes ou de bras, il s'agissait de têtes osseuses emboîtées les unes dans les autres. La créature n'avait pas d'arme mais se servait des mâchoires qui remplaçaient ses mains pour se défendre. Le pire était qu'a priori Lillya ne voyait pas de points faibles là dedans ! Elle esquiva de justesse une morsure qui claqua de façon sonore juste à côté de son visage. La jeune femme riposta d'un revers que son adversaire ne prit même pas la peine d'éviter, il le reçu en plein « torse », ce qui lui arracha quelques morceaux d'os et lui entailla un crâne, mais qui ne sembla pas l'incommoder plus que ça...

Balder avait roulé sur le côté, l'impressionnante épée du monstre s'enfonça de plusieurs pouces dans la pierre. L'humain se releva et profita de l'immobilisation de l'arme pour frapper de toute sa force. Sa lame rebondit littéralement contre l'armure du démon ! Il eut le temps de taper encore trop fois avant que l'infernal ne libère sa bâtarde de sa gangue de pierre mais il n'eut pas plus d'efficacité. Sörg reçu un coup donné en diagonale de bas vers le haut, il réussit à l'arrêter en croisant ses épées au niveau de sa hanche. La créature lui envoya un direct en gantelet métallique bien placé dans le nez ! Balder tituba en arrière sur plusieurs mètres, perdant son adversaire de vue dans les ténèbres. Il goutta son propre sang qui coulait le long de son visage brisé et écorché. Secouant la tête il se mit en garde contre l'invisible, il n'aimait pas du tout ça...

Pandore avait dénombrée six adversaires, en fait il y'en avait un pour chaque personne présente. Vu la puissance des gardiens ce n'était pas vraiment une bonne nouvelle. Celui qu'elle combattait était grand, portait un lourd manteau noir par-dessus son armure à plaque impénétrable ainsi qu'une hache à double tête capable de trancher la menue sorcière en deux d'un seul coup. Son visage était indiscernable car une capuche tombait par-dessus. Il la fixait d'une façon déstabilisante, ses attaques étaient extrêmement calculée mais la magicienne avait réussit à dévier tout ses coups par des champs de force magiques. Le monstre semblait intrigué par les méthodes d'incantations peu communes de Pandore, qui, en effet, n'avait rien d'autre à faire que se concentrer, ce qui lui laissait une bien plus grande liberté de mouvement. Lorsque le démon repassa à l'attaque, toujours sans le moindre bruit, la sorcière croisa ses mains sur sa poitrine. Elle pouvait le détruire si facilement si elle risquait sa vie, seulement si elle le faisait. Après tout son existence était vouée à ça, tout perdre sur un coup de sang. Elle s'abandonna au mana qui emplissait les lieux alors que le monstre s'approchait à toute vitesse, sa hache levée. Pandore ferma les yeux, aucune peur ne faisait trembler son corps, aucune hésitations ni appréhensions, pourtant c'était comme si elle allait sauter dans le vide, elle sentait presque le vent sur son visage, une brise fraîche, rassurante. L'énergie saturait son esprit, compressé. L'air se fit plus épais autour d'elle, si seulement il s'avait ce qui l'attendait... Il était si sûr de lui...

Lillya frappait encore et encore, toujours plus fort, mais son adversaire s'en moquait éperdument. La lame de la jeune femme emportait des bouts d'os, les crânes hideux se craquelaient mais le monstre ne ralentissait pas pour autant le rythmes de ses attaques. Elle recula pour éviter une mâchoire mais l'autre la mordit au mollet. Lillya hurla de douleur et tomba au sol, subitement tirée par le démon. Son dos se fracassa par terre mais elle garda son arme, essayant de se libérer. Rapidement elle mit son épée devant elle pour arrêter les assauts de l'autre « bras ». Le visage de la guerrière se décomposa lorsqu'elle réalisa que son corps était de plus en plus près des dents claquantes du monstrueux infernal et qu'elle risquait de se faire dévorer vivante !

Balder avait réussit à ne pas se faire tuer par l'attaque surprise de son adversaire, ce qui avait relevé du miracle. A présent il reprenait un peu confiance en lui, ça voulait dire que sa peur laissait place à sa colère, ravageuse. Le Chevalier marchait lentement autour de lui, Sörg le suivit d'un regard extrêmement méfiant se demandant seulement si il y'avait une faille dans la cuirasse du monstre. Porté par sa rage le guerrier décida follement de prendre l'initiative et se lança à l'assaut, ses épées décrivant deux angles différents pour tenter de déstabiliser son implacable adversaire. Le démon para la première de sa bâtarde et arrêta l'autre son gantelet gauche... Evidemment si il bloquait aussi avec les mains les choses se compliquaient légèrement. Sörg ne désespéra pas pour autant, il abattit de nouveau sa lame, bloquée avec une adresse remarquable par l'infernal. L'humain fit un demi-tour sur place et frappa de taille avec son autre arme, prenant un maximum d'amplitude. Le coup porta et fracassa l'épaisse armure d'acier mais n'eut pas plus d'effet... Si il ne voulait pas éterniser le combat et probablement finir surpassé, Balder devait rapidement trouver une solution !

Pandore laissa le mana brûler son âme, couler dans ses veines à la place de son propre sang, elle avait envie d'hurler tant c'était douloureux... Mais jamais elle ne fléchit. Il allait frapper lorsqu'elle aurait retenue suffisamment d'énergie. Un sourire étrange et froid se dessina sur le visage de la magicienne, le monstre eut même une fraction de seconde d'hésitation, quelque chose n'allait pas : elle n'avait pas peur. Pandore ouvrit les bras, des étincelles blanches coulèrent depuis le bout de ses doigts, elles irradiaient la magie brute. Elle désigna le démon, sa hache était à quelques centimètres de sa tête. Un véritable flot de flammes de mana violacées s'échappa de la sorcière, filant plus vite que l'oeil ne pouvait suivre. La créature ne cria pas mais disparue complètement sous l'averse mortelle, brûlée jusqu'aux os, la chair carbonisée, toute substance désintégrée, elle n'était plus qu'une torche, une masse de cire fondante. Mais chaque seconde que la magicienne restait à déverser sa puissance était une seconde d'intense souffrance.

Balder avait profité de la diversion involontaire de Pandore, son sort avait causé une dévastation incomparable, à tel point que lorsque l'un des Chevaliers avait périt calciné les autres s'en étaient étonnés et avait eut un court moment de flottement. Cet instant précis Sörg su le saisir, il trompa la garde de l'ennemi en usant d'une frappe forte et violente qui repoussa la parade du démon, terminant sa course dans son épaule, fendant pour la première fois la carapace d'acier de l'infernal. Une coulée de sang noirâtre ruissela le long du fil tranchant de l'épée de Balder, l'humain était presque étonné d'avoir réussit à atteindre son adversaire. Le monstre geignit comme une gamine, puis riposta d'un coup de poing. L'attaque sonna complètement Sörg, fracassé en pleine mâchoire. L'impact le fit reculer et son arme sortit de sa gaine de chair, entraînant avec elle une giclée d'hémoglobine sombre. Sans vraiment voir d'où cela venait Balder reçu un revers de bâtarde de plein fouet. La lame crantée enfonça son armure et entailla profondément son ventre, la blessure n'était pas très jolie à observer, d'autant plus que l'étrange huile qui baignait l'épée du démon commença à lui ronger la peau ! Sörg hurla, les picotements se transformèrent rapidement en une souffrance insoutenable.

« - Saleté ! Qu'est-ce que ça ?!»

Il se plia en deux, baissant sa garde il se mit en état de vulnérabilité extrême. Le monstre leva son arme pour achever son travail, le coup aurait été fatal si Phénitia ne s'était pas interposée, sa hallebarde coupa la trajectoire mortelle de la bâtarde.

Quelques mètres en arrière le reste du groupe bataillait dur. Deux Chevaliers étaient tombés, l'un carbonisé par la puissante magie de Pandore et l'autre tué par Val'Daran après un combat acharné. Lillya était par contre vraiment en mauvaise posture. Son épée arrivait tout juste à l'éloigner des crânes affamés, mais elle était toujours au sol, bloquée et en situation d'infériorité. Elle frappa une énième fois son adversaire multiple, mais le monstre ne broncha même pas. Il la tira encore un peu plus vers lui, la jeune femme pouvait voir les dents claquer à quelques centimètres de sa peau. La créature utilisa alors une tactique pour le moins inattendue : elle se laissa tomber sur Lillya. La guerrière tendit son arme et empala littéralement le démon, ce qui n'eut aucun effet. L'infernal ne pesait pas si lourd, mais le problème n'était pas là, chaque mâchoire se régala et commença à lui arracher des bouts de chair... Immobilisée elle n'arriva à rien faire, la souffrance était atroce, son sang se répandit en flot sur le sol de pierre froid, c'était un véritable cauchemar. Elle entendait le mâchouillement de son corps dévoré vif, c'était si dur qu'elle n'arriva même plus à crier, noyée par la douleur. Un voile noir tomba devant ses yeux, sa mort était proche, trop proche...

Elle avait réduit en cendre, il ne restait rien d'autre qu'un tas d'acier fondu et de la poussière. Pandore était brûlante, l'air devait être à plus de 40° ici, son corps chauffait comme pas possible. Elle avait envie de s'asseoir et de se reposer, de reprendre sa respiration, de se calmer, mais les cris de la bataille qui se déroulait la ramenèrent à la réalité. Elle se retourna et observa rapidement la scène à la lueur blafarde de son globe de lumière. Ca ne semblait pas totalement désespéré mais elle ne voyait pas Lillya... Elle essuya une perle de sueur sur son front puis aperçut quelque chose d'anormal : Une masse d'ossements grouillantes ! Elle se douta que ce n'était pas l'oeuvre de Duncan et qu'au vu du sang qui coulait par ici ce n'était vraiment pas très bon ! Son coeur se serra pour Balder, sa fiancée était peut-être déjà morte... Prenant son courage à deux mains et rassemblant la force qui lui restait la sorcière se concentra de nouveau, elle devait faire très vite.

Avec l'aide de Phénitia Balder pu souffler un peu, et il en avait bien besoin car sa plaie lui faisait un véritable mal de chien. Quoique Val'Daran semblait avoir récupérée quelques coups elle aussi... Une sale entaille à la jambe droite, diverses coupures, des hématomes au visage et son armure fendue en plusieurs endroits, révélant sa chair à vif et ensanglantée. La guerrière tenait bon, le visage toujours aussi fier et déterminé, parant les assauts du Chevalier avec beaucoup plus de maîtrise que Sörg. Balder restait d'ailleurs un peu en retrait en attendant une ouverture pour foncer pendant que Phénitia tenait le démon à distance. Ce qui devait arriver arriva, le monstre du se fendre pour couvrir l'allonge de l'amazone, son attaque se perdit mais Balder ne rata pas l'occasion de se venger ! Il abattit simultanément ses deux épées sur le bras tendu du Chevalier, défonçant avec rage la cuirasse métallique et entaillant la chair du fil de sa lame. Val'Daran saisit aussi l'opportunité et lança sa contre-offensive, manquant de transpercer l'infernal qui dû reculer précipitamment.

Le tas de crâne n'était plus, il ne restait de lui plus que quelques cendres qui s'éparpillaient au gré d'un courant d'air. Pandore avait déchaînée un sort particulier contre ce qui était mort-vivant et il avait admirablement bien prouvé son efficacité... Par contre la sorcière ne tenait presque plus debout, ses traits étaient tirés et son visage exsangue. Elle fit quelques pas vers le corps de Lillya, il était couvert de sang et d'entailles. La jeune femme avait même lâchée son arme, brisée. Mais néanmoins on pouvait voir sa poitrine se soulever au rythme d'une respiration difficile. Pandore devait et pouvait la soigner, son mana était presque illimité... Mais plus elle en utilisait plus elle mettait sa santé en danger ! Elle s'agenouilla à côté de la guerrière meurtrie, elle avait rarement guérit quelqu'un en aussi mauvais état. La sorcière posa une main sur le front de Lillya et garda l'autre libre. Il allait lui falloir de nouveau beaucoup de mana...

Le démon avait réussit à attraper la hampe de Phénitia, il voulu en profiter pour s'approcher et frapper de toute sa force mais Balder lui assena un coup violent dans le ventre. L'attaque réussit à faire tituber le monstre, un véritable flot noirâtre s'échappa de l'armure estropiée. L'amazone distribua un estoc qui se planta dans le creux du coude du Chevalier, une blessure cruellement douloureuse. Elle tourna son arme dans la plaie, un bruit immonde de chair déchirée assaillit les oreilles de Sörg. L'infernal n'était pas abattu pour autant, doté d'une endurance à toute épreuve ! Il riposta de taille dans la hanche de Val'Daran alors qu'il avait encore l'arme de celle-ci dans le bras ! Phénitia fut surprise par une telle résistance et ne pu qu'encaisser. L'épée du monstre la jeta au sol, traçant une zébrure sanglante au niveau de son abdomen, là ou l'armure se transformait en une côte de à écaille plus légère. Elle lâcha son arme pour se rattraper et ne pas se fracasser, l'acier du démon lui fit serrer les dents... Le Chevalier retira la hallebarde de son membre pour la jeter au loin. Avançant d'une manière mécanique il se retrouva face à Balder qui para un assaut avant de contre-attaquer en jetant toute sa force sur la créature ! Le guerrier larda l'implacable adversaire de coups, mais rien ne semblait pouvoir l'arrêter ! Couvert de blessure le démon avançait encore et frappait sans s'arrêter, et même avec sa fougue Sörg dû reculer, abasourdi par un tel déluge d'acier. Néanmoins il sentit que cela ressemblait à un baroud d'honneur, car l'affreuse créature était tout de même handicapée par les rivières de sang qu'elle perdait. Phénitia s'était relevée, d'un mot de pouvoir elle rappela son arme entre ses mains, puis s'aida de celle-ci pour se tenir debout. Rageusement elle s'approcha dans le dos du Chevalier et y planta violement sa pointe, figeant le démon pendant un instant... Balder se jeta littéralement sur le monstre avec ses lames tendues en avant et passa son fer au travers !

Le Joker avait une hache plantée dans le crâne de son colossal adversaire et une autre prête à frapper un second coup... Ce qui fut nécessaire car même avec la cervelle fendue le monstre ruminait toujours ! Ce Chevalier là ressemblait à un bouc marchant sur deux jambes et armé d'un lourd gourdin métallique. Mais à présent il n'avait plus rien de vivant, son corps inanimé roula sur le sol, sa tête ouverte répandant une coulée immonde sur la pierre. L'assassin avait exceptionnellement récolté une blessure lors de ce combat, il fallait dire que son ennemi avait été des plus coriace. La plaie s'étendait le long de sa poitrine, mais se cachait sous les pans de son manteau. Néanmoins il se tenait parfaitement droit, comme si de rien n'était.

Duncan essuya sa lame sur le cadavre d'un démon, impassible. Il avait prit pas mal de coups mais sa constitution d'immortel faisait qu'il commençait déjà à s'en remettre. Tout le monde soufflait, le combat avait était très serré et ce n'était qu'un petit avant goût de Diablo. Pandore avait miraculeusement soignée Lillya. La guerrière était encore choquée mais avait surtout envie de s'énerver pour s'être faite avoir. Depuis qu'ils étaient entrés dans le palais de la souffrance elle était la seule à avoir prit des blessures graves et avait l'impression d'être un poids plus qu'une personne sur qui compter. Le sourire absent la jeune femme récupéra son arme, se demandant comment cela aller se terminer.

« - Ils sont tous morts ? »

La voix de Val'Daran s'était répercutée le long des murs comme un écho dans la montagne.

« - Normalement oui, répondit sobrement le Joker.

- C'est une bonne chose de faite... Diablo est là derrière ?

- Oui. »

Balder s'avança à la lumière du globe, son visage ensanglanté était presque inquiétant. Il fronça les sourcils, les doutes prirent son esprit en siège. Allaient-ils s'en sortir vivants ? Il y'avait quelque minutes à peine Sörg avait bien cru que leur voyage s'arrêterait ici... Mais ils se tenaient encore là. Il regarda ses compagnons, un à un. Chacun ayant sa motivation, chacun ayant soif de partir d'ici... Ou presque... Quelle étrange équipe ils avaient formés, qui aurait cru qu'ils arriveraient jusque là, face au destin. Le jeune homme s'approcha de Lillya, les autres se préparant à ce qui serait peut-être leur ultime bataille.

« - Promet moi que tu survivra.

- C'est une promesse difficile à tenir, chuchota la guerrière.

Balder soupira :

- Promet moi alors que si jamais nous sommes séparés tu resteras heureuse...

- Je...

- Promet le moi je t'en supplie...

- Je te le promet, souffla Lillya les yeux au bord des larmes. »

Les deux amants s'embrassèrent.

Le groupe se mit progressivement en marche, l'immense porte qui menait à Diablo s'était entrouverte. Duncan était en tête, comme souvent. Balder tremblait de tous ses membres, il imaginait le Seigneur de la Terreur sous les formes le plus horribles qu'il soit, gigantesque, assoiffé de sang et puissant comme un Dieu infernal. Il se voyait balayé comme un fétu de paille par ce vent démoniaque, que le fait seul de croiser le terrible regard de Diablo le tuerait sur place. Il était humain et il devait affronter le monstre craint par les immortels anges de Sélénia.

Il était au seuil de la mort, un pas de plus et il pénétrait dans le sanctuaire. Sversson le fit sans hésiter, son regard était presque fou, il serait prêt à se sacrifier pour venger Stella. Tous passèrent le colossal encadrement, tous frissonnèrent. L'intérieur était rougeoyant, décoré de pierres gravées portées par d'inhumains piliers d'ossements et de crânes grimaçants. Du sang paraissait couler le long des murs, mais ce n'était que d'inquiétants jeux d'ombres sur la roche... Au centre il y'avait un pentacle qui entourait une sphère noire comme la plus pure des obsidiennes.

Sur un trône constitué des corps tourmentés de ses victimes, il était impassible comme la mort. Ce Seigneur là n'était pas un tyran mais le Saigneur des âmes damnées. Ses écailles plus vives que les flammes et ses yeux plus profonds que les abysses infernales constituaient l'épouvantable visage du démon. Sa taille était telle qu'elle écrasait les mortels comme des insectes. Le sang au bout de ses griffes tranchantes, il était là, Diablo, maître de la Terreur.
« - Peut de mortels sont arrivés jusque là, cela mérite un peu d'attention, bien que vous courriez à votre pitoyable perte. »

Diablo avait ainsi parlé, une noblesse et une puissance incroyable dans sa voix, capable de faire plier le plus fier des rois. Son regard glacial se porta sur le Joker, un sourire qui aligna une rangée de dents pointues s'étira sur son infernal visage.

« - Guidés par un traître, n'est-ce pas Ashilirak'soraz D'Isordynayutamorak ?

- Cela fait longtemps que je ne suis plus à ton service, rétorque l'intéressé.

- Je te croyais mort, mais le démons de ton espèce son difficile à éliminer, c'est une chose à laquelle je m'en vais remédier. Vous espériez probablement prendre mon essence pour vous échapper de ce plan ? Ici je suis invincible.

Animé par la colère seul Duncan réussit à répondre au seigneur démon :

- C'est ce qu'on verra.

- Tu ne verras que ta perte. »

Balder serra ses armes, il savait que maintenant il était arrivé à un point de non-retour, c'était là victoire ou la mort. Diablo se délecta de l'hésitation de ses adversaires, il savait pertinemment qu'il était supérieur. Il descendit lentement de son trône, Sörg pu le contempler dans toute sa splendeur. Il devait bien faire plus de trois mètres de haut, bâti avec une musculature qui déplacerait des montagnes, d'immenses cornes ornant son crâne reptilien. Tout le long de son dos s'alignaient des pointes d'os jusqu'au bout d'une queue qui était probablement une arme surprise à ne pas oublier.

Il s'avança, le groupe s'organisa en pointe de flèche. Diablo sourit, il savait que ça ne servait à rien. Dans son domaine il disposait de pouvoirs surpuissants. Riant d'un ton grave il leva une main, paume vers les intrus. Une énorme onde de choc distordit l'air, fendant les dalles de marbre en une série d'éclat sur son passage ! En un fracas assourdissant elle frappa la coterie de plein fouet, envoyant les courageux mais fous guerriers s'écraser contre les murs. Balder se sentit soulevé comme une poussière au gré du vent, le choc contre la pierre faillit lui faire perdre conscience. Il garda ses épées, l'instinct de survie plus fort que tout. Lamentablement il retomba par terre de tout son poids, il se sentait déjà battu.

Au centre de la pièce il ne restait que Pandore, protégée par un puissant sortilège de bouclier. Diablo fut presque impressionné par la volonté de l'humaine en face de lui. Le démon fit un pas, il était quasiment à côté de la sorcière concentrée comme elle ne l'avait jamais été. Les yeux fermés elle ne voyait même pas la menace arriver. L'infernal allait la réduire en miette d'un coup de griffe lorsqu'elle rouvrit les paupières, une étrange et inquiétante lueur au fond de son regard.

« - Traum Veiter. »

Sa petite voix avait cognée comme un cri de géant. Diablo écarquilla les yeux et se sentit soudainement aspiré vers le sol, une faille profonde se formant sous ses pieds ! Un véritable tremblement de terre commençait à avoir lieu, déclanché par la furieuse magie de Pandore ! La pierre se fissura, s'écroula sur elle-même dans un abîme formé par la sorcière. Le Seigneur de la Terreur glissa dans le sombre renfoncement, tentant de se rattraper aux rebords, mais rien n'y fit, il chuta sans pouvoir résister... Il grogna, s'agita, griffa, mais c'était inexorable. Bientôt il tomba et fut avalé par l'abysse. Une fois disparu les pierres se replacèrent toutes seules, reformant le sol ravagé ! Un silence de mort éclata aux oreilles du groupe qui se réunit de nouveau. Balder troubla ce calme par une parole difficilement articulée :

« - Il est déjà mort ?

- Ca non, nous avons quelques secondes, murmura Pandore. »

La terre vibra de nouveau, mais cette fois-ci c'était nettement moins bon signe. A vrai dire la salle entière parue prête à s'écrouler, mais ce fut uniquement une partie du sol qui explosa en miette, projetant d'énormes bouts de roche. Les cailloux menacèrent les mortels, mais Pandore les stoppa grâce à un sort qui fit tampon. Diablo émergea du plancher de marbre, l'air encore plus furieux, visiblement il n'avait pas aimé ce petit tour de magie... Il se posta face au groupe qui avait reprit sa formation. Sans perdre plus de temps il passa à l'offensive, chargeant à une vitesse effroyable. D'un revers de main il renversa Duncan puis Val'Daran dans son élan ! Balder tenta de l'attaquer par le flan mais le démon avait prévu ce cas et para les assauts de ses griffes, ripostant avec son autre mains il fracassa littéralement l'humain par terre. Lillya le larda avec son épée en plein dans le dos, mais il ne frémit même pas, ses écailles si dures qu'elle ne le fit même pas saigner !

Sversson s'était déjà relevé et incanta un sortilège de nécromancie, le classique d'un puissant rayon d'énergie négative. Diablo contra le sort d'un mot de pouvoir puis se jeta sur le vampire, balayant au passage Lillya d'un coup de queue. Duncan esquiva le démon une fois, deux fois, puis se vit déchiré en pleine poitrine, de longues traînées sanglantes entamant sa chair. Il serra les dents, rétorquant d'un estoc alors qui tombait presque par terre. L'infernal ne prit même pas la peine d'éviter et l'arme de Sversson glissa contre la carapace de Diablo.

Phénitia en profita pour frapper le monstre de sa hallebarde, entre les omoplates. Miraculeusement elle réussit à s'infiltrer entre ses écailles et lui arracha un peu de sang ! Mais la blessure était si mineure que le Seigneur de la Terreur n'en tint même pas compte... La coterie tenta d'encercler la puissante créature, mais elle invoqua un pouvoir infernal, ses mains dessinant de complexes arabesques. Une vague d'énergie dévastatrice déferla du corps de Diablo, brûlant tous ce qui pouvait être vivant sur son passage... Pandore sauva ses compagnons en dressant une nouvelle protection magique, accumulant une quantité de mana incroyable pour arrêter une attaque de pareille puissance ! Néanmoins elle tint, encaissant sans broncher.

Ils se jetèrent à l'unisson sur Diablo, tailladant de toutes leurs forces. Le démon ne ressentit même pas la plupart des coups, préférant frapper plutôt que perdre son temps en défense. Ainsi Balder reçu un revers qui aurait du le décapiter si il ne l'avait pas paré de justesse avec ses deux lames combinées, l'impact l'envoyant quelques mètres en arrière... Duncan marqua une petite plaie sur le Seigneur de la Terreur, plus symbolique qu'autre chose. Le monstre abattit ses poings sur le sol, la vibration fit tomber les intrépides combattants ! Comment lutter face à ça ? Rampant, Sversson reçu un colossal coup de pied dans les côtes, il s'envola et s'écrasa durement, crachant du sang.

Le Joker, qui n'avait pas encore agit depuis le début de l'affrontement, apparu dans le dos de Diablo, tentant de planter ses haches à travers les indestructibles écailles de la créature. Son fer fit couler un liquide noirâtre mais l'infernal ne broncha pas, se contentant de se secouer pour envoyer l'assassin bouler. Val'Daran chargea en hurlant, pointe en avant, mais fut détournée par le monstre de la pointe de ses griffes. Son cri se perdit lorsqu'elle croisa le regard terrifiant du démon... Il invoqua un sort, accumulant le mana à la vitesse de l'éclair, puis envoya Phénitia à travers les airs, frappée par une foudre amarante sombre. Elle s'étala, complètement brisée.

Lillya frémit en voyant une guerrière aussi chevronnée que Val'Daran être vaincue aussi facilement... L'humaine rassembla son courage et attaqua Diablo par le flanc, visant son genou. L'endroit était un peu moins protégé par les écailles, l'épée affûtée arracha un grognement au démon, sa chair bien amochée. Lillya anticipa la riposte et recula, évitant un puissant coup de poing. Balder était revenu à l'assaut, la rage commençant à le dominer. Il se lança dans un véritable tourbillon de lame, un déluge d'acier mortel qui aurait mit n'importe qui en pièce ; sauf Diablo... Le monstre para le fil acéré des épées de ses griffes, encaissant le reste sans sourciller. L'infernal eut même le temps de passer à la contre-offensive, enchaînant les frappes toutes plus rapides et puissantes. Le guerrier fut bientôt dépassé, ployant sous la force colossale du Seigneur de la Terreur ! Heureusement pour lui le Joker rappliqua à cet instant là, stoppant un coup qui aurait pu être le dernier...

« - Résistance intéressante, traître. Crois-tu pouvoir être plus fort que moi ? »

Contractant ses muscles Diablo se débarrassa de l'assassin d'une pression ! Balder profita de l'ouverture pour ouvrir une plaie au niveau du poignet de l'impressionnant démon. Une coulée de sang commença à perler jusqu'au coude de l'infernal, mais la blessure ne semblait pas causer de douleur. D'un revers agacé le monstre explosa la garde de l'humain, faisant sauter une de ses armes dans les airs et l'envoyant par terre à plusieurs mètres. Il ne restait plus que Lillya face à Diablo, elle le regardait droit dans les yeux malgré le cas désespéré de la situation... Le démon voulait jouer avec sa proie, il était près à la déchiqueter mais n'avait pas envie d'en finir aussi vite, c'était trop bon.

Pandore était restée dans l'ombre, ses vêtements se confondants avec les ténèbres. Elle avait le visage pâle comme la mort, ses yeux fermés laissaient presque croire qu'elle dormait. A genou la sorcière se concentrait, se demandant si cette fois-ci cela ne serait pas la dernière fois. Elle était si proche du but, depuis un millénaire elle attendait ce moment là, un millénaire à subir l'enfer... Et maintenant tout paraissait s'effondrer, ils tombaient les uns après les autres, vaincus par l'implacable Diablo. Il n'y avait plus qu'elle pour inverser la tendance... Elle entendit des cris, ceux de Lillya. La jeune guerrière se battait farouchement mais sa rage laissa bientôt place à la douleur. Il eut ensuite le l'acier silencieux du Joker, il dansa en une douce symphonie pendant plusieurs minutes avant d'être balayé lui aussi... Un os de l'assassin craqua, puis deux, mais jamais il n'hurla. Son corps tomba, il n'y avait plus que la respiration sourde du démon.

« - Tu crois que je ne te vois pas ? »

Pandore n'avait absolument pas peur, elle n'avait pas peur de ça. Son unique peur était ce qu'elle était. Une puissance phénoménale avaient-ils toujours dit, une créature capable de balayer des armées, un monstre de laboratoire, de foire, que l'on présentait comme l'arme ultime, le joujou des généraux. On ne lui avait jamais laissée le choix, on l'avait utilisée, jusqu'à ce qu'on en perde le contrôle... Elle avait tout détruit, tout. Des villes entières avant que sa colère ne soit calmée, des milliers d'innocents, brûlés, carbonisés par sa magie. La sienne... Juste la sienne... Elle était un monstre, mais chacune de ses larmes étaient gonflées de noir regret.

« - Tu ne veux pas ouvrir les yeux ? »

Phénitia aimait raconter ce mensonge du combat perdu avec son clan, pour justifier sa présence ici, dans les plus profonds abysses. Mais Pandore connaissait la vérité, elle savait pourquoi et comment. Elle purgeait sa peine, mille ans n'était pas une moindre mesure, elle aurait mérité l'éternité. Mais c'était de leur faute après tout et pas de la sienne. Là elle voulait quitter cet endroit maudit, cet endroit ou elle avait perdue sa vie, son existence. Jamais elle ne laisserait ce gâchis, elle s'en sortirait, par un moyen ou un autre. Des larmes perlèrent le long de ses paupières closes, presque jolies, d'une beauté transparente.

« - Arrêtez de marcher sur mes rêves. »

Sa voix était si acide que Diablo eut un instant d'hésitation.

Il eut un profond instant de silence, comme lors d'un recueillement.

Le corps entier de Pandore s'illumina d'une façon aveuglante. Son visage paru se détacher pour flotter à quelque centimètre de là ou il aurait dû être, reflétant un haine sans pareille.

« - Mes rêves sont ma réalité... »

Le Seigneur de la Terreur sentit qu'une chose vraiment incroyable était en train de se passer, et ce n'était pas vraiment très bon pour lui. Il chargea la sorcière, leva une paume pour jeter un sort d'éclair et réduire la menace à néant, mais son incantation se perdit dans un affreux bourdonnement qui emplit toute la salle ! Pandore ouvrit les bras, un véritable puit de mana s'ouvrit au dessus d'elle, il engouffra même l'énergie accumulée par Diablo pour son maléfice, le happant comme une flamme dans la tempête. Il resta un instant impressionné par une telle concentration de magie pure, mais se rappela justement qu'autant de mana pouvait le détruire !

Lorsque l'énergie éclata il se sentit submergé, débordé. Mais au lieu de le désintégrer sur place elle eut un effet bien plus pervers : Elle lui vola ses forces pour les donner aux combattants blessés ! Le démon hurla de rage et tenta de contrer l'assaut magique, de ralentir cette véritable fuite de mana. Sa puissance décroissait mais il n'allait pas se laisser faire...

Invoquant les plus noires incantations il commença à s'attaquer directement à la volonté de la surprenante sorcière. Elle était très forte, son aspect mortel cachait quelque chose d'incomparable. Néanmoins Diablo n'était pas le Seigneur des enfers pour rien, il avait vaincu nombre d'ennemis avant de prétendre un pareil titre. Avec une détermination sans pareille il réussit à boucher le dangereux gouffre d'énergie, colmatant la brèche par une toile complexe. Pandore sentit que le flot était en train de se tarir, trop rapidement à son goût. En effet si il n'y avait plus de plaie dans l'espace pour évacuer le mana vital qu'elle volait à Diablo il allait s'accumuler en elle... Et elle risquait simplement d'imploser. Serrant les dents elle expulsa une partie de sa magie à ses compagnons, puis stoppa le sort pour ne pas mourir. La seconde d'après elle recevait un coup de poing fracassant dans la figure. La sorcière vit d'abord rouge, puis tout blanc et enfin noir, tombant dans une inconscience reposante.

« - Ca, tu vas le payer, cracha Phénitia. »

Le démon fit volte face pour prendre une pointe d'hallebarde dans la poitrine. L'acier magique trouva un passage entre les écailles du monstre, se coinçant entre deux côtes. Un filet de sang coula le long du flamboyant poitrail. Le diable supérieur ricana, envoyant un revers de griffe qui taillada tout l'abdomen de l'amazone. Repoussée, elle se rétablit rapidement malgré la blessure.

Alors que tous les guerriers revenaient à la charge, requinqués, Diablo se mit sur la défensive, arrêtant net chaque attaque, sans broncher. Agacé il fit reculer ses adversaires d'une onde de choc magique, seul Balder resta en place, presque enraciné au sol. Un frisson parcouru son échine, l'adrénaline pulsa et son coeur battait à éclater. Sa respiration était saccadée, il tremblait. Mais il ne tremblait pas de peur, il tremblait de colère, la rage brûlant ses veines. Sous le regard impérial de Diablo il avança, il n'y avait que des flammes au fond de ses yeux.

Plus de logique, plus de réflexion, plus d'hésitation.

Il chargea en hurlant d'un cri si puissant qu'il couvrit quasiment celui du démon. Ses épées se lancèrent, réalisant une danse de violence pure. Il n'y avait pas de technique ou de grâce mais c'était si rapide et dévastateur que cela en devenait presque artistique. Chaque coup était porté avec toute la hargne possible, abattant une grêle métallique sur Diablo. Balder entra dans un tourbillon de lames acérées, le fil tranchant de ses armes entamant de nombreuses fois la chair du monstre, lacérant son cuir et brisant ses écailles, arrachant son sang et tailladant ses muscles. L'humain paraissait inépuisable, il gagnait du terrain tel un seigneur de la guerre invincible.

L'infernale chorégraphie prit fin lorsque le démon usa d'un coup fourbe : Il balaya Sörg avec sa queue reptilienne. Le guerrier fut fauché et reçu un retour de griffe magistral, donné avec la force colossale de Diablo. Balder fut soulevé du sol et projeté contre un mur, la pierre s'enfonçant sous son poids. Le choc le sonna complètement, plusieurs de ses os se brisèrent, la poussière entra dans ses narines, se mélangeant avec le sang qui coulait sur son visage tuméfié. Il toussa douloureusement, puis retomba à terre.

Diablo était satisfait de son travail, pensant s'en être débarrassé à jamais. Malgré qu'il soit couvert de plaies l'infernal ne paraissait pas souffrir. Il prouva d'ailleurs qu'il lui restait encore beaucoup d'énergie en contrant les assauts combinés du Joker et de Duncan. Lillya s'était glissée sur le flanc et lardait le monstre de coups rapides et extrêmement précis, visant les endroits déjà blessés pour aggraver les hémorragies. L'idée était ingénieuse mais Diablo arrêta rapidement la fête de ses griffes. Phénitia en profita pour porter un nouvel estoc, au niveau de l'épaule de la créature. Le démon du se tordre pour sortir la pointe de l'hast de son membre, il pu alors revenir face à Sversson et le contrer. Le vampire avait chargé son épée d'énergie nécromentique, rendant la lame d'os capable de trancher la plus dure des roches. Cela surprit le diable qui vit de nouvelles zébrures s'accumuler sur son corps déjà meurtri.

« - Vous M'ENERVEZ TOUS ! »

Il abattit conjointement ses poings sur Duncan qui esquiva avec sa dextérité inhumaine. Enrageant encore plus Diablo attrapa l'hallebarde de Phénitia, qui avait tentée un nouvel assaut. Il jeta l'arme au loin et frappa l'amazone désemparée, la mettant hors d'était de nuire. Il croyait reprendre le contrôle de la situation lorsqu'il se rendit compte que le traître n'était plus là...

Le traître, le Joker.

L'assassin avait bondit sur le dos de son ancien maître, plantant ses deux haches dans le crâne du monstre. En temps normal une attaque pareille aurait probablement tuée la plus solide des créatures... Mais là les tranchants ne réussirent pas à fendre les os, ouvrant juste deux impressionnantes plaies. Le tueur tira en arrière, creusant de véritables tranchées sanguinolentes sur la tête du démon, arrachant pour la première fois un cri de douleur à Diablo ! Si il ne se débarrassait pas rapidement du Joker il courrait à sa perte, il s'était fait prendre par surprise et il était presque trop tard. Mais le monstre avait encore une carte à abattre... Crachant un mot pouvoir fracassant il sacrifia une partie de son énergie pour la transformer en flammes de mana qui parcoururent tout son corps. L'irradiation mortelle brûla l'assassin, mais ses réflexes lui sauvèrent la vie : Il sauta au sol avant de terminer calciné. Les autres combattants furent eux aussi frappés de plein fouet, des éruptions capables de carboniser la chair en quelques secondes les obligèrent à reculer. Diablo en profita pour contre-attaquer et massacra ses adversaires en moins de temps qu'il ne faut pour le dire... L'organisation de la coterie ayant cédée à un repli expéditif. Le groupe était à présent à bout de souffle, blessé, épuisé, écrasé par l'endurance et la force incroyable du Seigneur de la Terreur.

« - Je damnerais personnellement vos âmes... Vous deviendrez ceux que vous avez toujours combattus, une fin magnifique. »

« - Va crever... »

Balder se tenait à quelques mètres de Diablo, dans un état lamentable. Même son armure avait été salement endommagée, ses blessures se mêlant à ses tatouages.

Le démon n'eut pas le temps d'hausser un sourcil que Sörg était sur lui, la rage nouant son ventre. Un duel mythique s'engagea entre les deux protagonistes, chacun se battant pour le peu de vie qu'il lui restait. Griffe contre lame, deux véritables bêtes s'affrontaient. Aucun ne semblait pouvoir réussir à prendre l'ascendant sur l'autre, de nouvelles cicatrices s'accumulant dans les deux camps. Porté par l'irrationalité de la colère Balder devenait de plus en plus inconscient, sacrifiant sa garde pour infliger toujours plus de coups. La transe guerrière le rendait presque insensible à la douleur... Et ne se rendait pas compte qu'il risquait de mourir, son organisme poussé à bout. N'analysant rien d'autre que le fait de trouver un moyen encore plus efficace de faire mal, Sörg se jeta littéralement sur Diablo.

Il s'empala sur les griffes du monstre, des pointes acérées dépassant de son dos éventré.

Le démon porta le corps suspendu de Balder plus proche de son visage, plongeant son regard noir dans celui flamboyant du de l'humain. La voix grave et impériale de l'infernal sonna :

« - Voilà comment tu finis.

- Hmgh... V... CREVE ! »

Il cracha du sang au visage de la créature, abattant ses deux épées sur la face du monstre, espérant briser ce rictus arrogant et supérieur, le lacérer, le réduire en bouillie informe. Ce qu'il réussit parfaitement à faire. Ses lames crevassèrent et explosèrent l'expression triomphante de Diablo. Tel est prit qui croyait prendre.

Il s'effondra lourdement par terre, emportant Sörg avec lui, qui glissa un peu plus loin, laissant ses armes plantées dans le crâne du démon. Le Seigneur de la Terreur venait de mourir, sans un râle. Balder sentit quelque chose de très froid le traverser, le consumer, douloureusement. Ce fut le noir complet, le guerrier ne bougeait plus, allongé contre la pierre, la tête dans une mare de sang. Médicalement parlant il était mort lui aussi, ses organes réduits en morceaux et son corps en pièces. Il avait beaucoup souffert mais maintenant il ne sentait plus rien, rien, ni la glace ni le chaud. Rien non plus lorsque Lillya prit son cadavre entre ses bras, pleurant un torrent de larmes amères. Rien lorsqu'elle l'embrassa, rien lorsqu'elle l'appela, rien... Les yeux fermé pour l'éternité, ignorant la douleur de sa fiancée, brisée.

Mais ses paupières se rouvrirent.

Il avait mal partout mais il n'y avait plus que des cicatrices là ou les coups létaux avait été portés. Lillya hoqueta en sentant son amour frémir.

« ... ? »

- Je... Ou... C'est quoi ça ? »

Le regard embué de larmes de la jeune femme se leva pour contempler des filaments magnifiques s'échapper de Diablo. Ils étaient blancs étincelants, c'était un spectacle impressionnant de beauté, l'essence du démon s'envolait à grande bouffée. Duncan s'empressait de la récupérer dans un filet magique, pour ne pas en perdre un fragment.

« - Mais... Pourquoi tu pleures mon coeur ? »

Un sourire se dessina sur le visage Lillya. Sa voix encore secouée par les sanglots expliqua :

« - Je t'ai cru mort... Chacun son tour...

- Moi aussi j'y ai cru... Je dois être dans un sale état... »

Il passa une main là ou il y'aurait dû avoir un trou béant dans son ventre, écarquillant les yeux il s'exclama :

« - Mais il n'y a plus rien ! Je me souviens m'être fais transpercé, massacré...

- Oui j'ai bien vu tes blessures, elles ont disparues sans même que je ne m'en rendes compte.

- Un autre pouvoir des tatouages ? se demanda Balder.

- Je ne sais pas... Il faudra voir ça... Mais nous n'avons pas beaucoup de temps maintenant. Ce combat était de la folie, ne refais jamais ça ! répliqua Lillya avant d'embrasser passionnément son amant. »

Non loin de là le Joker regardait Sversson d'un oeil critique, le vampire était en train de réunir une quantité incroyable d'énergie. Un immortel comme lui pouvait espérer réussir à l'absorber et devenir alors un égal de Diablo, autant dire quelque chose de plutôt alléchant. Il fallait que Pandore se réveille vite pour espérer saisir une partie de l'essence... L'assassin ne voulait pas rester coincé ici !

Phénita avait aidée la sorcière à reprendre ses esprits. Les deux femmes étaient en piteux état mais tenaient encore debout grâce à leur détermination. Le fait d'être à quelques minutes de la liberté rendait Val'Daran extrêmement nerveuse et prête à tout. L'amazone laissa alors Pandore se concentrer pour concurrencer Duncan.

« - Vampire, laisse mon amie faire le travail, autant d'énergie risque de te brûler à l'ouverture du portail.

- Laisse moi tranquille, je sais ce que je fais, rétorqua t-il. »

La guerrière grimaça, c'était exactement la réponse qu'elle craignait.

Sversson était comme illuminé par la puissance qui dansait au dessus de lui. Il la contemplait, prenant l'avantage sur la sorcière, trop fatiguée pour rivaliser. Il était d'ailleurs presque étonné de réussir à la dominer sur ce terrain là, elle devait vraiment être à bout. Avec cette essence il pourrait faire de ses rêves des réalités, devenir suffisamment fort pour tuer tous les démons de l'enfer, tous jusqu'au dernier, venger la Stella, honorer sa mémoire. Il pourrait tenir son serment, enfin. Mais il condamnerait aussi ses amis à rester avec lui, car partir avant était exclu. C'était égoïste. Duncan hésita alors, se rappelant pendant un court instant ses anciennes amitiés avec Balder et Lillya. Des personnes qu'il respectait.

Mais rien ne pourrait le détourner de son objectif, il avait attendu trop longtemps, si il était allé en enfer c'était pour ça, uniquement pour ça, depuis le début, même si il ne l'avait pas avoué. C'était juste pour sa vengeance, faire payer une mort.

« - Duncan c'est trop dangereux, laisse l'énergie à Pandore. »

La voix qui percuta les oreilles du nécromancien était celle de Lillya, elle avait une main posée sur l'épaule du vampire.

« - Part, j'ai quelque chose à accomplir.

- Je sais ce que tu veux faire, nous le savons tous. Tu crois vraiment que Stella souhaiterait ça ? Que tu restes dans cette folie ?

- Je ne suis pas fou, répliqua froidement Sversson.

- Alors abandonne et rentre avec nous. Tu ne peux rien faire ici, il n'y a plus rien à faire. »

Il éclata alors de colère, une rage mêlée de regrets refoulés au fond de lui.

« - Tu ne COMPRENDS DONC PAS ? Je suis IMMORTEL, et seule une ange IMMORTELLE comme Stella pouvait m'aimer, il n'y avait qu'elle qui aurait pu rester à mes côtés pour l'éternité ! Et elle est MORTE ! Que veux-tu que je fasse de mon existence à présent ? Que je regarde les autres dépérir petit à petit sans que je ne prenne une ride ? Alors que je peux donner un sens à ce qu'il me reste... Ma vengeance !

- Ne fais pas ça... Je t'en supplie... »

Tout le monde était autour du vampire, la tension était à son comble. Duncan soupira, Pandore commençait à se reprendre, elle était vraiment inépuisable. La pression se fit plus forte, il fallait qu'il se décide. Au fond de lui il sentit de nouveaux regrets, même son coeur mort lui dictait l'abandon.

« - Je suis désolé...

- C'est moi qui suis désolée je ne peux pas te laisser faire ça. »

Lillya avait levée sa lame, sa gorge était nouée, mais elle ne voulait pas passer une immortalité ici. Dans son esprit défila tout les bons souvenirs, le passé qu'elle avait eut avec Sversson. De nouvelles larmes lui montèrent aux yeux, son geste se figea, son bras lui paru dur comme la pierre, inamovible. Elle ne pouvait pas tuer un ami ! C'était contre tout ce qu'elle respectait. Elle ferma les yeux une seconde, et lorsqu'ils se rouvrirent Duncan tombait à genou, l'hast de Val'Daran en travers du corps. L'essence s'échappa immédiatement entre les mains de Pandore.

« - Alors c'est comme ça que je... finis ? Stella accepte moi... Pardonne moi... »

Phénitia sortit son arme magique de sa gaine de chair et empala une nouvelle fois le nécromancien, au niveau du coeur, le seul moyen de mettre fin à un vampire. Il tomba face contre terre, sous les regards effarés de Lillya et Balder.

« - Tu as bien agis, murmura le Joker à l'oreille de l'amazone avec un sourire malsain. »

Sörg savait que Duncan ne trouvera jamais le repos, car ceux qui mourraient en enfer y restaient pour toujours, leurs âmes errantes à jamais. Dans le meilleur des cas ils pouvaient espérer incarner le corps d'un démon. Val'Daran venait de le condamner à une éternité de tourments, privé de Stella. Une fin cruelle et injuste. Phénitia ne se sentait pas fière, même si elle n'avait jamais aimée Sversson.

« - Il fallait que quelqu'un le fasse... Sinon nous aurions été tous bloqués ici. Je suis désolée pour votre ami... »

Balder ne prit même pas la peine de répondre, encore dépassé par la foule d'évènements.

« - Hâtons nous de quitter les lieux, les laquais de Diablo ne sont jamais très loin, cassa le Joker d'un ton pressé. »

Pandore n'était pas restée inactive, et s'était concentrée sur le portail qui se trouvait au dessus du trône du feu Seigneur de la Terreur. Elle libéra l'énergie, c'était une action grisante. Le passage crépita, mais sous le flot ininterrompu d'essence ce fut bientôt une immense porte magique qui s'ouvrit.

« - Nous y sommes... murmura Phénitia, tremblante. »

Le groupe avança comme un seul homme, à quelques mètres de la liberté. Balder ne pu s'empêcher de tourner la tête pour regarder le cadavre de Duncan. Il soupira, quelle triste fin, il n'aurait jamais souhaité ça. Mais il n'avait pas le temps de trop y réfléchir, là il devait fuir ou risquer de terminer ici à jamais. Le dernier regard de Sversson restera gravé dans son esprit...

Les survivants franchirent le portail, un à un. Ils quittaient l'enfer, un endroit qu'ils ne regretteraient jamais, ils y laissaient leur marque et des mauvais souvenirs. Orthrys s'offrait maintenant à eux, le voyage allait peut-être prendre fin.
La tête lui tournait, ses muscles étaient contractés, lassés, près à lâcher. Son coeur battait à rompre, la sueur ruisselant sur tout son corps. Elle essaye d'inspirer mais c'est à peine si elle réussit à capter une minuscule bouffée d'air. Sa poitrine se serrait, elle se comprimait si douloureusement que la jeune femme émit un gémissement. Phénitia se tourna vers elle, la rattrapant par la taille avant qu'elle ne tombe.

« - Je ne me sens... Pas... Très bien... »

La voix de Pandore se perdit alors qu'elle tombait dans l'inconscience. Val'Daran l'allongea doucement sur le sol grisâtre, une fine pellicule de brume flottait juste au dessus. Elle posa sa main sur le front de la sorcière, il était brûlant.

« - Elle est à bout, elle risque de mourir.
- Quoi ? Comment ça ? demanda Balder.
- La magie qu'elle a déployée l'a ravagée.
- De toute façon nous allions faire une pause, il n'y pas de raisons de se presser.
- Il lui faudra bien plus qu'une pause, murmura Phénitia. »

Ils venaient tout juste d'arriver sur Orthrys. L'endroit paraissait parfaitement désert, ils se trouvaient au centre de ce qui semblait être une plaine. Il y'avait très peu d'herbe et un brouillard pas très chaud.

L'amazone referma le manteau de Pandore qui commençait à trembler, le visage livide. Lillya l'observa un instant, la sorcière luttait contre quelque chose, comme si elle était malade. Elle n'était pas comme les autres magiciennes, c'était étrange.

« - Il faudrait faire un feu si on ne veut pas geler, proposa Sörg.
- Je ne vois pas une branche dans le coin, rétorqua sa fiancée.

Le Joker intervint de sa voix atone :

« - Orthrys est normalement un plan désertique, ce climat est inexplicable, quelque chose a changé ici, ce n'est pas logique.
- Ah ouais ? Ca ne change pas le fait qu'on va crever de froid, enfin surtout Pandore.
- Pourquoi ta réflexion s'arrête t-elle toujours avant de commencer ? interrogea l'assassin d'un ton provocant avant de reprendre :
- Si il y'a de l'humidité et de l'herbe il doit y'avoir de la végétation, donc du bois. »

Balder était trop fatigué pour répliquer efficacement, il se contenta de marmonner et s'éloigna du futur camp à la recherche de quelque chose à brûler. Lillya s'assit par terre, comptant le nombre de blessures qu'elle avait accumulée, et s'arrêta rapidement car cela faisait beaucoup... Elle ne pouvait détacher son regard de Pandore, la sorcière paraissait presque transparente tant sa peau était blême. Val'Daran serrait la main de la magicienne, impuissante face à l'ampleur de la situation. Elle savait qu'elle ne pouvait pas faire grand-chose, à part apporter un peu de chaleur au corps meurtri et détruit de la lanceuse de sort.

« - Couvre là avec ça. »

Dans le dos de Phénitia c'était l'assassin qui avait parlé, tendant son manteau bordeaux sombre. L'amazone reste un instant figé, déjà parce que c'était la première fois qu'elle voyait le Joker sans sa fameuse cape et parce que tout simplement il se souciait du sort d'un autre. Mais les yeux froids du tueur s'étrécirent, se faisant encore plus inquiétants que d'habitude.

« - Ne va pas croire que je fais ça par charité, je sais qu'elle est la seule à pouvoir nous faire quitter cet endroit alors elle ne doit pas mourir. Mais tâche de me le rendre au plus vite.
- Sans problèmes... « L'ami », grinça Val'Daran. »

Elle saisit le manteau de l'assassin, il paru étonnamment lourd et résistant, comme si le tissu était doublé de quelque chose. Appréciant la qualité du vêtement Phénitia l'allongea sur le corps de son amante. Il fallait qu'elle regagne en température, la différence qu'il y'avait entre l'enfer et Orthrys avait dû achever son métabolisme à cause de sa poïkilothermie.

« - Ne m'abandonne pas... »

Quelques minutes s'écoulèrent, le Joker avait disparu dans la brume, peut-être parti en reconnaissance sans rien dire. Lillya essayait de se réchauffer mais ses habits n'étaient pas très épais sous sa cotte de maille, l'endroit vraiment glacial par rapport à l'Erèbe. Heureusement Balder était de retour, portant le plus de branches possible. Il les jeta en tas par terre, puis s'essuya les mains l'une contre l'autre. Maintenant il fallait réussir à allumer tout ça et le camping n'avait jamais été l'activité favorite du guerrier... Mais pour éviter de perdre la cendre il installa rapidement un cercle de pierre, puis disposa quelques brindilles.

« - Je m'en charge, annonça le Joker. »

Sörg sursauta et se retourna, l'assassin était venu de nulle part. Fronçant les sourcils le tatoué pointa un index vers l'homme au chapeau :

« - Superbe entrée, fais toi moins discret la prochaine fois sinon tu va finir par tuer des gens sans même les toucher.
- Ca serait décevant, lâcha le tueur.
- Hmmm tu parles... »

Balder s'écarta d'un pas et laissa le Joker s'avancer. Il tira un briquet en argent de sa poche et alluma le feu sans dire un mot.

« - C'est de la triche, marmonna Sörg. »

Les flammes réchauffèrent timidement l'atmosphère, tout le monde se resserra autour du foyer. Une brise légère et glaciale se mit à souffler, elle gelait jusqu'aux os. La coterie n'avait rien à se mettre sous la dent et rien à boire. L'environnement ne paraissait pas complètement hostile il devait y'avoir diverses choses à manger... Et même si il s'agissait de vers géants Balder avait suffisamment faim pour avaler n'importe quoi ! Il se tourna vers Lillya qui était assise juste à côté de lui :

« - Je vais chercher quelque chose à manger sinon nous mourrons plus tôt que prévu.
- D'accord, je vais m'occuper du feu. »

Le guerrier se leva, puis faisant quelques pas il se rendit compte qu'il n'avait absolument aucune courbatures, ni même un bleu ou une coupure. Après le violent affrontement contre Diablo ou... Il était mort, l'humain n'avait plus une seule trace de blessure. Il s'enfonça dans un petit bois avoisinant, perdu dans ses pensées. Il faudra qu'il en reparle avec sa fiancée qui devait aussi se poser des questions de son côté. En un sens il était heureux car en vie grâce à ce miracle, mais l'incapacité de pouvoir l'expliquer l'inquiétait tout autant.

Ses pieds faisaient craquer de petites brindilles, le froid fit frissonner le corps entier de Balder. Il leva les yeux et regarda autour de lui, le brouillard courrait entre les arbres. Le jeune homme n'avait même pas fait attention à où il allait, il ne reconnaissait rien. Secouant la tête il n'arrivait pas à se souvenir depuis quand il marchait ! Il avala douloureusement sa salive, un mauvais pressentiment montant le long de son échine. Ce n'était absolument pas normal.

« - Qu'est-ce qui se passe... »

Son murmure se perdit dans le silence. Instinctivement il porta ses mains sur les gardes de ses épées, comme si un danger imminent approchait. Quelque chose de lourd tomba derrière lui, écrasant les feuillages. Sörg fit volte-face, son armure noire cliqueta, absorbant les faibles rayons de lumière qui s'égarait sur les plaques sombres.

« - Qui êtes-vous ? »

La seconde d'après ce fut le noir complet. Il ne sentit qu'une douleur lancinante déchirer son esprit en morceaux, le tirant violement vers l'inconscience. Le guerrier s'écroula comme une masse, sa tête heurta la terre humine, l'air frais créant un petit nuage de fumée devant sa bouche entrouverte.

_______________


« - Par tout ce qui est sacré il faut quitter cet endroit au plus vite ou elle va tous nous tuer ! Elle veut se venger... Mais comment avons-nous pu croire que nous pourrions la contrôler ?
- Arrêtez de vous lamenter, il est trop tard maintenant, autant agir intelligemment. Nous connaissons ses failles, nous l'avons créé, nous trouveront un moyen de les exploiter.
- Elle sera ici dans quelques secondes ! Nous devons fuir, c'est le seul espoir qui nous reste !
- Inutile, si le reste du complexe est en proie à la destruction cet endroit est probablement le plus sûr de Sanctuary, j'ai moi-même érigé les glyphes de protection, Diablo en personne ne pourrait les franchir. Nous avons des vivres et nous pourrons continuer les recherches.
- Maître, c'est risqué, elle est très... trop puissante. Ce laboratoire ne contiendra pas sa colère.
- Il suffit, j'ai dis que nous sommes en sécurité ici !
- Vous devriez écouter votre misérable élève, c'est ton sang qui va recouvrir ces murs ! »

« - Mais de -... »

« - A mon tour de voler tes rêves ! »


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Pandore gémit dans son délire, elle était plaquée sur un sol de pierre froid qui contrastait avec sa peau brûlante. Phénitia la maintenait à terre, la sorcière en proie à une violente crise de convulsions. Lillya bondit et aida à tenir la magicienne trempée de sueur. Le corps de la jeune femme se tordit d'un seul coup, elle se mit à hurler sans s'arrêter, complètement démente. Cela dura plusieurs minutes, les deux amies crurent ne jamais réussir à la contenir aussi longtemps ! Pandore ouvrit les yeux, ils étaient blancs comme l'os, de la même couleur que sa peau. Lillya frémit en croisant le regard terrifiant de la sorcière qui semblait la fixer. Ses muscles se décontractèrent, elle roula sur le côté et vomit d'abord de la bile puis du sang. Phénitia ne savait plus quoi faire, elle ne l'avait jamais vue dans un état aussi grave. Des larmes lui montèrent aux yeux, son amante était en train de mourir lentement et elle ne pouvait strictement rien y faire, il n'y avait que Pandore qui pouvait gagner son combat.

Elle serra sa compagne contre elle, tentant de masquer ses pleurs, trop fière pour les avouer aux autres. Lillya le remarqua, la tristesse marqua son visage. Elle sentit la main de Balder se poser sur son épaule, le guerrier lui murmurant à l'oreille :

« - Nous sortiront tous d'ici.
- Je ne suis plus sûre de rien... Cet endroit est abandonné des anges et des démons, il ne reste que nous et... je ne sais pas qui nous a enfermé dans cette cage. Je ne sais pas et je ne veux même pas le savoir, je veux juste sortir d'ici ! J'en ai assez de ces carnages à répétions, de ces morts, des râles et du sang ! Je ne suis pas une guerrière qui vit pour saigner, je veux rentrer chez moi ! Chez moi... C'est si loin maintenant... C'est si...
- Loin... Calme toi, nous sommes encore ensemble, c'est comme ça que nous réussirons à gagner, apaisa Sörg d'un souffle.
- Gagner quoi ? Gagner contre qui ? Notre seul espoir de quitter cet endroit qui me donne la nausée est Pandore... Et Pandore est en train de mourir, elle a donnée sa vie pour nous permettre de vaincre Diablo, elle crève alors qu'on ne peut rien faire ! Tu crois qu'il y'a un espoir ? Crois-tu seulement qu'il y'a un minuscule espoir ?! »

Les paroles de Lillya étaient tranchantes et sombres comme le plus tenace des désespoirs. Balder baissa les yeux pendant un court instant, sa respiration se bloqua. Son soupir fut le plus lourd de toute sa vie.

« - Oui j'y crois. »

La jeune femme se blottit contre son amant, les yeux si gris de tristesse que même le Joker n'osa les regarder en face, adossé au fond de la cellule. Qui avait bien pu les capturer sans même prendre la peine de les désarmer ? Une telle confiance était incroyable ! En tout cas les barreaux étaient indestructibles et tout ce que les prisonniers pouvaient voir depuis leur cachot était un couloir de pierre à peine éclairé.

Les heures s'écoulèrent, toutes semblables les unes aux autres. On ne les avait pas mit ici pour les laisser dans un coin quand même ? Le Joker fini presque par avoir un doute. Il fixait les ténèbres, patiemment, laissant les autres dans leurs lamentations. Quoique ils avaient raison sur un point : Si Pandore y laissait sa peau ils étaient tous condamnés, et vu l'état de l'étrange sorcière c'était mal parti. Mais la mystérieuse, car même pour l'assassin elle restait une énigme, magicienne semblait disposer de ressources dépassant l'imagination. Etaient-ils perdus ? Le tueur devait reconnaître qu'il ne reconnaissait rien à l'endroit, pourtant il y'avait déjà séjourné, mais tout avait changé !

Ils ne s'en rendirent pas compte mais cela faisait maintenant une journée entière qu'ils étaient au fond de l'oubli. La coterie se reposait lorsque Pandore réveilla tout le monde, se levant brusquement. Toujours du plus pur des blancs elle se tenait droite comme un I. Phénitia ouvrit un oeil et se jeta presque sur sa compagne. Mais elle ne bougea pas d'un pouce, comme tétanisée. La voix de la sorcière s'éleva lentement, elle était rauque et maladive, traînante et inquiétante.

« Un bruit de pendule dans ma tête,
Une larme sur le sol de marbre,
Il mange la roche et les bêtes,
Déracine les pics et les arbres... »

« Un bruit de pendule dans ma tête,
Deux larmes sur le sol de marbre,
Brûle et rend amère les défaites,
Emousse les volontés et les sabres...

Un bruit de pendule dans ma tête,
Trois larmes sur le sol de marbre,
Il nous tire vers une mort ascète,
Pousse la vie hors de son cadre... »

« - Je le vois qui arrive vers nous. »

A cette dernière phrase glaciale les aventuriers se tournèrent vers la porte de leur prison. Il fit soudainement très froid, une présence particulièrement mauvaise emplit les lieux, mais il n'y avait rien en vue pour l'instant. Le Joker s'était redressé, attentif au moindre bruit.

« - De qui tu parles ? chuchota Val'Daran. »

Pandore ne répondit pas, se contentant de fixer le vide devant elle. Les ténèbres parurent s'épaissir un peu plus, un courant d'air fit hérisser la nuque de Balder, il saisit ses armes. Une silhouette difficile à déterminer s'avança dans le couloir, elle était plus noire que les ombres. Le jeune homme se leva, ses épées illuminèrent son visage tiré et fatigué. Il fit un pas, sa voix se perdant en un murmure :

« - Qu'est-ce que c'est que ça... »

Le groupe entier fixait la forme qui se tenait de l'autre côté des barreaux, sans jamais réussir à déterminer de qui il s'agissait... Mais en un sens elle était presque plus inquiétante que Diablo en personne...

« - Qui êtes-vous ? s'exclama Val'Daran qui gardait un semblant de sang froid. »

Elle n'obtint aucune réponse. Agacée elle invoqua sa hallebarde et s'approcha de la porte, prête à frapper. Elle n'avait pas fait tout ce chemin depuis l'enfer pour terminer enfermée dans un cachot plus sombre que les plus profonds abysses.

« - Montrez-vous ! »

Le Joker s'était lui aussi approché, même si il savait que rien ne pourrait blesser le maître des lieux, sinon il n'aurait jamais prit le risque de leur laisser leurs armes. Phénitia était à bout de nerf et éclata littéralement de colère, enrageant face au mutisme « mystique » de leur hôte bien désagréable.

« - Je vais vous -... »

L'amazone n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle s'écroulait par terre, inconsciente, pénétrée par une douleur incommensurable. Du sang coula depuis ses narines, son esprit avait été violement prit à parti. Balder voulu demander quelque chose mais sa vue se brouilla soudainement, la nausée lui monta, ses forces s'envolèrent. Il tomba lui aussi contre la pierre glacée, ses épées laissant un tintement métallique en touchant le sol. Tous dans la prison sombrèrent les uns après les autres.

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La boue se mêlait aux cadavres carbonisés. La cendre et la poussière recouvraient les faces horribles et figées par la douleur, la mort ayant emportée toute étincelle de vie. Les premières larves commençaient déjà à se régaler de la chair putride, faisant leurs nids dans les cervelles bouillies des victimes. Les corps s'entassaient sans distinctions, sur la route ou dans les baraques incinérées. Personne n'aurait pu survivre à un tel massacre, elle les avait absolument tous tués. Elle y avait veillée personnellement, prenant plaisir à chaque fois qu'ils imploraient sa pitié.

Qui avait voulu entendre ses supplications, à elle ? Personne. Au lieu de ça on l'avait toujours enfoncée. A présent elle fixait d'un oeil gris et mauvais les morts qu'elle avait commit. Pour l'instant elle ne regrettait rien, pour l'instant seulement. Sur le moment elle était fière de son massacre. Pourtant elle prit son visage entre ses mains, des larmes se mettant à couler toutes seules depuis ses yeux si durs. Sa poitrine fut secouée de sanglots, elle tomba à genoux dans la boue. Elle posa une main sur un enfant, la peau brûlée du petit être resta au bout de ses doigts si fins. Elle se mit à hurler et à pleurer à torrent, le ciel s'assombrit soudainement, l'orage claqua et gronda alors qu'une pluie drue se mit à tomber, éteignant les flammes qu'il restait. Sa tristesse affectait l'environnement, comme lorsqu'elle s'était énervée. Elle n'avait que douze ans pourtant elle était chassée comme un monstre. Elle était un monstre.


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« - Le réveil est toujours difficile à chaque fois que j'use de mes pouvoirs. Vous êtes probablement la créature la plus intéressante que j'ai étudié. Ce que j'ai vu avant ne valait pas grand-chose, soyez flattée car je suis plutôt vieux maintenant. »

La voix qui avait interpellée Pandore était profonde et relativement neutre, bien qu'il y'avait quelque chose de gênant dans ce timbre. La sorcière ne pouvait pas voir son interlocuteur, elle était attachée à une table, comme si on s'apprêtait à l'opérer. Son corps était engourdi et ses muscles léthargiques, il lui était impossible de bouger ne serait-ce que le petit doigt.

« - Ne prenez pas la peine de répondre vous devez être bien trop éprouvée pour ça. De toute manière je vais vous laisser tranquille pour l'instant, je m'occuperez de vous plus tard. Vous m'êtes indispensable pour ce que je vais faire...
- Qu'est-ce que vous voulez faire ? »

Un silence surprit fracassa littéralement l'ambiance. L'homme ne s'attendait probablement pas à ce que Pandore arrive à articuler quoique ce soit.

« - Vous êtes véritablement passionnante, il est dommage que j'ai besoin de votre âme. »

Les yeux de la sorcière roulèrent dans leurs orbites, la fatigue reprit le dessus, la jeune femme sombra de nouveau dans le néant.

Ils étaient en fait tous dans la même salle, mais chacun ignorait la présence des autres, plongé dans une inconscience préférable à la fatigue et à la douleur physique et mentale. Ils n'avaient aucune idée de la personne qui s'occupait si bien d'eux, elle paraissait confiante, trop confiante. Il s'agissait peut-être de l'unique faille du maître des lieux...

Il s'approcha lentement de Balder. Le guerrier était le seul à ne pas être couvert de blessures, il avait juste des cicatrices. Le mystérieux sorcier eut un sourire étrange, il lisait dans les âmes des ses victimes, une faculté qu'il avait mit des années à maîtriser.

« - Un immortel qui s'ignore, tu sera un sacrifice important pour ce que j'ai à accomplir. J'ai un groupe bien surprenant qui s'est échoué ici... Il est temps de travailler, les arcanes sont à compléter. »

La pièce était parfaitement carrée, faite de petites briques marron, sans aucune fenêtre. La coterie y était enchaînée autour de son geôlier. L'homme, si il en était un, avait besoin de ses prisonniers pour réaliser son souhait le plus cher, il avait attendu depuis si longtemps... Enfin il pouvait concrétiser son désir. Mais cela ne sera pas facile, la quantité d'énergie à employer pour réussir était considérable. Surtout qu'il devait être sûr de pouvoir le faire, il devait tester ses « ingrédients », qu'aucun n'arrive à lui résister au moment critique. Pour ça le mieux était de les détruire mentalement, briser leurs barrières. La sorcière brune était particulièrement dangereuse, tout comme les deux immortels. Les autres seraient beaucoup plus faciles à écraser.

« - La nuit va être longue pour vous. »

Il se concentra sur le Joker, l'assassin ne savait pas qu'il allait être la prochaine cible de la volonté acérée du magicien. En une minute il arriva à pénétrer les pensées vagabondes du tueur. Vaincre une entité aussi vieille que celle de l'homme en rouge risquait d'être long, mais le jeu en valait la chandelle.

Les allées sombres du Palais de la Souffrance, autrefois si familières, paraissaient à présent menaçantes pour le démon qu'il était. Il fallait qu'il quitte les lieux au plus vite, ses anciens confrères le pourchassait, sa tête valait suffisamment cher pour que l'enfer entier se mette à ses trousses. Evidemment personne n'avait pensé à fouiller dans le coeur même des abysses, on n'était jamais plus en sécurité qu'au plus proche de ses ennemis.

Malheureusement il arrive parfois que l'on commette des erreurs irréparables, et que l'on doive en payer le prix. Un prix très lourd, surtout quand c'est Diablo en personne qui le fixe. Lorsqu'il avait rejoint Joraël Korn, son plus fidèle lieutenant, il pensait pouvoir s'échapper en toute tranquillité sur Sanctuary, les portails vers ce monde étant grands ouverts. Hélas la trahison était partout, et les traîtres étaient encore plus enclins à trahir les autres traîtres. Dorénavant il ne ferait confiance qu'à lui-même... Si il survivait...

« - Mon vieil ami, je suis désolé mais je me suis vu obligé de te donner à notre cher maître Diablo, un grade d'Archidiable ne se refuse pas.
- Maintenant je sais pourquoi je quitte ce monde : Pour être seul. Les autres, comme toi, m'ont usé prématurément. Je me doute que tu n'as pas la prétention ou la folie de m'affronter seul, tu as sûrement ramené le cul que tu lèches par ici...
- Des paroles bien amères, il est dommage que tu acceptes aussi mal la défaite. Ne t'inquiète pas ce n'est pas la mort qui t'attend, mais quelque chose de bien plus impitoyable !
- Je te briserais Joraël, je te briserais... »


Le Joker eut un sursaut, il quitta ses souvenirs horribles pour retourner à la réalité. Son passé lointain de plusieurs millénaires venait de resurgir en lui et ce n'était vraiment agréable. Il avait un mauvais goût de bile dans le fond de sa gorge, il se sentait très faible, presque vulnérable. Malgré le fait qu'il n'y ait quasiment pas de lumière dans la pièce le moindre rayon lui blessait atrocement les yeux. Mais il n'était pas stupide, il savait qu'il venait de repousser une terrible incursion mentale, quelqu'un avait cherché à s'insinuer en lui... Il essaya de regarder autour de lui mais il ne perçu pas grand-chose. Si il était encore en vie c'était uniquement grâce au fait qu'il soit immortel. Son assaillant n'était pas étonné par la résistance que sa victime avait imposée, mais elle était suffisamment affaiblie pour être surpassée la seconde fois.

Il était le dernier, ils étaient tous brisés à présent. Il allait les laisser de côté un instant, pour récupérer toute sa puissance, puis il reviendra. On n'entendit pas ses pas s'éloigner car il n avait pas besoin de marcher... Il était uniquement suivit par le silence. Après cette journée de préparation il avait besoin d'une méditation. La porte claqua derrière lui, il était impatient, très impatient...


Ils avaient encore essayés de l'arrêter, sans aucun succès comme d'habitude. Les chasseurs de prime n'étaient pas d'une très grande efficacité. Les cadavres reposaient sereinement sur le sol noircit par le déchaînement d'énergie magique. Comment avaient-ils pu croire arriver seulement à la blesser ? Un rêve qui s'était terminé dans la cendre.

Le royaume entier la recherchait, elle avait détruit plusieurs villes et villages, massacrant plusieurs milliers de personnes innocentes. Enfin l'innocence existait-elle seulement ? La race humaine semblait en être dépourvue, tout le monde avait des crimes à se reprocher. Pandore ne se plaçait pas en juge mais juste en exécutrice.

Elle marchait sur la route jonchée des corps de ses victimes, la supériorité numérique n'avait rien changée, comme d'habitude. Pourtant il restait encore une survivante, au bout du chemin, probablement la commandante de cet escadron. Elle paraissait paralysée, n'osant quitter le monstre des yeux. Cette femme là était grande, belle, athlétique, gracieuse... dangereuse. Pandore leva une main, des flammes se mirent à courir le long de ses doigts blancs. Son regard était vide, sans âme, comme à chaque fois qu'elle s'apprêtait à tuer quelqu'un. La guerrière qui se tenait en face d'elle sans bouger d'un pouce esquissa soudainement un mouvement de recul, tout en pointant sa hallebarde en avant.

« - Je ne te veux pas de mal ! »

Une grimace agacée s'étira sur le visage squelettique de Pandore.

« - Alors pourquoi toutes ces armes ? Ces hommes ? Ces menaces ?
- Parce que je ne savais pas ce que tu étais...
- La peur motive tes paroles, essaye au moins de mourir dignement !
- Je veux te protéger, pour que tu n'ais plus rien à craindre... Je suis une amie. »

Pandore se figea dans son geste, elle était pourtant prête à pulvériser son adversaire. Une amie ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Depuis quand on voulait être son amie ? Qui voudrait d'une meurtrière affreuse comme amie ? Il faudrait être fou !

« - Et pourquoi ça ?
- Je... Je ne sais pas... »



Elle ouvrit de nouveau les yeux, l'estomac retourné. Son dos était comme cassé en morceaux. Ses iris étaient redevenus noirs anthracites, plus vivants qu'il n'y a quelques heures. Pandore toussa, ce qui provoqua un véritable déluge de feu dans ses poumons compressés. La quinte devint si violente qu'elle dû tourner la tête sur le côté, vomissant de sang. Elle avait l'impression d'avoir de l'acide dans la bouche, luttant pour ne pas retomber dans l'inconscience. La sorcière se laissa plusieurs minutes pour récupérer, la respiration haletante, les lèvres noires et le teint quasiment transparent. Finalement elle réussit à se redresser, chose qui lui demanda plus d'efforts qu'elle ne l'aurait cru. Complètement hagarde elle regarda autour d'elle, remarquant ses compagnons enchaînés. C'est à ce moment là que la jeune femme se rendit compte que ses poignets étaient retenus par des chaînes. Choses dérisoire car même dans un état aussi pitoyable Pandore brisa ses liens d'une pensée, le fer s'effritant sous l'effet de la magie.

Ses pieds se posèrent sur le sol froid, un fourmillement parcouru ses jambes nouées par la douleur. Serrant les dents elle se mit debout, manquant de s'étaler par terre. Son corps était ravagé dans tout les sens du terme, jamais elle ne pourra se remettre des blessures que le mana lui avait auto infligé. Néanmoins elle savait qu'il ne lui restait que très peu de temps pour réagir et quitter cette situation critique. Même si elle n'avait pas idée de qui elle allait devoir affronter la sorcière devait libérer les autres.

Elle se traîna comme possible jusqu'à Val'Daran, puis vaporisa les chaînes qui retenaient son amante. L'amazone s'écroula dans les bras de Pandore qui tomba avec elle. Les deux femmes à terre mirent un moment à s'en remettre. Heureusement pour la magicienne le choc avait réveillé Phénitia. La guerrière se releva sur son coude, éreintée. Un affreux mal de crâne bourdonnait dans ses oreilles en plus des plaies à moitiés cicatrisées qui la tiraillait de partout. Mais elle était plutôt de bonne constitution et réussit à s'adosser au mur, évitant d'écraser sa compagne.

« - Ouh... »

Fut l'unique chose qu'elle réussit à soupirer, encore trop sonnée. L'amazone était presque surprise d'être encore en vie, cela tenait du miracle. Difficilement elle ramena Pandore entre ses jambes, caressant la chevelure de la magicienne. Au moins si elles y resteraient unies.

« - Aide moi à les libérer, articula la sorcière à bout de souffle.
- Oui... »

Elles se levèrent toutes les deux, décidées à remettre tout le monde debout. Ainsi elles tirèrent la coterie hors de son sommeil forcé et tourmenté. Le Joker s'en remit assez vite, tout comme Balder alors que Lillya eut beaucoup plus de mal. Des minutes difficiles s'écoulèrent pour chacun, il fallait lutter contre la fatigue tenace et la souffrance. Sörg aida sa fiancée à s'en remettre, elle était vraiment à la limite de rechuter. La jeune femme s'appuya sur l'épaule métallique de son homme, lui murmurant à l'oreille :

« - Où sommes nous ? Encore un endroit sale et mauvais...
- Je ne sais pas... Ca doit être Orthrys, je me demande qui peut vouloir habiter ici... »

« - C'est Stendark, clama le Joker. »

Le silence tomba de nouveau, il n'y avait même plus un murmure. Plus personne n'osa parler, c'était comme si on avait annoncé l'apocalypse. Balder essaya d'analyser la phrase, il ne connaissait pas ce nom mais pourtant un frisson l'avait instinctivement parcouru.

« - C'est quoi ? »

L'assassin était adossé à un mur, même lui paraissait devoir souffler un petit moment, épuisé par les derniers évènements. Il avait reprit son chapeau, ce qui rendait sa mine encore plus sombre.

« - Stendark, c'est un des anciens larbins de Joraël Korn. C'est une liche, on l'a cru mort lorsque la prison d'Orthrys fut détruite par les Archanges... Mais visiblement il a survécu. Son essence mort-vivante est caractéristique, un nécromancien nous aurait été très utile. »

Sörg regarda ses pieds, se rappelant la mort de Duncan. Phénitia éprouva une honte si forte qu'elle faillit se mettre à rougir, elle ne savait plus ou se mettre. L'amazone réussit néanmoins à jeter d'une petite voix :

« - Il va falloir faire autrement... Même si notre adversaire à l'air des plus puissants. Tu sembles le connaître, Joker, il n'a pas une faiblesse ?
- Je ne le connais pas, je l'ais fréquenté pendant quelques années en enfer. Il a les faiblesses d'un mort-vivant : la magie divine et son opposée la nécromancie. Aucun de nous ne les maîtrise... Sauf... Peut-être Pandore ?
- Ne me demandez pas ça. »

Les regards convergèrent vers la sorcière. Elle était squelettique, pâle, le visage cerné, à bout de nerf. Lentement elle s'assit dans un coin de la pièce, Val'Daran ne pu s'empêcher de la suivre.

« - Ne me demandez pas ça... »

Elle se mit à pleurer, cassée par les sanglots. Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'elle était hors d'état. Le mana avait ravagé son organisme, les plaies étaient si profondes qu'elles ne cicatriseraient jamais. Pourtant il fallait bien trouver un moyen de partir ou de vaincre le maître des lieux.

« - D'accord, d'accord... Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? s'interrogea Balder.
- On se bat, proposa Phénitia.

Le Joker rétorqua :

- Sans plan c'est courir à la mort. »

Les aventuriers avaient leurs armes, ils avaient peut-être une mince chance de triompher mais leur santé et leur moral n'étaient pas au maximum. Le geôlier risquait de reparaître à n'importe quel moment, sa magie pouvait exterminer n'importe quoi, ce n'était pas une lame qu'il fallait pour le détruire mais quelque chose d'égal comme Pandore. Hélas la sorcière ne pourrait rivaliser au vu de son état. Sörg enragea du désespoir de la situation :

« - Mais il doit bien avoir une solution ! Quelque chose à faire, une chance à saisir ! Personne n'est invincible... Cette raclure, aussi dangereuse soit-elle, doit avoir son point faible.
- Tu ne comprends donc rien, intervint le Joker, je t'ais déjà expliqué : La magie. Et comme tu peux le voir notre lanceuse de sort est incapable de faire quoique ce soit. Nous n'avons guère le choix de ce que nous pouvons faire...
- C'est-à-dire ? questionna Lillya d'une voix encore faible.
- Il est possible de trouver un portail magique dans cette forteresse, qui pourrait nous ramener en enfer probablement. »

La phrase laissa un horrible blanc. Finalement ce fut Balder qui éclata de rire. Un rire malheureux, triste, voir même un peu effrayé.

« - Retourner dans ce trou ? Très drôle ! Je crois que je préfère encore crever ici ! Au moins cette histoire se terminera enfin !
L'assassin expliqua, excédé :
- Il en veut à nos âmes. Tu aura d'abord la mort puis le tourment éternel, sans jamais pouvoir trouver le repos. Je préfère passer un nouveau millénaire dans les abysses avec mon âme plutôt que pourrir accroché au pouvoir de cette liche.
- Alors c'est ça, on retourne en enfer ? On retourne là bas ? Peut-être à tout jamais ? C'est quoi cette idée de merde ? ! Vous êtes si mous que ça ? Je me sens prêt à l'affronter moi, ce « Stendark » ! Il suffit juste de se secouer un peu ! Tu m'entends, tas d'os de merde ? Je suis Sörg Balder et je vais te péter les os un par un !
- Les mortels sont réellement amusants, surprenant même. De toute manière je ne sais pas pourquoi nous dissertons là-dessus car le maître des lieux doit déjà être au courant de notre pseudo-évasion, compte tenu du nombre d'alarmes magiques qui devaient tapisser cette cellule, asséna d'un ton morne le Joker. »


« - Vous devriez en effet écouter votre ami démon. Je me suis bien amusé de vos discutions stupides. Décidément je n'ais pas le temps de me reposer que je dois déjà mater cette inutile mutinerie.
- Désolé de te fatiguer, grand père, nargua Balder. »

La silhouette sombre qui était apparue sans même ouvrir la porte de la pièce s'avança un peu plus, flottante à quelques centimètres du sol. Elle portait de longs vêtements gris et noirs de très bonne facture, probablement magiques. La faible luminosité illumina une tête chauve et purement osseuse, blanchie par le temps. Les orbites de ce crâne sans émotions brillaient d'une légère étincelle grenat. Mais la chose la plus inquiétante de ce tableau était que la créature souriait, sans jamais s'arrêter.

« - Bien, je m'attendais à mieux de la part d'un immortel.
- Pardon ?

La liche ricana d'une voix d'outre tombe.

- Tu ne sais même pas ce que tu es, c'est vraiment... Distrayant. Il te reste beaucoup à apprendre. C'est dommage car tu n'as pas les bonnes cartes en main. Je crois savoir que vous souhaitez vous battre ? »

Sörg voulu répliquer une nouvelle fois mais il sentit quelque chose de glacial s'insinuer dans son esprit, un peu comme une lame de scalpel. Il serra les dents, tiraillé par une douleur si forte qu'il cru de nouveau tomber dans l'inconscience. Mais cette fois-ci il fallait résister, sinon tout ce terminerait ici, maintenant. La volonté de la liche était si puissante qu'elle écrasait littéralement les faibles défenses érigées par le guerrier. Même avec toute sa force il avait l'impression de faire face à une vague immense, dévastatrice, qui balayait tout sur son passage.

Mais l'écume magique fut soudainement refoulée, sa course brisée par des remparts venus de nul part. Balder ouvrit les yeux, en face de lui même la liche paraissait surprise. Son flux mental venait d'être stoppé par une force extérieure puissante. Il ne pouvait y'avoir qu'une personne à l'origine d'un pareil phénomène : Pandore. Et elle se tenait debout, zombifiée par le mana. Sa bouche articula mécaniquement :

« - Tu ne m'aura... pas... deux fois... par surprise... »

Stendark s'exclama, agacé :

« - Alors on veut jouer ? Soit. Je décide des règles. »

Il leva les bras et une fraction de seconde plus tard la pièce autour d'eux s'écroula, les pierres coulèrent les unes sur les autres. La coterie essaya de se protéger mais se rendit vite compte que rien de cela n'était réel, les murs avaient juste changés, ils s'étaient étirés de façon à agrandir l'endroit. A présent la salle était plutôt circulaire, des arcs se rejoignaient au centre de la voûte qui servait de toit. Le sol était couvert de dalles rondes sur lesquelles des runes étaient gravées. Le plus ennuyeux et qu'il n'y avait aucune porte de sortie. D'ailleurs les fenêtres aussi étaient absentes et pourtant les lieux étaient bien éclairés.

« - Voilà quelque chose de plus propice à votre défaite... »

La liche gloussa d'une façon énervante, toisant ses adversaires avec mépris. D'une parole il invoqua un bouclier violacé autour de lui, il puait la magie noire à des kilomètres. Balder prit la tête de la charge, normalement occupée par Duncan. Duncan qui aurait été des plus utile dans une pareille situation... Mais Sörg devra compter sur autre chose, comme lui même. Il était devenu, en quelque sorte, le nouveau leader.
Il avait beau vouloir le mettre en pièce ça ne changeait rien, ce maudit pavois magique paraissait indestructible. Les épées de Balder ébréchaient à peine le champ force qui ceinturait Stendark. La liche souriait d'une manière proprement supérieure, mais elle s'activa d'incanter lorsqu'elle vit le Joker, Lillya et Val'Daran s'inviter à la danse. L'acier se fracassa de nouveau, mais plus intensément, sur la protection. Cette fois-ci elle commençait à montrer des faiblesses. Le mort-vivant tendit ses paumes en avant, par réflexe Sörg se jeta sur le côté... Et ce geste lui sauva la vie, les mains osseuses déversèrent un flot de flammes affamées et crépitantes à l'endroit ou il se trouvait quelques secondes auparavant.

La seconde d'après le bouclier éclatait en un bruit de verre cassé, se dissipant en jolies étincelles blanches. Stendark ne frissonna pas et cracha un mot de pouvoir, s'envolant à plusieurs mètres du sol il évita d'être taillé en morceaux. En l'air il invoqua un sortilège d'éclair, dessinant de belles et complexes arabesques bleues, le mana s'accrochant à ses doigts squelettiques. L'énergie s'accumula en une boule aveuglante dans son poing fermé, il la projeta d'abord sur Phénitia, lui laissant une brûlure sur le bras gauche, elle manqua de peu une incinération sommaire. La liche enchaîna en voulant désintégrer le Joker, mais l'assassin se déplaçait aussi rapidement et habilement qu'un tigre. Bondissant à la vitesse de l'éclair le tueur se propulsa au niveau du sorcier, ses deux haches levées. Stendark abandonna son sortilège pour invoquer un maléfice de secours :

« - Erak'Tam ! »

Un demi cercle noir s'envola du torse de son lanceur, percutant le Joker avant qu'il n'atteigne sa cible. L'assassin serra les dents en sentant ses côtes être compressées à l'extrême, puis il retomba, se récupérant comme il pu sur une épaule. Le choc fut encore plus douloureux et il cru s'être cassé le bras. Heureusement il n'écopa que d'un horrible hématome.

Sans mage il allait être difficile d'atteindre la liche perchée. Si bien qu'elle éclata de rire, satisfaite de la tournure des évènements.

« - Le regret sera la dernière chose que vous allez ressentir avant la fin... »

« - Goûte plutôt à ça... »

Les regards convergèrent vers Val'Daran, d'une pensée elle avait transformée sa hallebarde en arc ! Le manche de son hast s'était plié comme un serpent, la lame avait disparue, laissant place à une corde brillante. Lorsque l'amazone banda sa nouvelle arme une flèche apparue entre ses doigts. Stendark grogna en voyant un trait foudroyant filer droit vers lui ! Il se concentra et dévia la trajectoire du tir.

« - Vous m'énervez... Cela a assez duré, je vais prendre vos âmes, maintenant, vous êtes trop faibles pour résister. »

Phénitia riposta de nouveau, mais chaque projectile s'écrasa à quelques mètres de la liche. Le sorcier incantait les yeux fermés, ce sort là semblait encore plus inquiétant que les précédents. La coterie se figea, les aventuriers se sentirent soudainement tiraillés par quelque chose d'invisible. Ce n'était pas particulièrement douloureux mais ils n'arrivaient plus à bouger. Stendark déversait un flot de paroles mystiques et incompréhensibles d'un ton particulièrement agressif. Balder s'éleva légèrement dans les airs, comme si une main géante l'attrapait par le col. Il se sentait oppressé et totalement impuissant. Ses yeux se fermèrent et sa tête roula en arrière, tout disparu.



Il y'avait un affreux bourdonnement, c'était probablement le sang qui battait à ses tempes.

Il ouvrit lentement les paupières, allongé sur un sol impossible à discerner. Il y'avait une brume épaisse à perte de vue, elle était cotonneuse, presque nuageuse. Sörg se mit à genou, puis lentement debout. A travers la purée de poix il ne voyait pas à plus d'un mètre. L'humain porta une main à sa tête :

« - Au moins je sais que ce n'est pas l'enfer... Alors si je suis mort, c'est ça le paradis ?

- Tu n'es aucunement mort. »

Balder fit volte-face en entendant la voix si mélancolique de Pandore. La jeune femme était vêtue de sa magnifique robe noire en dentelle, qui était en parfait état. Elle était beaucoup moins pâle, plus vivante, en meilleur santé, sans un tache de crasse au de sang. Le guerrier fronça les sourcils et remarqua que c'était aussi son cas : son armure était flambante... Mais il manquait ses armes !

« - Pandore ? Ca va ? Tu as l'air mieux...

- Je ne vais pas mieux, enfin physiquement.

Sörg regarda autour de lui, perplexe :

- Mais où sommes nous ?

- Dans -... »

Le reste de la coterie apparue tour à tour, s'extirpant des nuages qui flottaient dans les airs. Ils étaient tous propres et vaillants, comme si les derniers jours n'avaient jamais existés. Ils paraissaient également tous parfaitement intrigués. Pandore reprit alors :

« - ... Dans un monde engendré par nos Volontés et celle de notre adversaire. Rien n'est réel ici, mais nous sommes prisonniers tant que celui qui nous a forcé à créer cet univers n'est pas mort.

- Précise un peu, demanda Balder pour les autres.

- Stendark ne nous a pas tué, il tente d'arracher nos âmes à nos corps. Nos Volontés résistent. Alors un combat mental s'est engagé entre nos esprits et celui de la liche. Ici nos souhaits peuvent devenir réalité par simple effort de pensée, pour peu qu'on sache se concentrer. Si l'un de nous meurt ici son âme sera prise et Stendark deviendra encore plus fort, si au contraire nous le tuons cela pourrait représenter notre unique chance de vaincre.

- Tu veux dire que si je veux tuer tout le monde ici d'une pensée je le peux ? s'interrogea laconiquement le Joker.

- Oui, mais je pense qu'il faudrait être un Dieu pour réussir à écraser une volonté aussi vite. Chaque fois que quelqu'un réalise quelque chose cela épuise plus ou moins son esprit, un esprit trop épuisé sera vulnérable, très vulnérable. Il faudra faire très attention à ce que nous faisons. »

L'avertissement de Pandore était clair, sa voix précise. La sorcière ajouta après une petite réflexion ;

« - Stendark ne va pas tarder à nous trouver, je pense qu'il y'a une stratégie à appliquer : Cette liche semble très sûre d'elle et très orgueilleuse, si nous la provoquons suffisamment elle déchaînera sa volonté de façon très éprouvante, il faudra alors trouver le moyen de la contrer en se fatiguant le moins possible. C'est une course d'endurance ou il faut planifier chaque foulée, il faudra choisir vite et bien.

- Je suis d'accord avec elle, tâchons de ne pas nous dépenser inutilement, approuva Val'Daran.

- Cela aurait été plus facile de lutter avec nos armes, marmonna Balder.

- Tout comme mes sortilèges elles ne peuvent exister que par notre volonté, tu peux les avoir, si tu le souhaites. »

Sörg avait du mal à appréhender la situation, d'après Pandore il était alors potentiellement aussi puissant que Dieu ! Enfin dans les limites de sa détermination. Il ferma alors les yeux et imagina ses armes dans les paumes de ses mains. Soudainement il sentit le contact froid de l'acier contre sa peau ! Etonné il leva la lame d'une de ses épées devant lui, elle venait d'apparaître parce qu'il l'avait voulu ! Ses compagnons l'imitèrent rapidement.

Ils frémirent lorsque la brume se dissipa en un courant d'air glacé. La coterie regarda autour d'elle, au loin une silhouette noire filait vers eux à toute vitesse. Elle freina et s'arrêta à quelques mètres, c'était Stendark qui souriait de toutes ses dents. Balder voulu se jeter sur lui, mais des dizaines de monstres cauchemardesques s'étirèrent du sol pour faire barrage ! Une véritable nuée de créatures grimaçantes et horribles s'élancèrent, glapissantes, gargouillantes et cliquetantes, difformes mais aux griffes et aux crocs acérés. Sörg en trancha une en deux, d'un coup. Elle s'envola en un nuage de fumée noir. Mais rapidement il fut prit de toutes part, n'arrivant pas à se concentrer pour faire quelque chose d'efficace ! La panique s'empara de lui, du coin de l'oeil il aperçu ses compagnons faire de même.

Un poing de pierre géant fracassa le crâne d'une créature, la dispersant aux quatre vents. Le sol s'était transformé en plateau d'échec. Des pièces animées et colossales s'attaquaient aux cauchemars. Le fou transperça deux monstres de sa lance, alors que les pions formaient un mur efficace de coups de pied et de poing. Ils étaient tous en roche, tels des golems. Des cavaliers chargèrent et semèrent un chaos sans égal dans les rangs ennemis, déchiquetant la piétaille à grand renfort de fléau d'arme ! Le spectacle était splendide, Balder n'oublierait jamais une telle folie ! N'ayant même plus besoin de prendre par à la mêlée pour s'économiser, le guerrier jeta un regard par-dessus son épaule : Pandore était la reine de ce jeu, commandant ses troupes sans âmes d'une volonté de fer.

Un éclair tomba du ciel et explosa un pion en éclat de roche tranchant ! Sörg vit Lillya se baisser précipitamment pour éviter une méchante blessure. La foudre gronda de nouveau, explosant de nouveau une pièce de l'échec. Les cauchemars avaient disparus, le tonnerre lançant son assaut à leur place. La sorcière laissa tout tomber, cela ne servait plus à rien. Les statues craquèrent et se fissurèrent, puis tombèrent en poussière. Stendark était agacé, cela n'avait pas marché comme prévu !

Balder se concentra et voulu se déplacer à la vitesse de la lumière. Il fit un pas et se retrouva nez à nez avec son adversaire prit par surprise. Le guerrier leva ses armes si vite qu'aucun oeil ne pu les suivre. Mais le temps sembla cruellement se ralentir, les quelques secondes qui s'écoulèrent parurent durer autant d'éternités. Lorsque les lames allaient trancher elles ne fendirent que l'air, la liche se trouvait à quelques mètres de là, téléportée par sa volonté.

Les aventuriers n'eurent pas le temps de réagir, le monde s'était entièrement emplit d'eau froide ! Stendark ne respirant pas il s'en moquait complètement mais ses victimes furent prises au dépourvu. Balder cru se noyer, il voulu faire apparaître des branchies sur sa peau mais il était horriblement difficile de garder son calme.

Pandore resta en apnée et fit disparaître l'océan d'une pensée. Si la liche était sûrement rodée à ce jeu là, la sorcière avait aussi du répondant. Les aventuriers trempés crachèrent toute l'eau qu'ils purent. Sörg était à genou, reprenant une des armes qu'il avait laissé tomber. Un courant d'air souleva ses mèches de cheveux, il tourna la tête, apercevant une majestueuse silhouette s'élever au dessus du sol. Lillya avait une paire d'ailes angéliques et scintillantes, presque aveuglante. L'épée de la guerrière s'allongea de plusieurs dizaines de centimètres, prenant une taille supérieure à celle d'un espadon. La jeune femme chargea Stendark, prête à le fracasser en morceaux. Le mort vivant imagina rapidement une solution à son problème : Il érigea un champ de force pur autour de lui. C'était purement impénétrable. Lillya frappa de toutes ses forces mais rien n'y fit... Sa cible ricana, Pandore hésita à balayer la protection, c'était utiliser beaucoup de volonté.

Le Joker avait disparu, comme souvent. Cette fois-ci l'assassin était réellement invisible : Il s'était littéralement changé en courant d'air. Ainsi il traversa la barrière de Stendark sans que l'arrogante liche ne s'en rende compte. Alors qu'elle se concentrait pour un autre tour elle comprit pourquoi ses adversaires ne bougeaient pas : Ils devaient avoir la situation en main, d'une manière ou d'une autre. Lorsque le sorcier sentit un souffle sur sa nuque il prit conscience de son erreur. Une hache se planta douloureusement entre ses omoplates décharnés. Il serra les dents à s'en briser les mâchoires, concentrant son esprit sur une riposte efficace. Un puissant courant électrique s'échappa du corps de Stendark pour passer cruellement dans celui du Joker. Les os de la liche s'en moquèrent mais le coeur du tueur fit un bond et l'homme au chapeau fut projeté en arrière, le champ de force s'étant dissipé. Se redressant de toute sa stature le mort vivant toisa la coterie qui était en train de charger.

Elle allait le mettre en pièce lorsqu'il commença à s'agrandir. A une vitesse hallucinante Stendark prenait des mètres de hauteur, devenant gigantesque. Sörg s'effara de se retrouver face à une chose pareille, sa lame ne se trouvait plus au niveau de la tête de son adversaire mais à la moitié de son petit orteil. Il resta bouche bée un instant, sans savoir trop quoi faire. Lillya qui volait monta et frappa au genou, mais son arme était trop insignifiante pour causer mieux qu'une minuscule entaille. Le groupe se dispersa rapidement, évitant ainsi de se faire écraser. Pandore usa de télépathie pour s'adresser à ses compagnons en déroute totale :

« - Cette folie va coûter cher à Stendark. Nous avons touché son orgueil en le blessant physiquement, il a déchaîné toute sa puissance. Si nous le tenons suffisamment longtemps sous cette forme il s'épuisera tout seul et nous le vaincrons. Pensez à des stratagèmes simples pour le ralentir ! »

Balder s'arrêta alors de courir, voyant que la liche essayait de saisir Lillya qui voletait autour de son immense visage exaspéré. Il visualisa les ronces qu'il avait autrefois dans son jardin, imaginant qu'ils étaient beaucoup plus gros que la réalité. Des tentacules épineux surgirent du sol, enserrant les pieds du sorcier. Il fut si surprit qu'il manqua de s'étaler de toute sa masse. Laissant Lillya il fit appel à sa force colossale pour arracher la mauvaise herbe qui commençait à courir le long de ses chevilles. Il se libéra sans trop de peine, maugréant sa vengeance proche.

Val'Daran renchérit en faisant apparaît d'affreux sables mouvants sous le géant. Le sol devint mou et le monstre commença à s'enfoncer dangereusement. Il hurla de rage, essayant de s'extirper de ce piège bien pensé. Rien y fit, plus il s'agitait plus son corps descendait, engloutit par la terre insensée de ce monde. Bientôt ses jambes entières furent avalées par l'étrange marécage. Hélas Stendark n'abandonna pas aussi facilement, il abattit ses poings sur la coterie, tentant d'en broyer quelques uns. Mais il n'arriva à rien, les aventuriers s'étaient rapidement éloignés pour ne pas terminer écrasés.

Vaincu sous cette forme le sorcier abandonna. Il retrouva sa taille normale, se concentrant pour faire disparaître les sables mouvants. Stendark réussit mais perdit l'équilibre lorsqu'il toucha de nouveau la terre ferme, il était très affaiblit. La colère monta en lui car l'énergie qu'il avait dépensé s'était montrée purement et simplement inutile. Il était en train de perdre. Pour lui il s'agissait de quelque chose d'impossible, il ne pouvait être vaincu !

« - Vous... Vous... »

Sa voix était faible, las, coupée et presque pleurante. La liche leva ses yeux rougeoyants de haine, à bout de force. Autour de lui ses adversaires le surplombaient. Balder ne pu s'empêcher de sourire, son épée se leva et retomba aussi vite, fendant le crâne de Stendark en deux, broyant l'os en un bruit de craquement sec. Presque instantanément le monde de brume s'effilocha pour laisser place à la salle ou la coterie avait été premièrement enfermée. Si le mort-vivant avait enfin rejoint ses confrères dans la tombe le reste du groupe était encore plus fatigué qu'avant.

Sörg rangea une de ses armes et s'appuya sur l'autre, le souffle court. Ses compagnons n'étaient pas en meilleure forme. Le pire restait toujours Pandore, allongée au sol, sa poitrine se soulevant à peine au rythme de sa respiration.

« - Voilà... Une bonne chose de faite, marmonna Balder.

Le Joker articula entre deux inspirations :

- Pas encore... »

Phénitia et Lillya tournèrent la tête en même temps vers l'assassin. Val'Daran fronça les sourcils et demanda :

« - Comment ça ? »

Son ton trahissait l'inquiétude.

« - Pour se débarrasser définitivement d'une liche il faut briser son phylactère, c'est l'unique chose qui la maintient... en « vie », expliqua le tueur.

- Quoi ? ! Ca veut dire que le cadavre qui est dans cette pièce va se relever ? ! »

L'homme au chapeau rouge soupira et secoua la tête comme si il avait à faire à un enfant. Son regard se braqua en direction de Sörg à la limite de la crise de nerf.

« - Non. Mais si nous ne faisons rien oui. Il faudra quelques heures pour que Stendark se réincarne. C'est ce temps que nous devons mettre à profit pour se débarrasser définitivement de lui. Evidemment il a du extrêmement bien cacher et protéger son phylactère. »

Balder ravala une réplique plutôt acide face à l'arrogance du Joker. Lillya profita de l'instant pour poser une autre question :

« - Et à quoi ça ressemble ?

- A une pierre précieuse assez grosse, si l'on regarde à l'intérieur on peut y apercevoir toute la noirceur de l'âme de Stendark. »

La jeune femme hocha la tête. Elle jeta ensuite un coup d'oeil à Pandore, visiblement pas en état de marcher.

« - Et qu'est-ce qu'on fait pour elle ? On ne peut pas la laisser seule ici, si la liche à des serviteurs ils risquent de lui tomber dessus.

- Je vais la porter, déclara sèchement Balder, elle ne doit pas être bien lourde et je récupère vite.

- Tu es immortel ? »

La phrase lancée par Lillya jeta un blanc. Son fiancé laissa finalement échapper d'un ton las :

« - Je n'en sais rien, je ne sais pas ce que c'est que cette histoire mais ça expliquerait le fait que je sois toujours en vie ! Comment cela est arrivé ça reste un mystère, la seule à pouvoir y répondre serait probablement Pandore.

- Oui elle le saura sûrement, approuva Phénitia. »

Le guerrier souleva le corps frêle et maladif de la sorcière, il avait presque peur de le casser tant il paraissait fragile. Elle avait dû perdre beaucoup de poids avec la fièvre et l'usure du mana, et ainsi, ne pesait plus rien. Le Joker prit la tête du groupe et défonça la porte de leur cellule à coup de hache. Si les barreaux des oubliettes étaient indestructibles ce n'était pas le cas ici. Le démon sonda les ténèbres du couloir qui s'allongeait devant lui, il ne savait pas vraiment ou chercher. La nature infernale de son sang ressentait plus facilement les fluctuations magiques, il essaya de se concentrer mais l'endroit ne manquait pas de sorcellerie, c'était un peu comme chercher une aguille dans une meule de foin. Néanmoins une pulsation de mana particulièrement forte faisait écho en hauteur.

« - Changeons d'étage, Stendark à peut-être caché son phylactère au sommet. »

L'assassin avait prononcé cette phrase à s'éloignant dans l'obscurité.

Le groupe n'eut pas vraiment de mal à trouver un long escalier en colimaçon, éclairé par à peine quelques torches vacillantes. La coterie s'accrocha à ses dernières forces pour cette ascension de plusieurs centaines de marches ! Les blocs de pierre se déroulaient d'une façon moribonde et désespérante. Balder commençait à en avoir assez, même son armure lui pesait. Ses bras étaient en plomb mais il ne voulait surtout pas lâcher Pandore. Il marmonna d'une manière inaudible son agacement croissant, il avait hâte de s'échapper de ce trou !

La lumière se fit plus présente, signe d'une ouverture. Les ombres se figèrent sur les murs usés et craquelés, un courant d'air frais caressa le visage des guerriers épuisés. Le Joker fut le premier à contempler une vue époustouflante : Ils se trouvaient sur le toit d'une tour gigantesque, la vue s'étendait sur des hectares de forêt dense. Au l'horizon il y'avait de magnifiques montagnes enneigées qui dressaient un mur au soleil couchant.

« - Pas mal... »

Sörg admira un instant le paysage, c'était quasi-céleste. Le ciel orangé virait au rose lorsqu'il s'accrochait aux nuages d'un blanc majestueux entaché par les teintes multicolores de l'azur. Le vent faisait doucement onduler les arbres millénaires au feuillage émeraude. Même la roche prenait une belle couleur lavande sous la lumière faiblissante.

Inspirant à plein poumon Balder tourna la tête vers le Joker, occupé par une stèle plantée au centre de la plate-forme. Elle était lisse et noire comme le granit. L'humain haussa un sourcil, s'approchant de plus près.

« - Qu'est-ce que c'est ?

- Une stèle d'obsidienne. C'est probablement un portail, mais il faut trouver le moyen de l'activer. »

Ne voyant pas la moindre gravure sur le pilier, Sörg resta dubitatif.

« - Et comment tu sais ça ? »

Le tueur ne répondit pas.

« - Je vois, soupira le guerrier, tu sais tout... Etc... Etc... »

Enervé il laissa tout de même le Joker à son analyse, il n'avait pas vraiment le choix de toute manière. L'assassin suivait des lignes invisibles du bout de ses doigts, cherchant quelque chose. Des minutes toutes plus longues que les autres s'écoulèrent. Finalement l'homme en rouge releva la tête, semblant avoir comprit de quoi il s'agissait.

« - J'ai déjà vu ce genre d'édifice, le phylactère doit être à l'intérieur. En fait dans un plan tellement petit qu'il doit faire la taille d'un poing, cette stèle est le passage. Il doit sûrement s'activer d'un mot de pouvoir, il reste à savoir lequel.

- Quelque chose de lié à Stendark ? proposa Val'Daran.

- Oui, probablement. Je ne connais pas son histoire personnelle. »

Balder se racla la gorge, demandant d'une voix mesurée :

« - Tu l'as déjà rencontré, toi, tu n'as pas une idée ? »

L'intéressé resta un instant silencieux, puis le masque impassible qui lui servait de visage s'anima :

« - Tout le monde penserait à quelque chose de proche de lui, mais il a sûrement choisit une chose qui représente son opposé, ça lui ressemblerait. Je peux tenter...Ashilirak'soraz D'Isordynayutamorak »

Il eut un moment de flottement mais rien ne se passa. Le Joker secoua la tête, agacé.

« - Ce n'est pas mon nom... Alors un de ses adversaires... Si il a été condamné à rester ici c'est qu'il a dû être vaincu. Mais je ne vois pas par qui. »

Lillya s'avança alors, elle avait l'air confiante. De sa main elle passa une de ses mèches derrière son oreille. Sa voix douce s'éleva calmement :

« - Moi je crois savoir. L'ange qui était en moi... C'est lui qui avait vaincu cette liche. Je le sais... Ce sont ses connaissances qui sont dans mon esprit à présent. Il s'appelait Fangorn. »

Le pilier vibra légèrement, comme frappé par une masse encore plus lourde. Le tueur plongea sa main dans la roche, étrangement elle fondit comme du beurre, laissant une onde à sa surface. D'un coup sec le démon retira une pierre de la stèle, serrée en son poing. Le phylactère.

« - Alors c'est ça... »

Balder observa la pierre noire brillante, comme si elle sortait de l'eau. A l'intérieur on apercevait comme un millier d'étoiles. Le tableau aurait pu être magnifique si la gemme ne dégageait pas une impression de danger immédiat qui mettait mal à l'aise.

« - On la brise comment ?

- Simplement, comme ça. »

Il posa le joyau maléfique au sol, leva ses deux haches et frappa avec force. Les lames tranchantes fendirent jusqu'à la roche du parterre, explosant le phylactère en une dizaine d'éclats qui s'envolèrent dans toutes les directions. Les fragments scintillèrent encore un instant puis devinrent rapidement aussi ternes que du charbon. L'âme maudite de Stendark venait être libérée, son corps n'était alors plus lié au monde des vivants, sa non-mort venait de prendre fin.
« - Maintenant tu sais ce qu'ils m'ont fait. Ils ne se sont pas contentés de m'arracher à mes attaches pour transformer ma vie en quelque chose d'incompréhensible et d'inhumain, ils m'ont volés mes rêves. Je suis condamnée à errer et à tuer pour ne pas que l'on me tue, et c'est de leur faute. Ils n'assument pas leurs actes, alors j'applique ma sanction. »

C'était la première fois que Pandore parlait avec quelqu'un, quelqu'un qui ne souhaitait pas sa tête pour des milliers de pièces d'or. Elle marchait avec sa nouvelle amie, quelque chose qu'elle avait découvert, un nouveau type de lien.

« - Les hommes sont fous, ils n'arrivent pas à envisager les conséquences de ce qu'ils font. Tu n'as plus rien à craindre d'eux, nous allons partir, je vais te mener loin d'ici. Cet endroit sera radicalement différent. Là bas on ne connaît pas ton nom. Les tribus amazones sont ma patrie, tu y seras en sécurité, j'en fais le serment, sur mon sang. »

Phénitia tira une dague de sa ceinture, elle la posa dans le creux de sa main et s'entailla la paume. Un mince filet de sang goutta sur sa peau claire. Elle serra ensuite le poing à s'en blanchir les phalanges.

« - Je ne sais pas si cela changera tant que ça. Si les autres ne savent pas qui je suis... Moi je me connais, je ne supporte plus leur vue, ils m'ont vidée de toute substance. Mais depuis que je t'écoute les choses sont différentes, tu as l'air sincère, à mes côtés, comme... Quelqu'un de proche, quelqu'un pour qui je compte.

Ce que je ne comprends pas...

C'est pourquoi fais-tu ça ? »


Pandore ouvrit les yeux, le souffle coupé. Son corps était lourd mais la douleur avait disparue. La sueur donnait une teinte nacrée à sa peau blanche. Malgré son état encore un peu comateux elle discernait les cris et les bruits d'une bataille. La sorcière releva un peu la tête, elle était sous les étoiles. Un peu plus loin, à quelques mètres à peine, la jeune femme identifia Balder et le Joker. Ils étaient en train de se battre contre des créatures qu'elle n'identifiait pas. Un peu plus loin il y'avait Lillya, occupée avec une sorte de minotaure colossal. Pandore ne reconnaissait pas l'endroit mais il était à ciel ouvert et cela avait tout l'air d'un toit.

Difficilement la magicienne se remit debout, tremblante. Son corps semblait avoir récupéré mais elle ne savait pas combien de temps elle était restée inconsciente. A cause de ça elle ne comprenait pas grand-chose à la situation. Pandore voulu d'abord aider les combattants avec sa magie mais elle changea rapidement d'avis : Son organisme s'écroulerait à un quelconque effort trop éreintant. Heureusement l'ennemi était en train d'être repoussé, il y'avait un escalier qui menait à ce toit et Balder poussait son ultime adversaire dans la descente. Il y roula en mugissant. Le calme retomba.

« - Qu'est-ce que... Qu'est-ce que se passe ? »

La coterie se tourna vers la sorcière enfin éveillée, un sourire étira le visage de Sörg.

« - Enfin une bonne nouvelle... Tu es debout ! On va pouvoir quitter ces lieux maudits sur le champ !

- Non je... je ne m'en sens pas capable, pas encore, souffla tristement Pandore.

- Heu... En fait si nous restons ici nous risquons de tous y passer. »

La magicienne haussa un sourcil, même si elle restait calme une légère appréhension teinta sa voix :

- Comment ça ? Peut-on m'expliquer ? Et où est Phénitia ? »

Le guerrier prit un air désolé, Lillya détourna le regard.

« - Comme tu le vois il y'a ces créatures qui nous harcèlent depuis la mort du maître des lieux. Elles étaient les esclaves de Stendark et étaient dirigées par un être particulièrement « retors ». Nous sommes sur leur territoire et elles semblent décidées à nous tuer, surtout depuis que... Phénitia a occis leur chef il y'a deux jours. Depuis ils sont innombrables et déferlent sans arrêts ! »

Une ride d'inquiétude se forma sur le front de Pandore, elle ne comprenait pas tout.

« - Mais ou est-elle ? »

Un blanc oppressant coupa la conversation, Sörg secoua la tête puis pointa son index vers l'avant, montrant l'endroit ou était précédemment allongée la magicienne.

« - Elle a été gravement blessée pendant le combat, je crois qu'elle va mourir dans peu de temps, cela fait déjà beaucoup d'heures qu'elle survit. Je suis désolé.»

Pandore se retourna et fila, Balder inspira profondément et expira.

Elle se jeta à genou à côté de sa compagne, l'amazone était à moitié consciente. Son corps était couvert de blessures. Une particulièrement profonde entaillait son abdomen, même son armure avait été totalement déchiquetée. Sa peau musculeuse autrefois si belle était couverte de sang séché. La sueur collait ses cheveux blonds, ses yeux d'habitudes vifs scintillaient d'un bien pauvre éclat.

« - Phénitia... C'est... Impossible... Je vais te soigner ne t'inquiète pas, ces blessures vont s'envoler. »

Dans un sursaut Val'Daran attrapa le poignet de la sorcière prête à passer à l'acte, la guerrière avait encore de la force.

« - Ne fais pas ça... Je sais que tu es encore faible, tu risques de mourir et nous serons condamnés ici. Alors même si tu me sauves je mourrais par la suite et toi aussi. Récupère et échappe toi avec les autres. »

Malgré la douleur la voix de Phénitia restait ferme et fière. Pandore fronça les sourcils, cette solution ne lui convenait pas vraiment.

« - Non il en est pas question ! Tu vas vivre ! J'arriverais à te sauver puis à nous sortir d'ici, j'en suis capable. Je ne te perdrais pas.

Le ton était sans concession, une telle détermination adouci le visage de Val'Daran, elle était heureuse de voir une flamme pareille chez son amante.

« - Je sais... Je sais que tu es une des femmes les plus puissantes que les plans entiers n'ont jamais croisés. Tes pouvoirs paraissent sans limites, j'ai vu ce que tu es capable de faire, à la seule force de ta volonté. J'ai tracée la route pendant plus de mille années avec toi, nos liens passent au dessus du sang. Mais je connais aussi tes limites, car chaque être en possède. La magie qu'il te faudra déployer pour sauver mon corps devra être colossale, je crois qu'aucune autre que toi pourrais le faire... Il en est de même pour le portail. »

Pandore baissa la tête un instant en silence, elle savait que tout le groupe la regardait, car leur destin dépendait aussi de sa décision. La magicienne devait choisir entre la mort de tous ou la mort de son amour et la survie de ses compagnons d'armes.

« - Tu ne penses pas ce que tu dis... La douleur t'aveugle, murmura la sorcière d'un ton peu convaincant.

- Tu sais qu'aucune souffrance ne peut m'abattre.

- Le jour où nous nous sommes croisées, toi à la tête de tes mercenaires et moi, seule, des milliers de morts dans mon sillage, carbonisés. Tu t'en souviens ? A partir de cet instant tout a changé, tu m'avais dis que tu serais mon amie à jamais, que tu me protégerais, tu ne peux pas mourir maintenant, tu ne peux pas. »

Aucune larme ne coulait sur les joues de la sorcière, mais un étrange frisson la fit trembler. La peur de savoir ce qui allait ce passer.

« - Nous sommes restées ensembles, chassées par nos pairs. Ils ont fait de moi une arme, mais on ne joue pas avec le feu éternellement n'est-ce pas ? Ils se complaisent dans leurs mensonges et leur arrogance, ils se moquent de ceux qui résistent, piétinent sans vergogne les émotions et... les rêves. Ils ont brisés les miens, et a présent ils recommencent, ça recommence. C'est à cause d'eux que nous sommes là, ce sont eux qui nous on envoyés ici... Rien ne s'est passé comme prévu... Rien. »

Balder fut intrigué par les paroles amères de la sorcière, il croyait qu'elles avaient terminées en enfer à cause d'un combat contre les démons. Et qui étaient ces « milliers de morts ? ».

« - De quoi parles-tu Pandore ? »

La question claqua avec force au travers du silence qui s'était installé, pendant un instant l'humain aurait voulu disparaître...

« - Nous n'avons jamais rencontrées d'amazones. Les meilleurs mages de Sanctuary nous ont tendus une embuscade et ont réussis à nous emprisonner en enfer. Belle réussite n'est-ce pas ? Ils avaient si peur, il fallait les voir, la terreur s'accrochait à chaque pore de leur peau. Ce sont eux qui m'ont fabriquée de toute pièce... Sauf que je me suis libérée, j'ai massacrée leurs cités, leurs femmes et leurs enfants parce que je n'avais rien, jamais. Ils me prenaient tout.

Tout...

Ma vie...

Mon âme...

Mes rêves... »

Le ton acide et tremblant de colère s'adoucit soudainement.

Sauf toi Phénitia... »

La main de l'amazone se posa sur la joue de son amante, son ton se fit rassurant.

« - Ne regrette rien mon amour, milles années avec toi furent courtes, mais je n'aurais même pas voulue d'une unique vie sans toi. Chaque chose rencontre sa fin à un instant, le soir de l'existence. Toi tu mérites de vivre encore, tu as tant souffert, il faut que tu quittes ce passé pour recommencer, j'appartiens au passé maintenant...

- Ne dis pas ça... Ne... Ne... »

Pandore inspira profondément mais cette fois-ci son air même était chargé de tristesse.

« - Parfois il faut savoir oublier pour rêver de nouveau, chuchota Val'Daran.

- Oublier... Oublier... Mais tu es MON rêve ! Si tu t'éteins je mourrais de toute manière ! A quoi bon ? Cela voudrait dire que tout ce que j'ai vécu n'a aucun sens ? Aucune vérité ? J'ai changée pour toi, j'ai oubliée ma haine, ma rage, ma colère, pour toi ! Et tu veux que je te laisse mourir ici ? ! Dans un plan oublié ? Parce que je n'ais pas su te protéger au moment ou il le fallait ? Alors que tu as toujours été à mes côtés pendant que le monde entier me chassait ? Tu crois que ma mort n'est pas préférable à une éternité de regrets ? »

Elle serra les poings, son visage si pâle et d'habitude si calme était tiré par les traits de la douleur.

« - Mon rêve... C'est ça que tu as répondu, c'est exactement ça, c'est là que j'ai compris la définition de ce mot ! Tu te rappelles ? Tu te souviens de ce jour, le jour te ton serment ? J'ai posée cette question, « Pourquoi as-tu fais ça ? »

- Parce que je voulais être ton rêve, quelque chose qui te permettrait d'assourdir tes cauchemars chaque nuit, chaque nuit ou tu hurlais parce que tu voyais les visages des innocents massacrés... Oui je me souviens... Ce jour... Parce que je me souvenais de ton première regard : haineux mais vide d'espoir. Je croyais voir une incarnation de la mort mais j'ai vite compris qu'il suffirait d'une parcelle de rêve pour éteindre ce feu, te donner ce que l'on t'avait enlevé. »

Des larmes sillonnèrent les joues blanches de Pandore, sa colère retombait, le désespoir l'assaillait, la peur exhalait de son souffle.

« - Oui... C'était ça... Ca...

- N'oublie jamais Pandore... »

Phénitia reprit sa respiration, ses forces s'envolaient petit à petit, sa main était retombée sur le sol de pierre.

« - Les rêves doivent montrer notre avenir.

Il faut parfois oublier pour pouvoir rêver de nouveau... »

La magicienne embrassa passionnément Val'Daran, mais rapidement elle n'eue plus aucune réponse à son baiser, elle ne sentit plus que ses larmes salées d'angoisse couler sur ses lèvres. Elle tenait le visage de son amante entre ses mains, son front contre le sien. Ses yeux se fermèrent. Un pan entier de sa vie venait de s'écrouler. Des dizaines d'émotions se bousculèrent dans son crâne, les souvenirs s'entrechoquaient. Les larmes ne s'arrêtèrent jamais, silencieuses mais bien plus douloureuses. Que devait elle faire maintenant ? Elle ne le savait plus. Elle se leva, contemplant une dernière fois le visage si rassurant de Phénitia.

« - Je suis désolé mais tu peux être sûre qu'elle est morte comme une lionne, elle nous a sauvée la vie à tous, sans elle le monstre aurait eut notre peau... »

Mais la phrase de Balder tomba à plat, Pandore s'éloigna à l'autre bout de la plate-forme sans rien dire, fixant la lune et les étoiles. Doucement elle posa ses mains sur le parapet qui bordait le toit. D'un seul coup la magicienne se sentit extrêmement lasse, toute son existence lui pesait, comme si cela avait trop duré. Pendant un instant elle eut envie de se jeter dans le vide, mais par ce geste elle condamnerait les autres. Val'Daran n'aurait pas aimée cet égoïsme... Pandore se retourna et se laissa glisser par terre, perdue.

Trois jours s'écoulèrent sans que la magicienne ne bouge, elle se contenta de boire un petit peu d'eau. Pendant ce temps ses compagnons combattirent bec et ongles pour repousser les assauts toujours plus fréquents des créatures. La seule bonne nouvelle était, qu'une fois rôtie, la viande des monstres ressemblait à du boeuf. A chaque fois que Balder demandait si la sorcière était prête à ouvrir le portail elle répondait toujours la même chose : Je ne suis pas prête.

« - On ne tiendra plus très longtemps Pandore... Ils sont toujours plus nombreux, c'est incohérent, à croire que depuis la mort de Stendark ils prolifèrent ! On en a tué trente-sept aujourd'hui, on récolte les blessures... Je sais que la mort de Phénitia t'affecte mais il faut faire quelque chose ! Si elle s'est sacrifiée c'est justement pour que tu nous ramènes. »

La sorcière leva lentement les yeux, Sörg la surplombait, de sa position la sorcière n'apercevait pas le visage du guerrier car le soleil, au zénith, était juste au dessus de sa tête. Baissant de nouveau le regard Pandore mit un petit un instant à répondre.

« - Comment a-t-elle pu mourir ?

- C'était une combattante irréprochable mais toute force termine par rencontrer ses limites. »

Elle soupira et se leva, observant enfin le visage de Balder.

« - Elle n'était pas immortelle mais l'amour que je lui portais faisait de même. Je vais ouvrir ce portail, d'accord... Il va falloir que j'oublie, n'est-ce pas ? »

Pandore essuya une larme d'un revers de main, elle ne paraissait pas vraiment convaincue par ce qu'elle disait.

« - Toi tu es immortelle, d'après ce que j'ai pu comprendre, tu peux choisir de recommencer. »

La magicienne fit une moue triste, cela ne lui convenait pas. Mais elle n'avait pas le choix.

« - L'immortalité est un fardeau et pas vraiment un avantage, j'aurais préférée mourir un millier de fois plutôt que vivre cet instant, maintenant je devrais m'en souvenir à l'éternité.

- Je suis immortel aussi. »

Haussant un sourcil interrogé Pandore changea d'attitude. Ses yeux restaient infiniment sombres mais son visage se détendit un peu, comme si le fait de parler d'autre chose la calmait légèrement.

« - Comment cela ?

- Je ne le sais pas moi-même à vrai dire... Tu es tombée dans l'inconscience après notre arrivée sur ce plan, mais juste avant, lorsque j'ai combattu Diablo, je suis mort. Pourtant je suis encore là... Ca m'échappe un peu. »

La magicienne fit quelque pas sur le côté et fixa l'horizon. Elle tourna de nouveau la tête vers Balder, sa voix était claire, comme la première fois que le guerrier l'avait entendu.

« - L'essence de Diablo est une source de pouvoir incroyable, il est possible que ton corps ait absorbé une fraction de ce pouvoir puisque c'est toi qui a tué le Seigneur de la Terreur... Un minuscule éclat de sa puissance pourrait suffire à rendre immortel.

- Je comprends alors que Duncan convoitait ce pouvoir...

- Alors tu n'es plus humain, comme moi. Tu t'apercevras rapidement que c'est une véritable malédiction, ta vie ne pourra plus jamais être associée aux autres... Il n'y aura que les immortels. »

Sörg frémit en entendant les paroles de la sorcière, il prenait comme un coup de poing : Lillya mourrait alors qu'il ne prendrait pas la moindre ride. Il chassa rapidement cette pensée de son esprit, préférant ne pas trop s'y attarder pour l'instant. Pandore attrapa alors une des mains du guerrier, la peau de la jeune femme était extrêmement douce.

« - Je vais ouvrir le portail, maintenant. »

La phrase était calme mais aride, Balder n'avait strictement rien à ajouter, un peu trop préoccupé. La sorcière s'éloigna, laissant Sörg avec ses sombres pensées. Immortel ? Parce qu'il n'avait fait que tenter de sauver sa vie ? Même si il ne s'en rendait pas encore vraiment compte sa vie n'allait plus être la même. Combien y'avait-il d'autres immortels sur Sanctuary ? Le Joker ? D'autres vampires ? Et sûrement un petit lot de personnes plus ou moins recommandables : Magiciens assoiffés de pouvoir, démons ou célestes déchus.

Le guerrier se retourna, son regard s'attarda sur les nombreux cadavres de créatures. La coterie allait quitter ces lieux maudits, enfin. Lillya et le Joker suivait attentivement Pandore, en silence. La sombre femme se posta au milieu de la plate-forme, les yeux fermés.

« - Ce voyage fut long... Douloureux. Nous sommes à sa fin. Les abominations de Stendark ont tués ma compagne, une vengeance d'outre-tombe. Cette folle liche avait sûrement préparée ça de toute pièce... Je hais ces lieux, partons. »

Lorsqu'elle laissa affluer le mana, de mauvais souvenirs assaillirent Pandore. Elle les chassa de son esprit, se concentra sur sa tâche. Ouvrir un portail inter-planaire n'était pas chose aisée. L'opération était d'une complexité extrême, même pour un être très puissant. Il fallut que la sorcière accumule une grande quantité d'énergie pour commencer son travail, taillant une base à son portail. Ses incantations étaient à peine audibles, un grognement troubla le silence relatif... Des créatures sortaient du passage menant au toit.

« - Encore eux... »

Balder soupira, agacé. Il en avait plus qu'assez de les voir ! Dire que Phénitia était morte à cause de leur chef colossal. En fait ils ressemblaient à un croisement entre des taureaux et des démons mort-vivant... Autant dire quelque chose d'assez immonde.

Dégainant ses lames Sörg avança, il n'avait même plus peur de se battre, il était immortel après tout.

« - Ecoutez moi bien tas de merdes, vous êtes les abrutis les plus lamentables qu'il m'a était donné de voir... Et pourtant j'ai vu un paquet de crétins... Vous allez tous crever ! »

Le plus massif rugit à la pique de Balder. Le monstre brandit son énorme hache, exhortant ses frères.

« - TOI ! Tu es puissant guerrier, mais ta soeur est morte. Elle était encore plus forte, elle a tuée notre seigneur, Hankhrus. Grande était sa bravoure, mais encore plus sa folie. Tu vas mourir aujourd'hui, nous sommes libres. »

Hurlant de rage Sörg bondit dans la mêlée. Une première bête s'interposa, balançant un énorme fléau hérissé de pointes. Balder frappa le manche de l'arme pour la repousser et tailla le ventre de son adversaire avec son autre épée. Les viscères fumantes de la créature coulèrent par terre d'une façon horrible. Dégageant le cadavre d'un coup de pied Balder prit une posture conquérante. L'ennemi attaqua à l'unisson.

Des couteaux de lancer sifflèrent et traversèrent les gorges vulnérables, transformant les cris gutturaux de la charge en gargouillis affolés. Les monstres étaient peu organisés, jouant uniquement sur la force brute. Lillya passa sur la gauche de son fiancé, fauchant une tête d'un coup de taille bien ajusté. Le corps du propriétaire roula aux côtés de sa figure décapitée. Enchaînant adroitement d'une frappe rapide mais cinglante de bas en haut, la jeune femme zébra le torse entier d'une bête mort-vivante. Gémissante la créature tenta de riposter d'un revers de masse. L'attaque se perdit face à l'esquive de l'humaine, qui se fendit d'un estoc meurtrier dans l'oeil du monstre. L'acier s'enfonça et transperça la cervelle, arrachant une giclée sanglante à sa sortie.

Balder contra deux assauts simultanés. Jurant des imprécations il passa à la contre-offensive en frappant si fort que ses adversaires durent reculer pour ne pas perdre pied. Le guerrier pivota sur lui-même et balança un arc de cercle violent qui fracassa la garde du premier. Gardant une pression suffisante sur la lame ennemie Sörg l'empêcha de se dégager, son autre épée passa par-dessus le fer croisé et fracassa la boîte crânienne du défenseur. Le second monstre mugit en voyant son frère mort. Il se lança avec rage pour se retrouver face à un tourbillon d'acier encore plus haineux. L'espadon du monstre était trop lent contre deux lames... Rapidement débordé il céda en se faisant taillader les côtes puis égorgé.

Lorsque le Joker entra dans la danse les rangs pourtant populeux de l'ennemi, reculèrent. Les haches assoiffées de l'assassin étaient si agiles et précises qu'elles brisèrent l'élan adverse en quelques secondes seulement. Les cadavres s'empilèrent, mutilés, décapités, et le sol devint poisseux à cause des litres de sang déversés. L'offensive se calma un peu, les monstres reculèrent vers le passage.

Balder regarda par-dessus son épaule, Pandore semblait avoir quasiment terminée, achevant juste de stabiliser son portail.

« - Lillya, Joker, il est temps de filer. »

Les deux intéressés ne se firent pas prier, même le tueur d'habitude d'une froideur incroyable faisait montre d'une certaine excitation. Abandonnant leurs adversaires ils coururent jusqu'au portail, sans un regard en arrière. Balder passa juste derrière eux. Pandore jeta un ultime regard au corps de Phénitia. Ses yeux sombres se fermèrent puis elle traversa le passage qui se referma ensuite.

Le voyage ne dura que quelques infimes secondes. Des secondes écoulées sur l'immense sablier du temps, des secondes qui changèrent définitivement la vie de la coterie, enfin sauvée de son errance désespérée. Lorsque Balder ouvrit les yeux il se trouvait dans son monde. Il se savait dans son monde, mais il ne savait pas où. Des arbres se dressaient à perte de vue, formant une forêt dense.

« - Sanctuary... »

Des larmes coulèrent le long des joues de Pandore, après mille ans elle foulait de nouveau le sol de son monde natal.

« - Nous ne devrions pas être trop loin d'Harrogath, j'ai choisi cet endroit car c'est ici que j'ai rencontrée Phénitia. Malgré le temps rien ne semble avoir changé. Ca me surprend... »

Sörg se retourna, ses compagnons formaient un cercle. Les survivants étaient tous là. Le Joker réajusta son chapeau, nonchalamment. Une brise se leva, fraîche. Des feuilles mortes tourbillonnèrent autour de l'homme, son manteau se balança puis s'arrêta. L'obscurité était grandissante, il devait presque faire nuit, le soleil se couchait tranquillement. Sörg soupira, comme épuisé.

« - C'est peut-être stupide mais je ne sais pas quoi faire... »

Lentement il s'appuya contre l'écorce d'un arbre, son armure usée cliqueta. Son visage couvert de tatouages était pensif, il se retrouvait immortel dans un monde de mortels. Retrouver une vie normale lui paraissait totalement futile. Qu'allait-il faire ? Trouver un travail pour vingt ans, puis changer pour un autre et puis un autre ? Regarder Lillya mourir ? Avoir des enfants qui mourront sans qu'il ne vieillisse ? Après ce qu'il avait vu il n'envisageait même pas le fait de pouvoir avoir envie de faire autre chose que vivre au fil de son épée. Il aurait tant désiré rentrer... Mortel... Balder remarqua alors que les regards de ses compagnons étaient braqués sur lui. Il baissa la tête un instant puis fixant tour à tour, Pandore, le Joker et puis son amour. Il déclara :

« - Vraiment, allons nous tous nous séparer ? Partir chacun de notre côté ? Reprendre un « quotidien » ? »

Ce fut Lillya qui répondit la première, sourcils froncés, posant une question dont elle avait déjà la réponse :

« - Je ne sais pas pour les autres mais... nous deux, nous ne devions pas nous marier ? C'est peut-être trop « simple » mais-...

- Mais je suis immortel maintenant. Ca me fait mal de le dire mais je ne pourrais jamais... Jamais vivre avec une mortelle... »

Sörg détourna le regard, n'arrivant pas à soutenir celui de sa fiancée. Lillya s'approcha à grandes enjambées pendant que Pandore et le Joker reculaient de quelques pas. La jeune femme obligea le guerrier à la fixer. Les deux amants échangèrent quelques paroles à voix basse :

« - Qu'est-ce que cela change ? Nous nous aimons toujours, non ?

- D'un amour trop cruel, tu le sais aussi bien que moi ! Tu nous imagines dans ne serait-ce qu'une vingtaine d'années ? Je serais identique et toi tu auras quarante ans. A cet âge là ça ne sera pas encore trop dur, mais à soixante ? Comment pourrons nous vivre ? Je te verrais dépérir, t'affaiblir... Moi je resterais le même. Je ne souhaite pas vivre ça, et je pense que toi non plus. »

Le visage de Lillya était dur, elle était partagée entre la colère due à l'injustice de la situation et une certaine tristesse. Balder quant à lui voyait les choses comme elles étaient, de façon réaliste. Il était tellement préoccupé par l'absence de mort qui s'annonçait... Ironie douloureuse car les hommes avaient pourtant si peur de la fin. Au final il se rendit compte qu'il n'avait pas peur de mourir, mais de perdre ce qu'il possédait, ceux qu'il aimait... En restant en vie il perdrait tout et ne garderait que les regrets. A moins de ne vivre qu'avec des immortels...

« - Mon ange je suis désolé, je ne sais pas quoi dire d'autre. Au fur et à mesure je commence à me rendre compte que ce que j'ai va progressivement me filer entre les doigts comme du sable. Tu en fais partie. Je t'aime tu le sais, mais là je ne peux pas garder pareil amour. »

Des larmes perlèrent aux yeux de la jeune femme. Elle ferma ses paupières pendant un court instant puis recula. Sa mâchoire se contracta de rage amère. Elle essuya ses pleurs d'un revers de main, mais d'autres suivirent immédiatement. Restant toujours chuchotant le ton de Lillya se fit plus acide :

« - Je comprends... C'est vrai. Il va me falloir du temps, mais je serais morte d'ici là. Ce que je ne comprends pas, c'est comment tu fais pour rester aussi impassible ? !

- Excuse moi mais je n'y peux rien ! »

Soupirant d'exaspération Lillya se détourna et s'éloigna un peu, dardant un regard noir vers la compagnie. C'était la première fois que Balder la voyait aussi énervée. Enfin il se doutait que derrière cette façade de colère il n'y avait que de la tristesse. Maintenant il s'en voulait... Mais ce n'était pas de sa faute, il n'avait pas demandé à être immortel ! Quel comble, sur l'instant il n'avait pas imaginé que survivre à sa mort l'aurait tant ennuyé !

Un claquement rappela Sörg à la réalité, il tourna la tête et remarqua le Joker en train de partir, tranquillement, le vent dans son dos.

« - Où vas-tu ? »

L'assassin ne répondit pas et continua à s'éloigner. Balder, déjà fortement agacé, était à la limite de la crise de nerf.

« - Réponds moi quand je te parle ! »

Sans se retourner le tueur parla d'une voix déjà lointaine mais clairement audible :

« - Je vais ou tu n'iras pas. Ce voyage est terminé, je n'ais plus besoin de vous. La prochaine fois que nous nous croiserons cela sera sûrement pour nous battre.

- Mais... Tu ne vas pas te barrer comme ça, si ? s'écria le guerrier un peu surpris.

- Je ne rendrais pas de compte. Il n'y a rien entre nous. Ce fut... un bon divertissement. »

Sörg n'insista pas, le Joker disparaissait déjà dans les feuillages, sans un bruit. En un sens il paraissait évident que l'assassin ne reste pas, ses idéaux étant compatibles avec aucun autre. L'homme allait sûrement reprendre son rôle de tueur planétaire. Balder baissa la tête un instant, il ne savait plus trop quoi faire. Lillya ne disait plus un mot, pleurant en silence sous les branchages d'un sapin, le Joker avait disparu et... Pandore était restée silencieuse, au milieu de la scène, contemplative. Balder se tourna vers elle, il n'était même pas sûr de s'être fait remarqué. La magicienne paraissait perdue, probablement assaillit par de nombreux souvenirs.

« - Suis-je si monstrueux de devoir quitter ma fiancée ? murmura Balder à lui-même.

- Lorsque je vivais avec Phénitia je savais qu'elle mourrait avant moi, pourtant je n'ais pas brisée ma relation avec elle. Tu ne peux pas vivre seul sous l'unique prétexte d'être immortel, tu es en train de faire la même erreur que Duncan. »

Le guerrier fixa Pandore, c'était elle qui avait parlée de sa voix calme et chuchotante. Il resta un instant sonné par la phrase, que voulait insinuer la magicienne ? Avant même qu'il ne réponde l'étrange femme reprit au même rythme :

« - Ta vie ne prendra jamais fin, sauf dans la violence, tu crois qu'il va falloir vivre en pensant continuellement au futur ? Vis au jour le jour, sinon tu finiras par regretter chaque action que tu n'auras pas faite, pensant que ton immortalité te l'empêche. L'immortalité n'est pas à vivre au singulier, ce n'est pas une longue éternité, c'est une pluralité de vie. »

Sörg ferma les yeux un instant, tentant d'oublier ce qui venait de se passer. Sans succès. Il regarda de nouveau Lillya, troublé par les paroles de Pandore. Vivre une vie puis en changer lorsque celle-ci était « morte » ? Collectionner les existences pour ne pas perdre la tête ? Etre différentes personnes et rester la même ? Une façon bien différente d'aborder la vie. Un autre point de vue.

Balder ne su quoi penser. Devait-il laisser Lillya seule ? N'allait-il pas regretter pleinement cet acte toute son immortalité ? Si il la laissait il ne vivrait jamais de nombreux instants avec elle, de bons et de mauvais souvenirs. Que gagnerait-il à rester seul ? Rien. Que perdait-il ? Une vie. Evidemment voir sa femme et peut-être même ses enfants mourir pouvait être difficile... Mais même mortel cela aurait pu arriver ! Il ne se serait pas pour autant focalisé sur cette pensée. Peut-être car il n'y aurait pas eue la certitude de les voir périr...

Mais si il ne restait pas avec Lillya, Sörg ne connaîtrait rien car il n'aurait rien.


Cinquante années s'écoulèrent alors après le retour de la coterie.


Il venait juste de lui faire l'amour. Le corps nu de la jeune femme était encore frémissant. Sa peau douce et pâle était luisante de sueur. Par la fenêtre il pouvait voir le crépuscule. Les cieux orangés étaient magnifiques. Parfois il aimerait pouvoir les rejoindre, mais c'était impossible. Son regard se posa de nouveau sur son amante. Il caressait doucement le beau visage la sorcière. Tendrement il embrassa, alors elle ouvrit les yeux. Sa voix s'éleva en un murmure :

« - Tu es si mélancolique ce soir... Tu penses à elle ? »

L'homme, couvert de tatouages, soupira :

« - Oui. Et toi tu penses à elle ?

- Oui tout les jours. Ca rend la vie encore plus forte. Il ne faut pas avoir de regrets... Je l'ai appris... Difficilement.

- Je sais Pandore, c'est toi qui me l'as fait comprendre... Je ne regrette pas. J'ai juste beaucoup aimé Lillya. Je la vois dans les cieux parfois, je crois même que c'est une ange maintenant.

- Oui ça en ait sûrement une... »

L'immortelle femme eue un sourire.

« - Nous pourrions aller vérifier ! »

Balder caressa les cheveux de Pandore, sa bonne humeur revenue.

« - Si les voyages planaires n'étaient pas aussi compliqués oui ! C'est très surveillé niveau frontière... Je connais un moyen bien plus rapide de rejoindre les sept cieux tu sais...

- Oui ça je sais. »

Le sorcière l'embrassa puis se leva. Rapidement elle enfila une longue robe noire. Alors qu'elle fixait le soleil couchant, Sörg l'interpella :

« - Alors, où allons nous aller maintenant ? »

Pandore se retourna, l'air rêveuse.

« - Là où le soleil se lève ? »

_______________


Il était à l'ombre, le soleil cognait dur. Même en pleine journée il arrivait à se dissimuler sans problèmes. Dans le recoin où il se tenait c'était à peine si on arrivait à le discerner. Il venait de terminer sa mission, c'était bien payé mais pas particulièrement difficile. Tranquillement il se dirigeant vers l'établissement en face de lui, un bar plutôt classe. Son manteau bordeaux sombre attira l'attention du videur à l'entrée.

« - Seul les membres du club peuvent entrer. Votre tête m'est inconnue désolé.

- La tienne est vide. »

Le type fronça les sourcils. Il mit un instant pour saisir les paroles de l'assassin. Serrant les poings il essaya de distinguer le visage du Joker sous son large chapeau. N'y arrivant pas il se contenta de menacer :

« - Casse-toi mariole ou je te fais ta fête ! »

Un sourire fendit le tueur.

« - ... »

Une dague en main il pointait l'acier tranchant vers la gorge du molosse. Soudainement l'expression de l'homme changea, palissant à vue d'oeil.

« - Je rentre et tu restes dehors. »

Sans s'attarder plus longtemps le Joker entra. Personne ne l'en empêcha. Il jeta un coup d'oeil à la salle. C'était calme, il n'y avait pas beaucoup de monde. Il repéra celui qu'il devait rencontrer. Lentement il se dirigea vers lui, ignorant les regards des quelques clients.

« - J'ai fais ce que vous m'avez demandé. »

L'homme à qui il parlait releva la tête. C'était un type plutôt gras, la quarantaine passée, avec une face sournoise. Il avait tout du comploteur odieux. Lorsqu'il fixa le Joker toutes les autres personnes détournèrent le regard, faisant mine de reprendre leur conversation.

« - Fantastique. J'aime les bonnes nouvelles. J'ai un autre contrat pour vous.

- Expliquez. »

L'assassin resta de bout mais s'avança un peu, pour que personne ne puisse les entendre.

« - Il s'agit de deux mercenaires. Ils ont été engagés pour protéger un émir de Luth Gholein. Celui là même qui agit contre les intérêts des Couteaux Rouges. Il semble penser être capable d'empêcher l'extension de la guerre civile ici. Les technologistes et les mages doivent continuer de se battre, cela sert énormément les intérêts de mes clients. Les Couteaux ont pour intention de semer le chaos. Ils veulent faire croire que l'archimage Sortek a été assassiné par des technologistes, dans sa propre tour. De quoi allumer les premiers feux... Il ne faut pas qu'un seigneur se mêle de ça, surtout que celui-ci à beaucoup de moyens.

- Qui sont les mercenaires ? demanda le Joker, impassible.

- J'ai des photos ici, la fille est une magicienne. L'homme un simple combattant. On a relativement peu d'information sur eux... Sûrement des opportunistes de la guerre qui ont décidés de vivre autrement. »

Le tueur prit les clichés et les regarda attentivement. Pandore et Sörg Balder. D'un ton lent il émit une remarque :

« - Pourquoi ne pas tuer directement l'émir ?

- Parce que cela risquerait de pousser les autres à lutter contre nous. Nous voulons juste l'intimider et faire pression sur lui, histoire qu'il abandonne. Pour l'instant il se croit tranquille. Nous voulons lui faire comprendre qu'il est en sécurité nulle part en tuant ses deux plus proches gardes du corps.

- Très bien.

- Vous allez le faire ?

- Je vais réfléchir. »

Le commanditaire resta un instant silencieux.

- Ne tardez pas trop... »

Le Joker hocha la tête et s'éloigna. Il jeta un regard glacial au videur et puis sortit. C'était un travail difficile qu'on lui avait confié. Pandore était la créature la plus dangereuse des plans ! Il traversa la rue et puis marcha dans la ville jusqu'à ce qu'il fasse nuit. Même si il passa plusieurs heures à déambuler cela ne lui paru pas si long. Parfois il se sentait las. Et là il n'avait jamais été aussi fatigué...

Finalement il s'arrêta au port, au bout d'une digue. C'était le seul moment de la journée ou il la température chutait. Le vent faisait voler son manteau. L'assassin resta là à fixer l'horizon, les bras croisés. L'eau s'échouait lentement contre la roche, laissant son écume blanche refluer. Le Joker se demanda alors ce qu'il se serait passé si il était resté au service de Diablo. Il serait probablement devenu seigneur d'un royaume infernal, il aurait peut-être même commandé l'assaut de Sanctuary un jour. Pourquoi était-il partit ? Si il avait trahit le maître de la Terreur il ne savait toujours pas trop pourquoi. Il s'était débarrassé de plusieurs généraux infernaux, il avait choisit les plus cruels et arrogants. Puis il avait faillit être tué à cause de son lieutenant, Joraël, qui l'avait dénoncé à Diablo. Il avait été emprisonné à Orthrys, condamné à subir des tourments éternels dans la prison. Mais les anges avaient gagnés la guerre et avaient libérés tout les prisonniers de cette geôle planaire. Si ils étaient tous des héros de Sanctuary, lui était un tueur venu tout droit des abysses. Il avait ainsi pu s'échapper, en toute discrétion.

Depuis il erre sur Sanctuary, ne prenant goût qu'à la mort. Solitaire et glacé il était craint de tous. Les rumeurs les plus folles courraient sur lui.

Il regarda les photos qu'on lui avait donné. Pendant un instant il hésita. Puis il froissa les images dans sa main et jeta la boule de papier au loin. La feuille flotta tranquillement, ballotté par le courant.

Pour la première fois depuis longtemps il admira les étoiles.
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